La Commission mise sur les travailleurs non européens pour remédier à la pénurie de compétences
La Commission européenne a présenté des mesures visant à faciliter l’emploi de ressortissants de pays non-UE afin de renforcer les voies d’immigration légales et d’aider les États membres à faire face aux pénuries de compétences et de main-d’œuvre.
La Commission européenne a présenté une série de mesures visant à faciliter l’emploi de ressortissants de pays non-UE dans des entreprises européennes afin de renforcer les voies d’immigration légales et d’aider les États membres à faire face aux pénuries de compétences et de main-d’œuvre.
La proposition, annoncée mercredi (15 novembre), vise à aider les employeurs européens à trouver des travailleurs non européens et à faciliter la reconnaissance de leurs qualifications.
« Sans oublier que nous disposons d’un potentiel inexploité en terme main-d’œuvre dans l’UE, [nous devons nous rendre compte que] celle-ci n’est pas suffisante », a déclaré le vice-président de la Commission européenne chargé des migrations, Margarítis Schinás, lors de la présentation du paquet de mesures.
« Nous menons une course aux talents au niveau mondial, contre des concurrents très puissants qui disposent de voies d’accès directes pour les ressortissants de pays tiers », a-t-il ajouté, citant les États-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.
Selon la Commission, cette proposition s’inscrit dans la lignée des efforts déployés par l’UE pour surmonter les défis liés à la reconnaissance des qualifications des ressortissants de pays tiers, qui constituent souvent un frein à la migration légale. Pour favoriser les voies légales, Bruxelles s’appuie notamment sur le Pacte sur la migration et l’asile et cette nouvelle proposition, qui peut jouer un rôle de « dissuasion important à l’égard de l’immigration irrégulière ».
« Il ne s’agit pas d’une Europe “forteresse”, mais d’une Europe ouverte à l’activité économique, de manière ordonnée et règlementée », a déclaré M. Schinás.
Des lacunes à combler
Plusieurs États membres travaillent déjà sur des mesures en ce sens, telles que la simplification des procédures de visas, pour attirer davantage de travailleurs non européens sur leurs marchés du travail.
Les institutions européennes négocient actuellement une révision de la directive sur le permis unique — qui accorde aux ressortissants de pays tiers le droit de travailler dans un État membre — dans le but de simplifier le recrutement des travailleurs étrangers.
Le paquet présenté mercredi constitue un outil supplémentaire pour remédier aux pénuries et prévoit la création d’une réserve européenne de talents. Les demandeurs d’emploi résidant en dehors de l’UE pourront s’inscrire sur une plateforme en s’assurant qu’ils correspondent bien aux offres publiées par les employeurs européens. Cette plateforme offrira à ces derniers un plus grand vivier de compétences et de talents à recruter.
Les procédures de visa resteront règlementées par les États membres, qui pourront participer à ce système sur une base volontaire.
La plateforme devrait aider les États membres à mieux faire face à la « pénurie endémique de main-d’œuvre et de compétences », a déclaré la Commission.
Selon les données d’Eurostat, le taux de chômage dans l’Union reste faible — 6 % — tandis que le taux d’emplois vacants est encore de près de 3 %, ce qui signifie que l’Europe a du mal à combler ses besoins en main-d’œuvre uniquement avec des travailleurs nationaux. En outre, la tendance au vieillissement observée sur le continent devrait aggraver la situation, entraînant une diminution de la proportion de la population en âge de travailler.
À l’heure actuelle, le recrutement de personnes en provenance de pays tiers reste modeste, principalement en raison des barrières linguistiques et administratives. Le taux de recrutement intra-UE est également faible. Seule une PME sur sept (14 %) déclare embaucher des travailleurs issus d’autres États membres pour faire face aux pénuries de compétences.
La réserve de talents devrait aider au recrutement dans les domaines qui en ont le plus besoin, comme la construction, les soins de santé, les soins aux personnes âgées et les transports.
« Il s’agit de tous les niveaux de compétences, mais l’accent est clairement mis sur les professions en pénurie », a expliqué M. Schinás.
Les États membres pourront adapter la liste des professions incluses dans la réserve de talents en fonction de leurs besoins spécifiques.
Éviter le « gaspillage de cerveaux »
En outre, afin de réduire encore les barrières administratives, l’exécutif de l’UE a formulé une recommandation visant à faciliter la reconnaissance des qualifications.
« Notre bureaucratie, nos formalités administratives sont nombreuses, ce qui crée une certaine réticence chez les travailleurs des pays tiers à passer par le système de reconnaissance de leurs qualifications professionnelles », ce qui conduit à un « gaspillage de cerveaux », a expliqué M. Schinás, ajoutant qu’il serait possible d’introduire une proposition législative à l’avenir.
La réserve de talents ne s’appliquera pas aux travailleurs non européens ni aux demandeurs d’asile qui résident déjà légalement dans l’Union. En vertu de la proposition, les demandeurs de protection internationale résidant en dehors du bloc pourraient postuler à des emplois par l’intermédiaire de la plateforme, mais cela ne leur donnerait pas le droit de demander l’asile dans l’UE.
Des entreprises comblées
Les associations d’entreprises ont accueilli favorablement la proposition, estimant qu’elle permettrait de remédier aux pénuries de main-d’œuvre en Europe.
« Aider à mettre en relation des ressortissants de pays tiers qualifiés avec les professions en pénurie les plus urgentes est une approche importante », a déclaré Markus J. Beyrer, directeur de Business Europe.
Le paquet de mesures a également été salué par certains députés européens.
« Il est grand temps d’utiliser le marché unique pour en tirer le meilleur parti, il est temps de faciliter la mobilité des travailleurs et de coordonner les besoins en main-d’œuvre de nos entreprises », a affirmé l’eurodéputé allemand Dennis Ratke (Parti populaire européen). L’eurodéputé écologiste Damian Boeselager a également salué cette initiative.
« […] Il est clair que notre dépendance à l’égard des talents internationaux va s’accroître », a-t-il également déclaré.
Toutefois, la proposition n’a pas fait l’unanimité.
Des syndicats inquiets
« Il s’agit principalement d’un appel à faire venir des travailleurs à un prix aussi bas que possible », a déploré Petra Bolster, du syndicat FNV International.
Mme Bolster s’est inquiétée de l’exploitation possible des travailleurs migrants par les employeurs européens.
« Avant d’attirer des travailleurs non européens plus vulnérables via la réserve de talents, les responsables politiques doivent s’assurer qu’ils bénéficient des mêmes droits que leurs collègues européens. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra éviter qu’ils soient exploités par des employeurs et des agences de placement qui fondent leur modèle de revenus sur les coûts salariaux les plus bas », a-t-elle poursuivi.
Mercredi, plusieurs ONG ont appelé les institutions à améliorer le projet de nouvelle directive sur le permis unique afin de s’assurer que leur droit de travailler dans l’UE ne soit pas lié à un seul employeur, ce qui réduirait le risque d’exploitation.
Selon la proposition de la Commission, les employeurs utilisant la réserve de talents devraient se conformer aux lois européennes et nationales et seraient suspendus de celle-ci s’il s’avérait qu’ils exploitent les travailleurs. Les dispositions concernant le contrôle des employeurs utilisant la plateforme relèveraient des États membres.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]