La cryptofinance, ce château de cartes qui pourrait s’écrouler

Un membre du conseil d’administration de la BCE a critiqué la cryptofinance pour son manque de transparence ainsi que pour les risques qu’elle représente pour la stabilité financière.

EURACTIV.com
epa09340250 Managing Director of the European Stability Mechanism Klaus Regling (L), Member of the Executive Board of the ECB Fabio Panetta and European Commissioner for Economy Paolo Gentiloni (R) during a meeting of Eurogroup Finance Ministers, at the European Council in Brussels, Belgium, 12 July 2021. Finance ministers will exchange views on the international dimension of euro area economic and financial policies with Janet Yellen, the United States Secretary of the Treasury. The discussion is expected to focus on the economic recovery as well as on banking and financial stability issues.  EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ
Le membre du conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE) Fabio Panetta (au milieu sur la photo, lors d’une réunion de l’Eurogroupe en 2021) a fortement critiqué la cryptofinance dans un discours prononcé lundi à New York. [Stéphanie Lecocq (EPA-EFE)]

Dans un discours prononcé à New York, un membre du conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE), Fabio Panetta, a critiqué la cryptofinance pour son manque de transparence ainsi que pour les risques qu’elle représente pour la stabilité financière, décrivant les crypto-actifs comme des « actifs spéculatifs qui peuvent causer des dommages importants à la société » et appelant à une réglementation plus rapide et plus stricte.

Le discours prononcé par M. Panetta à l’Université de Columbia lundi (25 avril) intervient alors que plusieurs règlements et directives de l’Union européenne concernant la cryptofinance sont débattus au sein des institutions européennes en ce moment même.

« Un rêve »

Comparant l’activité autour de la cryptofinance au Far West du 19e siècle, M. Panetta l’a qualifiée de « ruée vers l’or numérique échappant au contrôle de l’État ».

« Les évangélistes de la crypto promettent le paradis sur terre en utilisant un récit illusoire de l’augmentation constante des prix des crypto-actifs pour maintenir les flux entrants et donc l’élan alimentant la bulle crypto », a-t-il expliqué.

Faisant référence au prétendu développeur du Bitcoin, la plus connue de toutes les crypto-monnaies, M. Panetta a déclaré : « Le rêve de Satoshi Nakamoto de créer une monnaie digne de confiance reste juste cela — un rêve ».

« Les crypto-actifs apportent l’instabilité et l’insécurité — tout le contraire de ce qu’ils avaient promis. Ils créent un nouveau Far West », a-t-il poursuivi.

M. Panetta a également critiqué la forte consommation d’énergie des principes dits de « preuve de travail » (Proof of Work, POW) qui sont à la base du consensus de validation utilisé dans le cadre de la création de nouveaux blocs au sein d’une blockchain, c’est notamment le cas pour le Bitcoin. La POW nécessite de grandes quantités de puissance de calcul pour résoudre des problèmes mathématiques, ce qui est utilisé pour vérifier les transactions en crypto-monnaie.

Consommation d’énergie et préoccupations concernant la stabilité financière

Selon l’indice de consommation en électricité du Bitcoin de Cambridge, le Bitcoin est en passe de consommer 148 térawattheures d’énergie par an, ce qui correspond à peu près à la consommation énergétique annuelle de la Pologne.

En parallèle à cela, la principale inquiétude de M. Panetta est qu’une bulle crypto pourrait mettre en danger la stabilité du système financier.

« Le marché des crypto-monnaies est désormais plus important que ne l’était le marché des crédits hypothécaires à risque, alors d’une valeur de 1 300 milliards de dollars, lorsqu’il a déclenché la crise financière mondiale », a-t-il expliqué, estimant que des « dynamiques étonnamment similaires » étaient en jeu.

Toutefois, contrairement à la crise des subprimes aux États-Unis, les banques et les fonds de pension traditionnels ne sont pas encore aussi exposés aux crypto-actifs qu’ils l’étaient aux prêts hypothécaires à risque.

Une étude récente évaluant les risques que présentent les crypto-actifs pour la stabilité financière, réalisée par le Conseil de stabilité financière (CSF), un organisme international chargé de la surveillance du système financier mondial, a constaté que les marchés des crypto-actifs « évoluent rapidement et pourraient atteindre un point où ils représentent une menace pour la stabilité financière mondiale ».

Le CSF a fait valoir que, pour l’instant, les épisodes de forte volatilité sur les marchés de crypto-monnaies ne se répercutaient pas sur les marchés financiers. Si les connexions entre les marchés de crypto-monnaies et les institutions financières d’importance systémique restent « limitées à l’heure actuelle », elles sont aussi « en croissance rapide ».

M. Panetta a trouvé cette tendance inquiétante. « La compréhension limitée des risques, la peur de passer à côté et le lobbying intense des législateurs font augmenter les expositions tout en freinant la réglementation », a-t-il déclaré.

« Nous ne devons pas répéter les mêmes erreurs en attendant que la bulle éclate et en ne réalisant qu’ensuite à quel point le risque lié aux crypto-monnaies est devenu omniprésent dans le système financier », a-t-il ajouté.

Une simple pyramide de Ponzi ?

Lundi également, une déclaration de Sam Bankman-Fried, un crypto-milliardaire et fondateur de la bourse de crypto-monnaies FTX, a fait sensation car il semblait admettre qu’une grande partie de la cryptofinance reposait essentiellement sur un système de pyramide de Ponzi, une fraude à l’investissement qui rémunère les investisseurs existants avec les fonds collectés auprès des nouveaux investisseurs.

Dans son allocution, M. Panetta a lui aussi qualifié les marchés crypto de pyramide de Ponzi, les comparant à des « châteaux de cartes ».

« Les crypto-actifs sont des actifs spéculatifs qui peuvent causer des dommages importants à la société. À l’heure actuelle, ils tirent leur valeur principalement de la cupidité, ils s’appuient sur la cupidité des autres et sur l’espoir que le schéma se poursuive sans encombre. Jusqu’à ce que ce château de cartes s’effondre, laissant les gens ensevelis sous leurs pertes », a-t-il déclaré.

L’UE travaille sur plusieurs paquets législatifs visant à relever les défis posés par les marchés de crypto-monnaies. La réglementation des marchés de crypto-actifs (MiCA) vise à harmoniser l’approche réglementaire dans tout le bloc. En outre, les règles de lutte contre le blanchiment d’argent sont en cours de révision pour inclure les crypto-actifs.

Toutefois, M. Panetta a affirmé que « les mesures réglementaires de l’Europe doivent aller plus loin ».

Il a suggéré le renforcement des exigences en matière de divulgation publique et les exigences réglementaires en matière de déclaration. En outre, il a plaidé en faveur d’une taxation plus élevée de certains crypto-actifs, en internalisant par exemple les coûts environnementaux liés aux blockchains, qui sont très énergivores.