L’UE doit combattre davantage le sida en Europe de l’Est

Les taux de mortalité liés au sida en Europe de l’Est et dans les anciens pays soviétiques ont grimpé ces dix dernières années. Mais l’UE finance toujours des traitements et des programmes de prévention principalement dans les pays en développement.

EURACTIV.fr
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Les taux de mortalité liés au sida en Europe de l’Est et dans les anciens pays soviétiques ont grimpé ces dix dernières années. Mais l’UE finance toujours des traitements et des programmes de prévention principalement dans les pays en développement.

La communauté internationale tente de prévenir et de traiter les maladies infectieuses en Afrique subsaharienne. Depuis dix ans, ses efforts produisent des résultats tangibles : le nombre de décès liés au sida a considérablement diminué dans de nombreux pays.

Les donateurs d'aide au développement souhaitent mettre un terme à la hausse des décès liés à des maladies facilement évitables. Ils ont créé en 2012 le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Une institution financière internationale chargée de soutenir les programmes de prévention et de traitement.

Entre 2001 et 2011, le nombre de décès liés au sida a chuté de 46 % en Éthiopie, de 77 % au Botswana et de 61 % au Zimbabwe, selon des données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Il n'en va pas de même pour l'Europe de l'Est.

Nicolas Cantau, gestionnaire du portefeuille du Fonds mondial pour l'Europe de l'Est, a expliqué à EURACTIV que le VIH se transmettait souvent lors de rapports sexuels non protégés ou entre une mère et son enfant. En Europe de l'Est, au contraire, le virus se transmet principalement par des aiguilles usagées utilisées par des toxicomanes.

« C'est la raison pour laquelle il est extrêmement important de cibler le travail sur la population clé affectée : les toxicomanes, les hommes ayant des relations homosexuelles et les travailleurs du sexe en général », a-t-il indiqué.

Même si le nombre de décès liés au sida en Europe de l'Est est relativement faible comparé à l'Afrique, l'augmentation en pourcentage est considérable.

En Ukraine, 21 000 personnes atteintes du sida sont décédées en 2011, contre 9 000 en 2001, soit une hausse de 144 %.

Au Bélarus, 1 100 décès liés au sida ont été répertoriés en 2011, contre 100 en 2001, soit une augmentation de 1100 %.

Des États membres de l'UE, tels que la Bulgarie, la Roumanie, ainsi que d'anciennes républiques soviétiques, comme l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Géorgie, le Kazakhstan et le Kirghizstan, ont enregistré une hausse supérieure à 200 % entre 2001 et 2011.

Des maladies taboues

Mario Raviglione, le directeur du département « Halte à la tuberculose » de l'OMS, a expliqué dans un entretien qu'il était « clairement plausible » que certains pays minimisent l'importance des cas de maladie transmise par des rapports sexuels non protégés ou par la consommation de drogue pour des raisons religieuses.

Cela signifie également que les citoyens de ces pays ne savent peut-être pas qu'ils vivent avec une maladie « taboue », ce qui met davantage leur santé en péril. M. Raviglione a cité l’exemple de l'Ukraine, car elle n’a pas toujours répondu correctement aux maladies infectieuses par le passé.

Le pays connaît également des problèmes de discrimination et de stigmatisation.

« Il faut beaucoup de courage politique pour lutter contre les épidémies et dire, du côté du gouvernement, que l'on va investir dans la population toxicomane et lui fournir des aiguilles stériles », a déclaré Nicolas Cantau du Fonds mondial. « Malheureusement, nous n'en sommes pas là dans de nombreux pays. »

M. Cantau s'est toutefois réjoui que l'Ukraine fournisse à présent des services pour les populations affectées, avec l'aide du Fonds mondial.

« C'est la raison pour laquelle, vous observez actuellement des changements dans le mode épidémique en Ukraine. Il se stabilise […]. C'est une bonne nouvelle et c'est la preuve qu'un travail de prévention active et des activités avec la population la plus affectée sont la bonne chose à faire. Vous êtes alors en mesure d’inverser l'épidémie d’une manière ou d'un autre. »

Au cours du premier trimestre de 2013, les décès liés au sida en Ukraine ont chuté de 12 % par rapport à la même période en 2012.

Cette baisse révèle que les politiques nationales relatives au VIH et au sida sont efficaces, a déclaré à EURACTIV un représentant du State Service for Counteraction of VIH/AIDS and Other Socially Dangerous Diseases.

L'UE doit mieux répondre à ces maladies

Même si les pays en développement en Afrique luttent toujours contre les maladies infectieuses, M. Raviglione estime que la politique de l'UE envers l'Europe de l'Est devrait également inclure un plan d'action contre ces maladies.

« Sans réaction adéquate et soutien à ces anciens pays soviétiques, vous pouvez vous attendre à des problèmes à l'avenir, car les maladies infectieuses ne s’arrêtent pas aux frontières », a déclaré le fonctionnaire de l'OMS.

L'UE a tendance à « mal comprendre » l'objectif du Fonds mondial, a ajouté M. Cantau, car il faut également investir dans les pays à moyens revenus où les cas augmentent.

Certains défenseurs de la lutte contre la pauvreté ont en outre critiqué le Programme pour le changement (2012) de l'Union européenne. Il vise à concentrer plus de dépenses en aide au développement dans les pays les moins avancés du monde en réaffectant certaines ressources des pays à moyens revenus. Selon des groupes de campagne, comme ActionAid et Concord, cette réaffectation nuirait à des programmes dans les pays à moyens revenus où les besoins ponctuels sont encore importants.

« L'UE doit comprendre que le Fonds mondial n'est pas un instrument de réduction de la pauvreté », a souligné M. Cantau. « Il faut également investir dans les pays à moyens revenus, dont l'Europe de l'Est et l'Asie centrale, afin de lutter contre les épidémies de VIH et de tuberculose qui sévissent à leurs frontières.

« Selon l’UE, le Fonds mondial devrait seulement aider les pays les moins en mesure de payer. Mais le problème, c'est que l'épidémie de VIH ne va pas de pair avec la pauvreté. Certains pays pauvres ne connaissent pas ou peu de problèmes de VIH alors que dans des pays à revenus élevés, ils sont immenses. Nous luttons contre les maladies, non contre la pauvreté », a précisé M. Cantau.

Andris Piebalgs, le commissaire européen en charge du développement, a souligné en avril que le Fonds mondial resterait un instrument important pour l'UE dans la lutte contre le VIH, le sida, la tuberculose et la malaria dans les pays « pauvres ».

Interrogé sur les fonds pour l'Europe de l'Est, le porte-parole de la Commission européenne Frédéric Vincent, a fait référence à un document qui révèle que dans plusieurs régions européennes, il y a un manque d'infrastructures, de moyens et d'accès à des programmes de prévention, des dépistages et des traitements.

L'épidémie de VIH qui se propage dans les pays voisins est « très inquiétante et doit être enrayée ».

« Enfin, des personnes atteintes du VIH/sida en Europe sont encore stigmatisées et discriminées, ce qui les éloigne des soins et de l'aide et accroît la transmission du VIH », peut-on lire dans ce document.

Dans le cadre de ses interventions, la Commission a organisé une conférence sur le VIH/sida et les droits de l'Homme en mai 2013, en coopération avec les Nations unies et avec le soutien des eurodéputés. Aucune réaffectation des fonds vers le voisinage oriental de l'UE n'a été mentionnée.