La classe politique slovaque s’enlise dans une affaire de corruption
En amont des élections de mars prochain, la classe politique slovaque est aux prises avec une affaire de corruption massive déclenchée par la publication d’un rapport des services de renseignement dont le nom de code serait « Gorilla ». Ce rapport fait état de la collusion de grands partis politiques slovaques avec des acteurs du secteur financier, dans le cadre de projets de privatisation et de marchés publics. Un reportage d’EURACTIV Slovaquie.
En amont des élections de mars prochain, la classe politique slovaque est aux prises avec une affaire de corruption massive déclenchée par la publication d’un rapport des services de renseignement dont le nom de code serait « Gorilla ». Ce rapport fait état de la collusion de grands partis politiques slovaques avec des acteurs du secteur financier, dans le cadre de projets de privatisation et de marchés publics. Un reportage d’EURACTIV Slovaquie.
Peu avant Noël, un document chargé sur un serveur américain contenait une analyse des services de renseignement slovaques fondée sur des écoutes téléphoniques.
L'authenticité du dossier est en cours d'investigation par une commission spéciale créée par l'autorité de lutte contre la criminalité organisée. Selon les preuves actuelles, la plupart du contenu de ce dossier est authentique.
Ce scandale devrait dominer une campagne mouvementée en amont des élections générales du 10 mars (voir « Contexte »).
Le dossier « Gorilla » fait état de nombreux cas de corruption des hauts responsables de l'échiquier politique, principalement sous la forme d'exigences concernant la politique de privatisation du gouvernement et les programmes de marché publiques. Les noms cités dans le contexte d'accords douteux incluent les anciens premiers ministres Robert Fico, un haut membre du parti social-démocrate Smer et Mikuláš Dzurinda , du parti de centre-droit SDKÚ-DS.
Le dossier rapporterait des réunions secrètes entre un associé du géant slovaque des services financiers Penta et divers acteurs de la scène politique du pays ou leurs proches collaborateurs. Ces réunions se déroulaient dans un appartement surveillé par les services de renseignement. Une cour slovaque a confirmé qu'elle avait délivré un mandat d'écoute électronique portant le même numéro que celui mentionné dans le fichier « Gorilla ».
Les données obtenues par l'agence de renseignement, qui relataient dans de nombreux cas des projets ou des informations données par les interlocuteurs, n'ont pas été transmises à la police en vue d'une enquête. Selon certains analystes, cela pourrait être dû à la proximité des directeurs successifs de l'agence avec les partis politiques impliqués.
Enquête en cours
De nombreuses personnes, notamment des ministres, des hommes politiques et des journalistes, étaient apparemment au courant de l'existence de ce dossier depuis plusieurs années. Il n'a pourtant pas été rendu public avant décembre. Il fait à présent l'objet d'une importante couverture médiatique et des journalistes enquêtent sur de nombreuses opérations suspicieuses relatées.
Une enquête officielle est à présent en cours. Le dossier à été remis à la police par un journaliste qui écrit un livre fondé sur ses propres conclusions. Ce dossier sera également transmis à la représentation de la Commission européenne en Slovaquie et à différentes ambassades des pays dont les entreprises apparaissent dans ce long dossier.
Le parti Liberté et Solidarité (SaS) s'est montré particulièrement critique face aux personnes impliquées dans ce scandale. Ce parti a vu le jour il y a trois ans, bien après les évènements décrits dans le dossier « Gorilla » (2005-2006) et pourrait sortir vainqueur de cette affaire.
Le scandale a déjà fait sa première victime politique : le gouvernement a renvoyé la directrice du fonds du patrimoine national, suspectée d'avoir reçu des sommes astronomiques de la part du groupe financier Penta. Des membres du SDKÚ-DS au gouvernement, le principal parti de la coalition, ont voté contre son éviction. Seule la première ministre, Mme Radi?ová, qui a déjà annoncé son intention de se retirer du parti et de la vie politique en général après les élections de mars, y était favorable.
Toutefois, le parti Liberté et Solidarité (SaS) fait lui aussi l'objet d'un scandale. Le ministre de la défense, L'ubomír Galko, a dû démissionner après l'annonce d'écoutes de journalistes influents par les renseignements militaires. Les retranscriptions de ces écoutes avaient alors été divulguées aux médias.