Discours sur l'état de l'Union : Bilan après un an
Parler coûte peu cher, mais tenir ses promesses a un coût politique
Ursula von der Leyen avait ouvert son discours sur l’état de l’Union européenne (SOTEU) l’année dernière par un avertissement. L’Europe, avait-elle déclaré, se battait pour sa sécurité, ses valeurs, ses démocraties et sa capacité à déterminer son propre destin.
Chaque année en septembre, la présidente de la Commission européenne se rend devant les députés européens à Strasbourg pour présenter les priorités de l’exécutif européen pour l’année à venir, rallier les députés à son programme et dresser le bilan des réalisations.
Son discours sur l’état de l’Union de 2025 s’est déroulé dans un contexte de préoccupations croissantes en matière de sécurité, quelques heures après que la Pologne eut abattu un « objet hostile » dans son espace aérien et à la suite de violations similaires commises par des drones russes dans les États baltes et en Roumanie.
Un an plus tard, la menace russe s’est intensifiée. Son discours fera suite aux révélations concernant l’incident du drone à Leipzig. L’Allemagne a fermé un consulat russe à Bonn et prévoit de mettre en place un bouclier de drones de protection pour repousser toute incursion future.
Von der Leyen devrait aborder les thèmes du climat, de l’intelligence artificielle, de l’interdiction des réseaux sociaux pour les enfants et de la migration dans son discours devant les députés européens. Elle devrait également présenter la « EU Security Strategy » tant attendue, annoncée en janvier et élaborée au cours des derniers mois.
La promesse concernant les avoirs gelés de la Russie
L’une des promesses les plus explosives sur le plan politique lors de son discours devant les députés européens l’année dernière concernait les avoirs gelés de la Russie.
La présidente de la Commission européenne avait présenté ce qu’on appelle le « prêt de réparation », un plan ambitieux de la Commission visant à utiliser les avoirs russes immobilisés pour financer l’Ukraine.
La proposition s’est rapidement heurtée à la résistance des capitales de l’UE et n’a pas réussi à obtenir le soutien politique nécessaire lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement de décembre, la Belgique, où se trouve la grande majorité des avoirs russes gelés de l’UE, se retrouvant au cœur du différend.
Les dirigeants de l’UE ont finalement opté pour un prêt de 90 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine, dont environ 12 milliards ont été versés à ce jour, principalement sous forme d’aide militaire.
Les promesses de von der Leyen pour la défense
La défense a été le principal thème de son discours de 2025 devant les députés européens.
L’année dernière, Ursula von der Leyen avait appelé à un éventail plus large d’initiatives de défense, notamment un nouveau « mur de drones » européen s’étendant de la mer Baltique à la mer Noire afin de repousser toute incursion de drones russes.
Cette initiative, qui a suscité certaines critiques de la part du secteur quant à sa faisabilité, a ensuite été transformée en une « initiative européenne de défense contre les drones », l’un des quatre projets de défense à grande échelle figurant dans la Defence Readiness Roadmap de la Commission.
Un an plus tard, cette initiative n’a toujours pas été approuvée par l’UE.
Les pays de l’UE ont largement répondu à l’appel en faveur de la mise en place de projets de défense communs de l’UE – baptisés « projets de défense européens d’intérêt commun » – ce que deux diplomates de l’UE ont souligné comme une avancée positive.
L’un d’entre eux, l’« Eastern Flank Watch », a également été évoqué par von der Leyen l’année dernière afin de défendre la région contre les incursions.
« Les concepts de mur anti-drones et de ligne de défense de la Baltique ont évolué au niveau de l’UE pour donner naissance à l’“Eastern Flank Watch”, un projet plus large couvrant les menaces aériennes, terrestres et maritimes », a déclaré un diplomate d’un pays du flanc oriental.
Ce projet, présenté comme l’un des futurs projets « phares » de l’UE visant à préparer le continent à se défendre d’ici 2030, a reçu le soutien des capitales, et 13 pays devraient bénéficier d’un financement européen pour développer cette initiative.
« Ce qui n’est pas encore clair, c’est comment l’ambition que la Commission a placée derrière ces projets sera mise en adéquation avec le financement et les capacités réellement nécessaires », a déclaré à Euractiv Mārtiņš Staķis, député européen letton (Verts) membre de la commission de la sécurité et de la défense.
Les limites des capitales de l’UE
Le discours de von der Leyen de 2025 a marqué un durcissement significatif de la position de la Commission dans ses relations avec Israël.
Elle avait annoncé que la Commission suspendrait son soutien bilatéral à Israël dans certains domaines et proposé des sanctions à l’encontre des ministres extrémistes et des colons violents, ainsi qu’une suspension partielle de l’accord d’association UE-Israël sur les questions commerciales.
Les sanctions nécessitent le soutien des 27 capitales de l’UE, tandis qu’une suspension partielle de l’accord d’association UE-Israël peut être approuvée à la majorité qualifiée.
Sur ces deux fronts, Ursula von der Leyen s’est heurtée à la résistance de plusieurs capitales, dont l’Allemagne et l’Italie, et n’a pas réussi à obtenir le soutien du Conseil.
Alors qu’Israël s’apprête à tenir des élections le 27 octobre, la marge de manœuvre politique pour de nouvelles mesures de l’UE se réduit. Plusieurs diplomates ont indiqué à Euractiv qu’ils ne perçoivent guère de volonté parmi les États membres de prendre de nouvelles mesures importantes à l’encontre d’Israël avant le scrutin.
(bw, at)