La Chine doit tenir ses engagements commerciaux, sinon l'UE ripostera, prévient von der Leyen

Alors que la date butoir d'octobre approche, la présidente de la Commission européenne se dit prête à recourir aux « instruments » de défense commerciale de l'UE contre Pékin

/ EURACTIV.com
Ursula von der Leyen aux côtés du Premier ministre chinois Li Qiang à Pékin, en juillet 2025 [Photo : Mahesh Kumar A. - Pool/Getty Images]

PARIS – Ursula von der Leyen a averti jeudi la Chine que l’UE était prête à prendre des mesures de défense commerciale si les négociations avec Pékin ne parvenaient pas à remédier aux déséquilibres économiques croissants.

« Le dialogue avec la Chine reste nécessaire. Mais il doit aboutir à des résultats », a-t-elle déclaré devant des dirigeants économiques et politiques français réunis à l’occasion du congrès annuel du MEDEF (Mouvement des entreprises de France).

« Et lorsque le dialogue ne suffit pas, nous devons être prêts à utiliser pleinement nos instruments. »

Von der Leyen a adopté un ton mesuré, affirmant que la Chine reste un « partenaire économique clé » et réitérant la politique de l’UE consistant à « réduire les risques sans rompre les liens ». Mais elle a également brossé un tableau sombre de relations commerciales de plus en plus déséquilibrées en faveur de Pékin.

« Être partenaire ne signifie pas accepter des déséquilibres permanents », a-t-elle déclaré, soulignant que les importations chinoises vers l’UE ont augmenté de 45 % en cinq ans, tandis que les exportations européennes vers la Chine sont en baisse.

Le déficit commercial de l’Union avec la Chine a atteint près d’un milliard d’euros par jour et a encore augmenté de 10 % au début de cette année, a-t-elle indiqué. Pour la première fois, les 27 pays de l’UE affichent désormais tous un déficit commercial avec la Chine.

Ces remarques interviennent alors que Bruxelles et Pékin cherchent à apaiser les tensions commerciales qui se sont accrues au cours de l’année écoulée, notamment autour de l’excédent commercial galopant de la Chine et de ses restrictions d’approvisionnement en matériaux stratégiques, dont Pékin domine la production.

En juin, le commissaire européen au commerce, Maroš Šefčovič, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, ont convenu d’intensifier les discussions afin d’aboutir à des « résultats concrets » d’ici octobre, notamment par le biais d’un nouveau forum de consultation sur le commerce et les investissements.

La Commission a ouvert plus de 30 enquêtes de défense commerciale l’année dernière – soit près de trois fois la moyenne historique –, a déclaré von der Leyen, ajoutant que les mesures déjà adoptées ont permis de protéger plus de 600 000 emplois européens et que Bruxelles « intensifie considérablement ses enquêtes ».

Les gouvernements européens restent divisés sur le degré d’agressivité à adopter face à Pékin. La France a plaidé en faveur de mesures de protection commerciale plus strictes, notamment le recours à l’instrument anti-coercition de l’Union, surnommé « bazooka commercial » – l’arme commerciale la plus puissante de l’Union.

Mais d’autres capitales, comme Berlin, ont mis en garde contre d’éventuelles mesures de rétorsion et ont souligné l’importance de maintenir des liens économiques avec la deuxième économie mondiale.

Bruxelles élabore également actuellement un outil « spécifique » visant à contraindre les entreprises de l’UE à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en s’affranchissant de la Chine. Cette initiative fait suite à l’imposition par Pékin, l’année dernière, de contrôles à l’exportation de grande envergure sur les terres rares, ce qui a alarmé les responsables de l’UE et contraint de nombreuses entreprises occidentales à interrompre leur production.

Von der Leyen a également souligné la forte dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine pour les matières premières critiques, précisant que l’Union dépend de ce pays pour plus de 80 % de plusieurs matières premières essentielles et pour 90 % de certaines terres rares.

« Nous avons constaté que cette dépendance peut être utilisée comme moyen de pression à notre encontre », a-t-elle indiqué.

(bw, ow)