La Chambre des Lords critique l’aide de la Commission en Afrique
Une commission de la Chambre des Lords a envoyé une lettre cinglante au commissaire européen en charge du développement, Andris Piebalgs. Elle accuse l'UE de gaspiller de l’argent dans ses projets relatifs à l’eau et à l’assainissement en Afrique subsaharienne.
Une commission de la Chambre des Lords a envoyé une lettre cinglante au commissaire européen en charge du développement, Andris Piebalgs. Elle accuse l'UE de gaspiller de l’argent dans ses projets relatifs à l’eau et à l’assainissement en Afrique subsaharienne.
La lettre de Tim Boswell, président de la commission britannique des affaires européennes, s'est inspirée d'un rapport de la Cour des comptes européenne (CCE). Ce document révèle de graves dysfonctionnements dans l'attribution d'aides européennes dans le secteur de l'eau. Moins de la moitié des projets ont répondu aux besoins des bénéficiaires et la plupart n’étaient pas viables à moyen ou long terme.
« Nous sommes d'accord avec la sous-secrétaire d'État parlementaire, Lynne Featherstone : on gaspille inutilement de l'argent dans ce domaine », a-t-il écrit. « L'ensemble des financements européens dans ce secteur ont excédé un milliard d'euros pour la période 2007-2013. Mais en Afrique subsaharienne, l'argent investi n’en valait pas la peine. »
La commission britannique est déçue de la réaction de l'exécutif européen à l’égard du rapport de la CCE. Elle n'est pas convaincue que l'UE porte suffisamment d'attention aux critiques de la cour. « Nous craignons d'être incapables de couvrir efficacement les risques en Afrique subsaharienne, ce qui jette le discrédit sur l'aide au développement de l'UE », selon cette lettre.
La réticence de l'exécutif européen, surtout de ses hauts représentants, à collaborer à cette enquête fruste la commission.
« Nous craignons que l'attitude de la Commission ne reflète le degré d’importance qu'elle attache au sujet. Il nous semble que ce thème a disparu de la scène politique et que ni les États membres ni la Commission ne jouent un rôle de coordination efficace dans la supervision et la direction stratégique de la politique WASH [dans le secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène] », a indiqué la commission dans la lettre.
Liens plus étroits avec les ONG
La commission a exhorté l'exécutif européen à collaborer avec les communautés locales en établissant des partenariats plus étroits avec les ONG. Elle a fait remarquer que l'UE pose toutefois un obstacle à cette demande : elle privilégie les grandes organisations.
Les plus grandes ONG pourraient s'associer avec des partenaires plus petits, mais selon WaterAid, « nos équipes nationales pourraient prendre jusqu'à deux semaines avant de simplement élaborer une proposition. Un tas d'exigences en matière de diffusion de l’information viendrait s’y ajouter ». La lettre indique que, lorsque la Commission a suivi une approche communautaire de l'assainissement total dans le cadre d’un projet dans le nord du Nigeria, la réussite était au rendez-vous.
Les conclusions de la CCE inquiètent la commission britannique : la plupart des projets WASH ne sont pas viables sur le plan financier. Un porte-parole de l'exécutif européen avait admis devant la commission qu'« une compréhension basique des moyens de financements des projets » n'était pas garantie dès le départ. Le problème n'a pas « requis toute l’attention voulue ».
La Commission européenne réfute les accusations de la Chambre des Lords. « Depuis 2004, le soutien de l'UE a permis à 68 millions de personnes [dont 39 millions en Afrique subsaharienne] d’avoir accès à l’eau et à 23 millions [16 millions en Afrique subsaharienne] de bénéficier d’installations d'hygiène améliorées. »
« Nous nous rendons cependant compte qu'il y a toujours matière à amélioration. Il est important de souligner que l'UE met tout en œuvre pour prendre en compte les critiques de la Chambre des Lords. Et garantir que notre action dans les domaines de l'eau et de l'assainissement contribue davantage à ceux le plus dans le besoin. »
L'exécutif européen a en outre décidé de revoir ses systèmes de surveillance interne et externe afin de mieux contrôler l'avancée des travaux et de garantir l'efficacité.