La Berd place ses pions en Méditerranée
250 milliards d’euros sur dix ans seraient nécessaires pour le développement des pays de la Méditerranée. La Banque européenne de reconstruction et de développement est en passe de faire partie des nouveaux bailleurs.
250 milliards d’euros sur dix ans seraient nécessaires pour le développement des pays de la Méditerranée. La Banque européenne de reconstruction et de développement est en passe de faire partie des nouveaux bailleurs.
La nouvelle donne politique dans les pays arabes nourrit l’espoir d’une refonte des relations euro-méditerranéennes. A condition que les financements soient à la hauteur du chantier qui les attend.
Si la banque européenne d’investissement (BEI) fait figure d’acteur historique dans la région, un autre bailleur pourrait bientôt faire son entrée. Les 20 et 21 mai, la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd) tient son grand raout annuel à Astana, au Kazakhstan. L’occasion de discuter d’une extension de son mandat aux pays d’Afrique du Nord.
Créée en 1991, la Berd avait été taillée sur mesure pour intervenir dans les anciens pays du bloc de l’URSS. Elle compte désormais se faire une place sur les rives de la Méditerranée.
Poids plume
Interrogé par Euractiv.fr, un responsable de la banque a estimé qu’un « accord de principe pourrait être trouvé d’ici demain » entre les gouverneurs de la Berd. Les modalités de cette intervention ainsi que la zone couverte seraient définies plus tard, des recommandations devant être formulées d’ici deux mois.
Encouragée par la Commission européenne et les dirigeants européens, la participation financière de la Berd en Méditerranée avait pourtant prêté le flanc aux critiques.
Parmi sa soixantaine d’actionnaires, seuls deux pays méditerranéens, l’Egypte et le Maroc, ont souscrit au capital de la banque. Face à la BEI, bailleur des pays arabes depuis 30 ans, la Berd est un poids plume en Méditerranée. En 2009, elle a seulement fourni 416 millions d’euros de financements multilatéraux dans la région, contre 5 milliards pour la banque luxembourgeoise.
« Bon sens »
« L’idée de la Berd peut paraître étrange, admet Amal Chevreau, chercheuse à l’Ipemed, mais cette banque a accompagné le mouvement d’ouverture des pays de l’Est, pourquoi ne pas accompagner celui du Sud ? » suggère-t-elle.
Inclure la Berd est une « idée de bon sens », relève un diplomate. Le projet de banque méditerranéenne « n’avance pas, on n’est complètement coincés », observe-t-il. Dans un premier temps, la solution consiste à « débloquer de l’argent vite pour ces pays ».
Pour le moment, la BEI reste limitée dans l’augmentation de l’octroi de ses prêts. Les États n’ont pas encore validé les propositions de la Commission, dont certaines datent de 2008, visant à renforcer sa force de frappe.
L’exemple de la Pologne et de la République tchèque
De son côté, la banque londonienne a eu le temps d’affûter sa stratégie, recueillant notamment l’appui des États-Unis. Dans une allocution prononcée la veille de l’assemblée générale, le sous-secrétaire aux affaires internationales, Lael Brainard, a appelé à « réorienter » la Berd afin qu’elle puisse « soutenir la transition démocratique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ».
En tant qu’actionnaires de la banque, « les pays d’Europe centrale et de l’Est peuvent être une ressource énorme du fait des leçons » qu’ils ont tirées de leur propre expérience, a estimé une responsable du Trésor américain, Marisa Lago, citant la Pologne et la République tchèque comme exemples de cette réussite.
La validation définitive des nouvelles compétences de cette institution financière pourrait intervenir fin 2012 seulement, mais un « fonds spécial » pourra être mis en place entretemps, « avant le déploiement à grande échelle de l’investissement », a indiqué un responsable de la Berd.
3 milliards d’euros annuels ?
L’Egypte serait en bonne position pour accueillir les premiers projets dès le printemps prochain. Pour l’ensemble des pays qui solliciteront des prêts, c’est un budget annuel de 3 milliards d’euros qui serait prévu dans les dix ans à venir.
Car la tâche est immense. Pour la prochaine décennie, les besoins des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée sont estimés à 250 milliards d’euros par la Banque européenne d’investissement. Un chiffre vertigineux qui recouvre de très nombreux domaines, depuis l’accès à l’eau et la création d’entreprises en passant par les transports ou l’énergie.