L'UE s'attend au pire après les menaces de « génocide » prononcées par Mouammar Kadhafi
Les diplomates européens se réunissent jour et nuit pour réduire les risques qui menacent leurs ressortissants suite à un discours prononcé par Mouammar Kadhafi hier (22 février) interprété comme un « code annonçant le début d'un génocide ».
Les diplomates européens se réunissent jour et nuit pour réduire les risques qui menacent leurs ressortissants suite à un discours prononcé par Mouammar Kadhafi hier (22 février) interprété comme un « code annonçant le début d'un génocide ».
Les chaînes télévisées ont diffusé une séquence vidéo montrant Mouammar Kadhafi en train d’hurler et de lever le poing lors d’un discours prononcé mardi. Il avait choisi l’une de ses résidences de Tripoli qui avait été bombardée par les forces américaines en 1986 et laissée en l’état.
M. Kadhafi a juré de chasser les opposants à son régime, en menant une épuration « maison par maison » et « centimètre par centimètre ». Il a promis de se battre « jusqu’à sa dernière goutte de sang » et de mourir en martyre.
Un diplomate libyen qui a tourné le dos au régime a déclaré que le discours du dictateur assailli constituait un « code annonçant le début d’un génocide » contre le peuple libyen.
L’adjoint de l’ambassadeur des Nations unie, Ibrahim Dabbashi, qui s’est exprimé à New York et a appelé à la démission de M. Kadhafi, a déclaré qu’il avait reçu des informations révélant que des collaborateurs de M. Kadhafi avaient commencé à « attaquer des gens dans toutes les villes de l’ouest de la Libye », a rapporté l’AP. Le diplomate a ajouté que M. Kadhafi envoyait des mercenaires étrangers pour combattre les manifestants.
« Je pense que le génocide a maintenant débuté en Libye. La déclaration de M. Kadhafi était juste un code à l’attention de ses collaborateurs pour ordonner de débuter le génocide contre le peuple libyen », a-t-il affirmé.
M. Dabbashi a également critiqué une déclaration non contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée hier et exigeant la fin « immédiate » des violences, affirmant que la position n’était « pas assez ferme ».
Les Européens tentent d’évacuer la Libye
De nombreux pays européens possèdent des ressortissants en Libye et essayent de les faire évacuer.
Selon le Washington Post, les Etats-Unis n’ont pas été en mesure d’obtenir la permission de la Libye pour évacuer les ressortissants américains du pays, incitant l’administration à modérer sa réponse à la répression libyenne. L’ambassade des Etats-Unis à Tripoli a annoncé avoir affrété un ferry pour emmener les citoyens américains à Malte mercredi.
Le gouvernement britannique aurait envoyé un navire de guerre, le HMS Cumberland, pour aider à évacuer les citoyens britanniques piégés en Libye. Deux ferries civils turcs et un navire militaire sont attendus dans la ville de Benghazi située à l’est de la Libye mardi pour évacuer environ 3000 ressortissants turcs. La piste de l’aéroport de Benghazi a été endommagée par des avions de combat fidèles au régime.
Le ministre belge des affaires étrangères, Steven Vanackere a été cité pour avoir dit que « l’heure n’était pas à faire preuve d’autorité ».
Par ailleurs, deux avions de combat MIG sont passés à Malte, suite au refus des pilotes de bombarder Benghazi, la ville qui a été le théâtre des plus grandes manifestations.
L’UE en marche vers des sanctions ?
Pendant ce temps, une déclaration de la responsable de la politique étrangère de l’UE, Catherine Ashton, qui se trouvait au Caire hier, évoque « toutes les options, y compris les mesures restrictives ».
Cependant, la plupart des diplomates semblent être d’accord sur le fait qu’imposer des sanctions à M. Kadhafi n’est pas encore à l’ordre du jour.
Un porte-parole du ministère des affaires étrangères maltais a été cité pour avoir dit que 25 pays, dont le sien, étaient contre le fait d’imposer des sanctions immédiates, alors que seuls deux d’entre eux étaient en faveur de sanctions.
C’est la chancelière allemande Angela Merkel qui a jusqu’à présent fait la déclaration la plus ferme, menaçant la Libye de sanctions si le régime ne cessait pas immédiatement les violences envers les manifestants anti-gouvernement.
Mme Merkel a qualifié le discours de M. Kadhafi de « très choquant » et déclaré qu’il avait « effectivement déclaré la guerre à son propre peuple ». « Si l’usage de la force ne cesse pas, l’Allemagne appliquera toutes les formes de pression et d’influence sur la Libye, y compris d’éventuelles sanctions à l’encontre de ce pays », a déclaré Angela Merkel selon l’agence DPA.
Selon des sources gouvernementales, Berlin envisageait d’imposer une interdiction de voyager à la famille Kadhafi, ainsi que de geler les actifs du régime à l’étranger.
Envolée des prix du pétrole
Pendant ce temps, les prix du pétrole ont grimpé, parallèlement aux craintes croissantes quant à l’arrêt de la production du quatrième plus grand exportateur africain. Selon le magazine Time, M. Kadhafi a ordonné à ses forces de sécurité de saboter les installations pétrolières du pays.
Selon une source proche du gouvernement, le sabotage est voué à relayer le message de Khadafi aux groupes rebelles libyens : « ce sera moi ou le chaos », a écrit le Time.