L’UE avertit la Grèce qu’un rejet du plan d’austérité entraînerait un défaut de paiement

L’Union européenne a fait savoir hier (28 juin) aux législateurs grecs que leur pays serait immédiatement en défaut de paiement s’ils n’approuvaient pas – à contrecœur – le plan d’austérité, alors que de nouvelles manifestations de masse s'organisent contre les mesures imposées par l’UE et le FMI.

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L’Union européenne a fait savoir hier (28 juin) aux législateurs grecs que leur pays serait immédiatement en défaut de paiement s’ils n’approuvaient pas – à contrecœur – le plan d’austérité, alors que de nouvelles manifestations de masse s'organisent contre les mesures imposées par l’UE et le FMI.

Tandis que le parlement grec discute d’une multitude de coupes budgétaires, d’augmentations d’impôts et de privatisations, Olli Rehn, le commissaire européen à l’économie, a démenti les rumeurs selon lesquelles Bruxelles travaillerait à des solutions de secours pour maintenir la Grèce à flot si le plan était rejeté.

« La seule manière d’éviter un défaut de paiement immédiat est que le parlement accepte le plan économique révisé […]. [Il] doit être approuvé pour que la prochaine tranche d’aide financière soit versée » a-t-il déclaré.

« À ceux qui font des suppositions quant à d’autres options, je le dis clairement : il n’y a pas de plan B pour éviter le défaut de paiement », a-t-il insisté.

Préparation du plan B

L’évocation malencontreuse de ce plan B a été faite par Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui a confié aux parlementaires britanniques que les décideurs travaillaient à une manière de limiter les dommages que causerait un éventuel défaut de paiement sur les 340 milliards de dettes de la Grèce.

« Nous disons simplement que les marchés s'inquiètent suffisamment à propos d’un éventuel défaut de paiement pour que nous réfléchissions à des plans de secours et aux conséquences de la réalisation de cette hypothèse », s’est-il défendu.

Il a invité à plus de transparence concernant l’exposition des États pour éviter une perte de confiance soudaine et étendue dans les banques européennes dans le cas d’un défaut de paiement de la Grèce, ce qui pourrait déclencher une nouvelle crise du crédit.

Avec la Grèce au bord de la faillite, les syndicats ont envahi les rues et encerclé le parlement pour tenter d’empêcher les députés d’approuver des mesures douloureuses lors des votes d’aujourd’hui (29 juin) et demain (30 juin).

« Nous attendons une participation active et massive à la grève et au cortège vers le centre d’Athènes. Pendant 48 heures, des travailleurs, des chômeurs et des jeunes seront dans les rues » a déclaré à Reuters Spyros Papaspyros, le dirigeant du syndicat du secteur public ADEDY.

Environ 5 000 policiers ont été envoyés dans le centre d’Athènes, essentiellement pour protéger le parlement. Mardi, la police a lancé des gaz lacrymogènes pour disperser un petit groupe de jeunes qui lançait des bâtons et des bouteilles au cours d’une manifestation pacifique qui rassemblait des milliers de personnes place Syntagma, devant l’édifice parlementaire néoclassique.

Les yeux rivés sur les marchés

L’UE et le FMI ont affirmé que pour s’assurer le versement de la prochaine tranche de 12 milliards d’euros, la Grèce devrait à la fois voter le plan d’austérité sur cinq ans, comprenant 28,6 milliards d’euros d’économies, et des lois clés en vue d’appliquer les réformes structurelles et les ventes de biens de l’État.

Sans cela, la Grèce serait à court de liquidités en quelques semaines.

Le coût de l’assurance de la dette grecque contre le défaut de paiement et les intérêts des obligations à court terme du pays ont grimpé hier, les investisseurs se montrant nerveux quant au vote parlementaire.

L’euro reste toutefois stable dans l’ensemble, dans la mesure où les craintes du défaut de paiement se sont apaisées suite à des indications montrant que les autorités européennes progressaient dans leurs discussions avec les banques au sujet d’un refinancement de la dette grecque sur la base du volontariat.

Les socialistes de George Papandreou, le premier ministre, détiennent une faible majorité avec 155 sièges dans un hémicycle qui en compte 300 ; une poignée de députés a toutefois tourné les talons et d’autres ont menacé de voter contre certaines, voire toutes les mesures, laissant incertaine l’issue du vote.

Evangelos Venizelos, poids lourd du parti du PASOK et nouveau ministre des finances, a tenté de s’attirer les faveurs des députés hésitants en promettant une renégociation du programme en septembre, pour que celui-ci s'oriente davantage vers la relance de l'économie.

Olli Rehn a encouragé la Grèce à ce sujet, affirmant qu’il soutiendrait le projet du gouvernement de réformer le système fiscal cette année pour augmenter le nombre de contribuables, simplifier le code des impôts et réduire les taux d’imposition de manière fiscalement neutre.

Si la Grèce approuve la législation, les ministres des finances de la zone euro devraient accepter de verser la nouvelle tranche d’aide lors de leur réunion à Bruxelles dimanche ; le FMI lui emboîterait le pas le 5 juillet.

L’attention se concentrera ensuite sur la mise au point d’un deuxième plan de sauvetage pour la Grèce, d’une ampleur comparable aux 110 milliards d’euros initialement convenus l’année dernière.

Le nouveau programme inclurait quelque 30 milliards d’euros de participation du secteur privé par le biais d’un refinancement « volontaire » de la dette lorsque les titres arriveront à maturité, des recettes du même ordre issues de privatisations et 55 milliards d’euros via un nouveau financement officiel.

Les banques et assureurs de la zone euro étudient la proposition française du président Nicolas Sarkozy, faite en début de semaine et selon laquelle les détenteurs d’obligations privés réinvestiraient la moitié de la somme qu'ils recevront, lors du remboursement de leurs titres grecs arrivant à échéance, dans de nouvelles obligations à trente ans contre des intérêts de 5,5 % et une prime liée au taux de croissance du PIB de la Grèce.

En ce qui concerne la seconde moitié, 30 % en serait remboursés et 20 % en seraient réinvestis en titres zéro-coupon AAA, avec un intérêt différé qui pourra être émis ou garanti par le fonds de secours européen, ont affirmé des responsables et des sources bancaires.

Les banques françaises, suivies par les banques allemandes, sont les plus exposées du secteur privé à la dette grecque. Les banques allemandes ont exprimé leur intérêt pour le « modèle français », tandis que les agences de notation refusaient de communiquer les détails de ce système.

Standard & Poor's a affirmé lundi qu’il était trop tôt pour évaluer l’impact d'un refinancement sans précédent de la dette grecque, mais n’a pas écarté la possibilité de ne pas déclarer un défaut de paiement.

Lorsqu’on lui a demandé s’il pouvait imaginer une solution dans laquelle les créanciers privés contribueraient de manière volontaire au plan de sauvetage de la Grèce sans déclencher un abaissement de la note par Standard & Poor's, Moritz Kraemer, responsable Europe de la notation des pays, a dit à la télévision autrichienne :

« C’est envisageable, ça dépendra de la situation. C’est pourquoi je dis qu’il est impossible de tirer des conclusions à ce sujet en l’état actuel des choses ».

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, en visite à Berlin, a déclaré que Pékin avait confiance en l’économie européenne et en l’euro, et qu’il avait bon espoir que l’Europe surmonterait ces difficultés temporaires.

Comme par le passé, il s'est à nouveau vaguement engagé à acheter des créances de la zone euro, sans spécifier de pays ou de montant.