La Commission européenne encourage les producteurs à investir le marché du vin sans alcool

Devant la commission à l’Agriculture du Parlement européen, la Commission européenne a annoncé qu’elle désirait faire évoluer le cadre juridique européen sur le vin bio et l’étiquetage notamment et encourager les producteurs à investir le nouveau marché du vin sans alcool.

EURACTIV.com
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Si le marché du vin sans alcool est encore marginal dans l’UE, surtout comparé à celui de la bière sans alcool, déjà bien avancée, la demande est croissante. [Shutterstock/Tero Vesalainen]

Devant la commission à l’Agriculture et au Développement rural (AGRI) du Parlement européen, la Commission européenne a annoncé qu’elle désirait faire évoluer le cadre juridique européen sur le vin sans alcool, et encourager les producteurs à investir ce nouveau marché prometteur.

Face aux défis qui s’imposent à la filière — baisse de la consommation, changement climatique — le vin sans alcool « est l’un des créneaux potentiels qui peuvent apporter des perspectives d’avenir », a annoncé Pierre Bascou, directeur général adjoint au sein de la direction générale de l’Agriculture (DG AGRI) de la Commission européenne, lundi (15 avril).

Si le marché du vin sans alcool est encore marginal dans l’UE, surtout comparé à celui de la bière sans alcool, déjà bien avancée, la demande est croissante, et déjà forte aux États-Unis et au Royaume-Uni. Selon la Commission, 42 millions de litres pourront être produits en Europe chaque année dans les années à venir.

L’UE ne veut donc pas voir ce nouveau marché intérieur et extérieur lui échapper, alors que certains pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie investissent déjà massivement dans le secteur.

Vers du vin bio sans alcool

En 2021, le Parlement européen et le Conseil ont adopté un règlement (2117/2021) pour faire reconnaître ces produits avec deux nouvelles mentions : « vin désalcoolisé » (jusqu’à 0,5 % vol) et « vin partiellement désalcoolisé » (supérieur à 0,5 % vol).

Cette règle a été inscrite dans la nouvelle Politique agricole commune (PAC) du 1er janvier 2023. Elle interdit également la désalcoolisation totale aux vins d’appellation d’origine protégée (AOP ou IGP).

« L’UE a été pionnier pour définir clairement ces dispositions, et pour permettre de commercialiser ces vins comme “vin” et pas comme d’autres types de boissons », s’est félicité M. Bascou.

Malgré ces avancées, celui-ci a reconnu que le cadre juridique devait avancer, en particulier pour le bio.

À l’heure actuelle, les vins sans alcool ne peuvent être qualifiés de bio, car les méthodes employées pour retirer l’alcool du vin — l’évaporation sous vide, les techniques membranaires et la distillation — ne sont pas encore reconnues dans le cahier des charges du label européen.

À la demande de l’Allemagne et de l’Autriche, la Commission européenne a annoncé étudier en ce moment la possibilité d’autoriser l’évaporation sous vide. Un avis scientifique est attendu dans les prochains jours, lequel permettra d’envisager un acte délégué sur cette question, ajoute M. Bascou.

D’autres impasses techniques concernent le vin pétillant, dont l’alcool ne peut, pour l’heure, être retiré.

Débat sur l’étiquetage

Ce marché en devenir soulève de multiples questions, tant sur le choix des techniques de désalcoolisation, sur les propriétés organoleptiques de ces « vins », mais aussi sur l’étiquetage.

Cette question a suscité d’intenses débats en Italie, dans le sillage de la loi sur les étiquetages sanitaires pour les vins proposée par l’Irlande en 2023. Le syndicat italien Coldiretti, est notamment parti en croisade contre les vins sans alcool avec un slogan, « n’appelez pas ça du vin » (« don’t call it wine » en anglais), protestant contre la dénaturation du produit.

Des appels similaires ont été lancés lors de la plus grande foire nationale du vin, Vinitaly, qui a débuté le 14 avril. « Nous pouvons le désalcooliser, mais nous ne pouvons pas l’appeler vin », a insisté le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, lors de l’ouverture de l’évènement.

Une crainte relayée par plusieurs eurodéputés lors des échanges de vues avec la Commission au Parlement lundi. Clara Aguiliera (Socislistes et Démocrates européens, S&D) appelle à la vigilance pour qu’un coca-cola ne puisse pas un jour arborer une étiquette « vin sans alcool ». Pour les mêmes raisons, l’écologiste Martin Häusling (Verts/ALE) demande « de la pertinence » dans les règles qui sont et seront proposées.

D’autres élus comme la vice-présidente de la commission Mazaly Aguilar (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) ont soulevé les coûts de production supplémentaires pour retirer l’alcool du vin, que les petits producteurs ne pourraient pas assumer.

Alors que la Commission européenne travaille avec l’organisation internationale du vin (OIV) à un cadre normatif sur cette question, M. Bascou y voit des perspectives d’avenir, du point de vue économique, mais aussi pour résoudre les problèmes que subit le secteur européen.

« Il faut des précisions sur les règles et les définitions », ajoute-t-il.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]