La candidate à la succession de Boris Johnson prête à suspendre le protocole sur l'Irlande du Nord

La candidate pressentie pour remplacer Boris Johnson au poste de Premier ministre britannique, Liz Truss, devrait déclencher le dispositif de suspension du protocole sur l’Irlande du Nord, en tant qu’une des premières mesures de son gouvernement.

EURACTIV.com
Hustings for the new Conservative Party Leader
Les relations entre Londres et Bruxelles se sont durcies sous la direction de M. Johnson. Le protocole sur l’Irlande du Nord, que M. Johnson a négocié et accepté, a été un point clé des différends. [[EPA-EFE/PETER POWELL]]

La candidate pressentie pour remplacer Boris Johnson au poste de Premier ministre britannique, Liz Truss, devrait déclencher le dispositif de suspension du protocole sur l’Irlande du Nord, en tant qu’une des premières mesures de son gouvernement.

Cette décision donnerait le coup d’envoi à de nouvelles querelles et à un refroidissement des relations entre Londres et Bruxelles.

Les responsables britanniques affirment que les critères justifiant la suspension du protocole ont déjà été atteints, permettant ainsi à l’une ou l’autre partie de prendre des mesures d’urgence si le protocole engendre « de graves difficultés économiques, sociétales ou environnementales susceptibles de persister » ou « un détournement de commerce ».

Les relations entre Londres et Bruxelles se sont durcies sous la direction de M. Johnson. Le protocole sur l’Irlande du Nord, que M. Johnson a négocié et accepté, a été un point clé des différends.

Le protocole a mis en place des contrôles douaniers sur les produits arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne afin d’éviter une frontière douanière dure entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Cela a toutefois eu pour effet d’exclure l’Irlande du Nord du marché intérieur du Royaume-Uni.

Il semble peu probable que les relations entre l’UE et le Royaume-Uni s’améliorent sous la responsabilité du successeur de M. Johnson.

Mme Truss n’est parvenue que de justesse à figurer parmi les deux candidats sélectionnés par les députés conservateurs pour accéder au vote des membres du parti. Elle s’est néanmoins imposée comme la grande favorite face à son rival, l’ancien ministre des Finances Rishi Sunak, dans le scrutin qui réunira les quelque 160 000 membres du parti conservateur. La date limite de vote est fixée au 2 septembre.

Alors que Mme Truss a fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE avant le référendum du Brexit en 2016, elle a depuis cherché à se démarquer de M. Sunak en affichant une attitude eurosceptique et très favorable au Brexit.

Elle a déclaré lors d’un événement de campagne jeudi qu’il n’était pas clair si le président français Emmanuel Macron était un « ami ou un ennemi » du Royaume-Uni.

Le président français a alors rétorqué que le Royaume-Uni était « un ami, fort et allié, quels que soient ses dirigeants et parfois en dépit des dirigeants et des petites erreurs qu’ils peuvent commettre dans leurs déclarations ».

La suspension du protocole, à laquelle s’oppose la communauté unioniste pro-britannique d’Irlande du Nord, représenterait également une mesure populaire parmi les députés conservateurs.

La suspension du protocole a également gagné en popularité cette semaine, après que le service des impôts britannique a averti les fabricants d’acier qu’ils seraient soumis à des droits de douane de 25 % s’ils exportaient vers l’Irlande du Nord, en raison des modifications apportées aux règles douanières de l’UE.

En tant que ministre des Affaires étrangères, Mme Truss a déposé, en juin, le projet de loi visant à annuler unilatéralement le protocole. Le projet de loi bénéficie du soutien de la majorité de la Chambre des communes, mais risque d’être fortement amendé par la Chambre des Lords, au sein de laquelle les conservateurs ne disposent pas de la majorité.

Le gouvernement pourrait alors être contraint d’invoquer le Parliament Act afin de le rejeter. Ainsi, le projet de loi ne pourrait pas être adopté avant la fin de l’année. Le déclenchement de l’article 16, permettant de suspendre le protocole sur l’Irlande du Nord, constituerait une solution provisoire jusqu’à l’adoption du projet de loi, selon les responsables britanniques.

L’ancien conseiller principal de M. Johnson et ministre du Brexit, David Frost, est également pressenti pour retrouver un poste ministériel important si Mme Truss remporte l’élection.

Le Royaume-Uni a lancé au début du mois des procédures de litige contre la Commission européenne concernant la longue impasse dans laquelle se trouvent les universités et les chercheurs britanniques dans le cadre du programme de recherche Horizon Europe.

En effet, ces derniers ont été exclus du programme doté de 95,5 milliards d’euros, deux ans après avoir accepté d’y participer dans le cadre de l’accord du Brexit.

La Commission avait lié l’accès à Horizon Europe à la résolution de la question du protocole, une position que les responsables britanniques ont qualifiée de « mauvaise et discutable » et de « manière destructrice d’aborder la relation ».

Parallèlement, la Commission européenne a ouvert quatre nouvelles procédures judiciaires à l’encontre de la Grande-Bretagne en raison de l’incapacité de cette dernière à mettre en œuvre le protocole.