L’UE veut accélérer les investissements dans les "réseaux intelligents"

La Commission européenne publie sa stratégie pour encourager les investissements des opérateurs, encore frileux, dans ces nouvelles technologies.

EURACTIV.fr
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La Commission européenne publie sa stratégie pour encourager les investissements des opérateurs, encore frileux, dans ces nouvelles technologies.

Accélérer le déploiement des réseaux électriques intelligents à travers toute l’Europe. C’est l’objectif affiché par la Commission européenne. Le 12 avril, Bruxelles a publié une communication visant à contribuer aux objectifs de l’UE pour 2020 en matière d’efficacité énergétique.

Concrètement, l’installation chez les particuliers de compteurs utilisant les technologies de l’information et de la communication pourrait permettre aux fournisseurs et aux consommateurs d’interagir en temps réel.

Les opérateurs du réseau pourraient alors réorienter plus efficacement les flux énergétiques en fonction de la demande, tandis que les particuliers pourraient voir leur facture réduite de 10% (voir encadré).

Incertitudes

Selon la Commission, le principal obstacle au développement des réseaux intelligents réside aujourd’hui dans le manque de volonté des opérateurs. « Il y a un écart considérable entre le niveau actuel des investissements et [leur] niveau optimal en Europe (…) L’actuelle crise économique ne peut expliquer que partiellement cet écart », indique le texte. « Les opérateurs et les fournisseurs du réseau doivent supporter l’essentiel des coûts (…) et leur volonté d’entreprendre des investissements substantiels est limitée. »

Pour l’heure, les investisseurs s’opposent encore sur le modèle optimal de partage des coûts et des bénéfices tout au long de la chaîne de production et de distribution.

Le projet souffre également d’un manque de vision pour les investisseurs. « Il est encore difficile de savoir comment intégrer ce système complexe de réseaux intelligents, comment choisir les technologies les plus rentables, quels standards techniques appliquer et si les consommateurs vont adopter cette nouvelle technologie », explique le document.

Protection des données

Afin d’accélérer le déploiement des réseaux intelligents en Europe, la Commission propose donc de se concentrer sur cinq types de mesures.

Tout d’abord, les organismes européens qui se chargent de l’harmonisation des normes de télécommunications ont été invités à développer des standards techniques afin de faciliter l’intégration de services et de fonctionnalités de haut niveau aux réseaux intelligents. Bruxelles souhaite que les premières normes applicables soient disponibles d’ici la fin de l’année 2012.

Reste que si les consommateurs ne comprennent pas l’utilité de ces nouveaux « réseaux et compteurs intelligents » cette évolution technologique ne pourra être vraiment déployée. Or, les réseaux intelligents posent notamment le problème de la protection des données. Les consommateurs sont par exemple amenés à envoyer des informations sur leur consommation d’électricité via le réseau. 

Encourager l’efficacité énergétique

Mais, en matière de protection des données des consommateurs, la Commission considère que la législation européenne actuelle est suffisamment complète. Ainsi, il incombe aux États membres d’adapter leur cadre législatif aux nouvelles spécificités des réseaux intelligents. Bruxelles se chargera de surveiller ces adaptations.

La Commission compte enfin développer de nouvelles incitations. Elles ont pour objectif d’encourager les opérateurs du réseau à faire des bénéfices, non pas sur le volume des ventes, mais sur les gains d’efficacité produits par l’utilisation rationnelle des ressources.

Afin de garantir un marché du détail ouvert et compétitif pour les consommateurs, la Commission compte enfin surveiller de près la transposition de la directive sur l’électricité, dont le délai était fixé au 3 mars 2011. Celle-ci engage les États membres à favoriser l’accès des entreprises de services énergétiques au marché du détail, afin que les particuliers puissent moduler leur consommation à leur avantage. 

POSITIONS  :

Chargée des politiques énergétiques pour Greenpeace, Frauke Thies soutient les propositions de la Commission malgré leur retard. « Nous saluons en particulier les projets qui encouragent les opérateurs du réseau à passer d’un modèle économique fondé sur l’accroissement de la demande à un modèle fondé sur les gains d’efficacité et les énergies renouvelables. Maintenant, la Commission va devoir traduire ses mots par des actions concrètes », a-t-elle indiqué à EURACTIV.fr.

Selon Caroline Keller, responsable des questions « énergie » pour l’UFC-Que choisir, bien que Bruxelles exprime une vraie volonté d’accélérer le processus de déploiement des réseaux et des compteurs intelligents au niveau européen, deux points sont préoccupants  : « D’une part, la Commission prétend que les premiers standards ne seront prêts que fin 2012. Qu’adviendra-t-il des compteurs déjà déployés ? D’autre part, les bénéfices pour les consommateurs ne sont pas avérés. C’est ce qu’on a pu constater pour le projet Linky, en France ». Caroline Keller semble également sceptique sur les 10% d’économies d’énergie promis  : «  les expérimentations en Europe ont donné des chiffres moins importants ».

Guy Dufraisse, vice-président de Schneider Electric espère que la Commission européenne va concentrer ses efforts sur le développement des schémas de gestion de la demande d’électricité en Europe. « C’est ce qui va permettre l’adéquation entre une offre et une demande plus intelligentes », explique-t-il. « [Ce système] permettra de récompenser les consommateurs qui offrent des mégawatts au réseau lors des pics de consommation au lieu d’utiliser davantage l’énergie des centrales électriques, qui ont un impact carbone négatif. »

Selon Philippe de Ladoucette, président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), cette communication est la bienvenue. S’il salue cette stratégie « volontariste », il estime cependant que la Commission européenne « met la barre très haut » en fixant l’établissement de standards techniques d’ici la fin de l’année 2012. Par ailleurs, l’aspect consommateurs n’est pas suffisamment approfondi  : « Il ne suffit pas d’être convaincu de l’efficacité de ces réseaux intelligents, il faut également que les consommateurs le soient ».

Selon le président de la CRE,  la première véritable étape pour la France sera l’élaboration du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité. « En effet, c’est par ce biais que l’on va décider quels seront les premiers investissements concrets des futurs réseaux intelligents. »

Keith Redfearn, directeur général de General Electric salue la communication de la Commission européenne dont les recommandations sont « équilibrées ». Il soutient plus particulièrement l’approche de la Commission qui consiste « à faciliter le développement rapide de standards appropriés et à mettre en place les bonnes incitations normatives pour le déploiement de [ces réseaux] ». Ces points-clés devraient, selon lui, garantir un flux d’investissements continu dans les réseaux intelligents.

Selon Karima Delli, eurodéputée du groupe Verts/ALE, « ces systèmes pourraient permettre aux Européens de réduire leur consommation et de réaliser des économies d’énergie de plus de 10 % en moyenne ». Il faut néanmoins veiller à ce que le déploiement de ces compteurs intelligents n’engendre pas de coûts supplémentaires pour les ménages, précise-t-elle. « Nous serons également vigilants pour affecter des moyens à l’accompagnement des foyers les plus modestes de sorte qu’ils bénéficient pleinement des retombées de ce nouvel outil. »

Selon Olivier Grabette, adjoint au directeur de la direction transport d’électricté de RTE, le document de la Commission européenne a le mérite de souligner les aux investissements et la volonté politique d’aider à les lever. 

En ce qui concerne le modèle économique sur l’ensemble de la chaîne de production, « la conviction que le développement des nouvelles technologies et des Smart grids permet d’optimiser le global ne résout pas le problème de savoir où on fait les économies et comment on en redistribue les bénéfices sur l’ensemble de la chaîne », précise-t-il.

Il faut également travailler sur la normalisation, explique-t-il. « Au-delà des expérimentations, nous devons avoir des standards pour un déploiement à grande échelle. Nous pourrons également les exporter pour en faire un élément de compétitivité à l’échelle planétaire. »