L’UE demande aux conservateurs britanniques de ne pas entraver le programme de sauvegarde de l’environnement

Bruxelles risque de devoir subir la colère du Parti conservateur britannique en émettant un avertissement sur les dangers que comporterait l’essoufflement du programme de sauvegarde de l’environnement.

EURACTIV.fr
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Bruxelles risque de devoir subir la colère du Parti conservateur britannique en émettant un avertissement sur les dangers que comporterait l’essoufflement du programme de sauvegarde de l’environnement.

 

Alors que David Cameron subit la pression de l’aile droite du Parti conservateur en faveur d'une approche plus provocatrice envers l'UE, le commissaire européen en charge de l'environnement s'en est pris aux Britanniques qui avaient critiqué les règles environnementales en avançant de « fausses » affirmations.

 

Janez Poto?nik, le commissaire en question, a expliqué au Guardian que la déclaration des décideurs politiques qualifiant la législation sur l'environnement de fardeau était inutile, car fausse.

 

« Ce discours passe à côté de la question », a déclaré M. Poto?nik. « L'économie a besoin de l'environnement et l'environnement a besoin de l'économie. »

 

Après les déclarations de Danny Alexander, un homme politique libéral-démocrate qui occupe le poste de secrétaire en chef au Trésor, M. Poto?nik a accusé les conservateurs de mener une « guerre d'usure constante » sur les questions environnementales. Il s’est toutefois bien garder de citer les noms des ministres conservateurs concernés.

 

George Osborne, qui avait annoncé que les objectifs en matière de changement climatique seraient plus difficiles à atteindre que prévu lors du congrès du Parti conservateur l'année dernière, a qualifié à plusieurs reprises les règles environnementales de fardeau pour le commerce et a prévenu qu'elles rendraient le Royaume-Uni moins compétitif que les autres pays.

 

M. Poto?nik a tenu ces propos alors que M. Cameron se prépare à s’adresser aux eurosceptiques. Dans un discours qu'il prononcera cet automne, M. Cameron expliquera brièvement comment il compte donner la parole aux électeurs, probablement dans le cadre d'un référendum sur les relations entre la Grande-Bretagne et l'UE.

 

Le premier ministre expliquera que l'accord de la population est nécessaire, probablement lors de la prochaine législature, après la négociation d'un nouveau traité européen sur une meilleure coordination budgétaire dans la zone euro.

 

La Grande-Bretagne ne participera à aucun nouvel accord de gouvernance pour la zone euro, mais disposera d'un droit de veto dans les négociations relatives aux traités. Le premier ministre essaiera donc de récupérer certains pouvoirs, probablement dans le domaine des lois sociales et environnementales.

 

Lors de ses deux discours pendant le congrès du Parti conservateur à Birmingham lundi et mardi, Boris Johnson devrait renforcer la pression sur le premier ministre pour qu'il revoie plus rapidement les relations entre la Grande-Bretagne et l'UE. David Davis, ancien candidat à la direction du Parti conservateur, a appelé à une renégociation en profondeur des relations entre la Grande-Bretagne et l'UE.

 

L'ancien ministre des affaires européennes a déclaré au House Magazine : « Une importante renégociation et plusieurs référendums constituent la réponse explicite à la question européenne, qui touche à la zone euro ou à l'adhésion à l’UE au sens général. Les gens disent que ce n'est pas le moment de négocier avec les Européens. Il n'y a jamais de bon moment pour négocier avec les Européens. Il y a toujours une excuse. »

 

Les remarques de ces éminents eurosceptiques démontrent que toute intervention d'un haut fonctionnaire de Bruxelles est sensible. Le commissaire à l'environnement a déclaré au Guardian qu'il soutenait la rationalisation des règles. M. Poto?nik a toutefois souligné qu'il ne voulait pas les affaiblir. « Je ne dis pas qu'il ne faudrait pas simplifier autant que possible, cela mérite de l’attention », a-t-il ajouté.

 

Le commissaire a également expliqué que les mesures visant à retirer les substances nocives de la production et à réduire la pollution, le changement climatique et les dommages causés à l'environnement ne pourraient pas être repoussées indéfiniment. « Ne tuez pas l'industrie avec gentillesse, si [s'attaquer à ce problème] est inévitable, essayer de permettre à une industrie de ne pas se conformer aux règles aussi longtemps que possible devient un vrai problème. »

 

Grâce à un cadre clair définissant ce qui est acceptable ou non, les règles environnementales protègent la population, mais aident aussi les entreprises, a-t-il indiqué. Ces règles signifient que les entreprises peu scrupuleuses ne peuvent pas affaiblir leurs rivaux respectueux de l’environnement en polluant ou en ne respectant pas les bonnes normes.

 

M. Poto?nik a ajouté qu'écarter les règles sur des problèmes tels que la pollution et la sécurité industrielle provoqueraient des problèmes encore plus graves et des coûts plus élevés par la suite. Il a déclaré : « Lorsque quelqu'un parle du coût d’une action, il faut lui demander le coût de l'inaction. »

 

De bonnes règles permettent d'économiser de l'argent et d'encourager l'innovation et de nouveaux secteurs dans lesquels l'Europe pourrait prendre les devants, selon le commissaire. « Je fais confiance aux marchés qui joueront un rôle crucial, mais nous avons besoin de définir des prix [pour la pollution], des impôts et des incitations pour retirer les substances nocives etc. afin d’envoyer un signal clair à l'industrie. »

 

Ne pas avoir atteint les objectifs en matière de pollution de l'air reste la question environnementale la plus litigieuse entre le Royaume-Uni et l'UE. À Londres, la qualité de l'air dépasse souvent les niveaux de particules et d'autres polluants qui peuvent provoquer des difficultés respiratoires et contribuer à des maladies ou des décès prématurés. Le gouvernement est alors exposé à des amendes considérables qui peuvent atteindre des centaines de millions d’euros.

 

Conformément aux dispositifs de surveillance de la qualité de l'air, si l'air contient un niveau de particules supérieur à 50 microgrammes par mètre cube pendant plus de 35 jours par an, le Royaume-Uni aura enfreint les normes européennes. Londres a bénéficié de plusieurs délais depuis 2005 pour permettre au gouvernement de respecter les normes, sans succès jusqu’à présent.

 

M. Poto?nik a souligné que la Commission serait intransigeante sur l'application des règles. « C'est ce que nous allons faire. Nous serons intransigeants, c'est la règle », a-t-il déclaré. « C'est de cette façon que nous contribuerons à améliorer la vie des gens. »

 

Il a indiqué que l'amélioration de la qualité de l'air réduirait le fardeau qui pèse sur les services de santé, permettrait d'éviter des décès prématurés et réduirait les cas de problèmes respiratoires.

 

Fiona Harvey pour le Guardian, dans le cadre du Guardian Environment Network – Article traduit de l'anglais