La Commission n’interviendra pas dans l’affaire de la destruction de contraceptifs financés par l’USAID

Malgré les pressions, la Commission n’agira pas contre la destruction des 10 millions d’euros de contraceptifs américains devant être détruits en France. Cette décision pourrait priver plus d’un million de femmes d’accès à la contraception en Afrique.

EURACTIV.com
Government Contractor TVS Continues Production Despite Shutdown
BREVARD, NORTH CAROLINA, UNITED STATES - JANUARY 11: Jerone McKinney loads boxes of Super Cereal Plus for USAID at the Transylvania Vocational Services production facility in Brevard, North Carolina on January 11, 2019. TVS provides staple food supplies for government clients including the USDA, USAID, and the US military. (Photo by Charles Mostoller for The Washington Post via Getty Images)

La Commission européenne n’entend pas s’immiscer dans le conflit autour de la destruction de contraceptifs pour un montant de 10 millions d’euros, financés par l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Malgré la mobilisation d’ONG et de députés européens, Bruxelles restera en retrait, selon plusieurs sources internes.

Les contraceptifs en question, toujours utilisables, avaient été achetés avant que l’USAID ne soit largement démantelée suite au retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis en janvier.

Alors que la Commission a été interpellée par plusieurs eurodéputés et ONG, des sources internes de l’exécutif expliquent qu’il appartient à la Belgique, où le stock était entreposé, et à la France, où il doit être détruit, de trouver une solution. Ces mêmes sources ont ajouté qu’il n’y avait « aucun signe » d’une action prochaine de l’UE.

« La Commission ne peut rien faire ; c’est aux États membres d’agir », a martelé une source s’adressant à Euractiv.

Interrogé la semaine dernière, l’exécutif de l’UE nous avait confié qu’il « suivait de près » l’évolution de la situation.

Plusieurs députés européens, dont l’écologiste française Mélissa Camara, font pression sur la Commission depuis que les médias ont révélé, le 23 juillet dernier, que les stocks allaient être détruits. Des appels jusqu’ici restés lettre morte.

Toute intervention placerait Bruxelles dans une position délicate, tiraillée entre les pressions de la société civile et le désir de ne pas compromettre les relations avec Washington, dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques.

Les discussions se poursuivent

Selon des sources diplomatiques et des ONG, dont le Planning familial français, au moins une partie du stock a été expédiée en France pour être incinérée, bien que le lieu de destruction n’ait pas été confirmé. Les grandes entreprises de gestion des déchets Veolia et ENGIE ont déclaré ne pas être impliquées dans la destruction.

Lundi 11 août, le ministère belge des Affaires étrangères a confié à Euractiv qu’il explorait « toutes les pistes possibles pour éviter la destruction de ces produits, y compris des solutions de relocalisation temporaire ».

« Afin de ne pas compromettre l’issue des discussions, nous ne sommes pas en mesure de fournir de plus amples informations », a déclaré un porte-parole du ministère, laissant entendre que tous les stocks n’avaient pas été détruits.

« Notre message est désormais le suivant : “prouvez-nous que les stocks existent toujours” », a répondu Sarah Durocher, présidente de l’Association française pour le planning familial.

Le 1er août, le ministère français de la Santé a indiqué  qu’il n’avait « aucun moyen de réquisitionner » les contraceptifs, qui appartiennent à l’USAID. Ceux-ci n’étant pas considérés comme des médicaments essentiels et puisqu’il n’y a pas de pénurie, les autorités françaises sont impuissantes.

La Fédération internationale pour le planning familial estime que cette destruction pourrait priver 1,4 million de femmes et de filles en Afrique de moyens de contraception. La Coalition pour l’accès aux produits de santé reproductive ajoute que cela pourrait entraîner 174 000 grossesses non désirées et 56 000 avortements risqués.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]