La Bulgarie reçoit le feu vert de Bruxelles pour rejoindre la zone euro
La Commission européenne a annoncé mercredi 4 juin que la Bulgarie remplissait les conditions pour devenir le 21e membre de la zone euro dès le 1er janvier 2026.
La Commission européenne a annoncé mercredi 4 juin que la Bulgarie remplissait les conditions pour adopter la monnaie unique européenne dès le 1er janvier 2026, ce qui en fera le 21e membre de la zone euro, trois ans après l’entrée de la Croatie.
La Commission et la Banque centrale européenne (BCE) ont déclaré que la Bulgarie, l’État membre le plus pauvre de l’UE, remplissait les « critères de convergence » pour rejoindre la zone euro et adopter la monnaie unique.
Ces critères économiques incluent la stabilité des prix, des finances publiques saines, une stabilité de la devise nationale (le lev), et des taux d’intérêts qui ne divergent pas trop des autres pays de l’UE.
« L’euro apportera des avantages tangibles aux citoyens et aux entreprises bulgares : des prix stables, des coûts de transaction réduits, une protection de l’épargne, davantage d’investissements et une augmentation des échanges commerciaux. Bien sûr, l’euro est plus qu’une simple monnaie », a déclaré Valdis Dombrovskis, commissaire à l’Économie.
« Après l’adhésion complète de la Bulgarie à l’espace Schengen plus tôt cette année », le pays se « rapproche encore davantage du cœur de l’Europe », a-t-il ajouté.
La Bulgarie — membre de l’Union européenne depuis 2007 — a longtemps maintenu un déficit et un niveau d’endettement faibles dans le but d’adhérer à la zone euro, mais elle a toujours eu du mal à maîtriser l’inflation, qui est restée élevée à la suite du choc énergétique provoqué par l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
Selon les dernières prévisions de la Commission, le taux d’inflation global de la Bulgarie devrait atteindre 3,6 % cette année, soit bien au-dessus de la moyenne de la zone euro, qui est de 2,4 %.
Bruxelles a toutefois noté que le taux d’inflation moyen de la Bulgarie entre mai 2024 et avril 2025 était de 2,7 %, ce qui satisfait au critère d’un taux inférieur à la « valeur de référence » de 2,8 % calculée en ajoutant 1,5 point de pourcentage au taux d’inflation moyen des trois pays de la zone euro où les pressions sur les prix sont les plus faibles.
La Commission prévoit également que l’inflation en Bulgarie redescendra à 1,8 % en 2026, à mesure que l’impact de la réintroduction de la TVA sur le pain et les restaurants, introduite au début de cette année, s’estompera et que les salaires se modéreront.
Une adhésion qui ne fait pas l’unanimité
Cette annonce marque une victoire importante pour le gouvernement de Sofia.
Le gouvernement minoritaire du Premier ministre conservateur Rossen Jeliazkov, la banque centrale bulgare et la majorité du parlement soutiennent fermement l’adhésion à la zone l’euro, arguant que cette mesure stimulera les échanges commerciaux et réduira les coûts des transactions financières dans une économie dépendante des exportations.
Ils soulignent également que cette adhésion permettra à Sofia de mieux contrôler sa politique monétaire, puisque le gouverneur de la banque centrale, Dimitar Radev, siègera au Conseil des gouverneurs de la BCE. Bien que le lev bulgare soit indexée sur l’euro depuis 1999, le pays n’a actuellement aucun droit de regard sur la politique monétaire de la BCE.
Toutefois, l’annonce de ce feu vert ne pas fait l’unanimité en Bulgarie. Ces dernières semaines, des manifestations ont éclaté dans des dizaines de villes du pays. De nombreux citoyens redoutent une flambée des prix, notamment sur les produits alimentaires, comme cela a pu être observé dans d’autres pays lors du passage à l’euro.
Selon des sondages récents, près de la moitié des personnes interrogées refuse l’entrée du pays dans la zone euro dès l’an prochain.
Les manifestations ont été soutenues par le parti d’extrême droite Renaissance (Vazrazhdane), troisième force politique bulgare, et par le président Roumen Radev. Tous deux ont appelé à un référendum sur l’adhésion à l’euro, mais ont été bloqués par le parlement et les tribunaux du pays.
Le niveau élevé de corruption et les années d’instabilité politique ont également alimenté le sentiment anti-establishment en Bulgarie, où le PIB moyen par habitant n’est que de 24 200 euros, le plus bas de l’UE.
Les responsables de la Commission ont minimisé les craintes d’une hausse des prix, arguant que l’expérience montre que l’augmentation totale des prix après l’adhésion sera « extrêmement faible, voire marginale ».
Ils ont également souligné que les autorités européennes et bulgares « surveilleraient » la situation afin de s’assurer que les entreprises ne profitent pas du changement de monnaie pour augmenter leurs prix de manière injustifiée.
La Bulgarie est le dernier pays en date à rejoindre la zone euro, après la Croatie. Bon nombre des 27 États membres de l’UE restent marqués par le souvenir de la crise de la zone euro dans les années 2010, qui a failli entraîner la désintégration de l’union monétaire.
Le Parlement européen et les autres États membres de la zone euro doivent désormais donner leur feu vert officiel à l’adhésion de la Bulgarie. L’approbation finale pourrait intervenir dès le 8 juillet, et aucune opposition n’est attendue.
La monnaie unique européenne a été créée au 1er janvier 1999 pour les transactions électroniques. Mais elle a pris une forme concrète en 2002, avec la mise en circulation des pièces et des billets, en remplacement des devises nationales de 12 pays membres de l’UE de l’époque.
Ils ont été rejoints plus tard par huit autres pays : la Slovénie en 2007, Chypre et Malte en 2008, la Slovaquie (2009), l’Estonie (2011), la Lettonie (2014), la Lituanie (2015) et la Croatie en 2023.
La zone euro rassemble déjà 350 millions d’habitants, en attendant la Bulgarie.
Tous les pays de l’UE se sont engagés en théorie à y adhérer dès qu’ils remplissent les conditions, mais aucun calendrier n’est fixé. Seule exception : le Danemark qui a négocié une exemption après un référendum ayant rejeté l’euro en 2000.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]