La découverte de la somptueuse propriété d'un oligarque biélorusse en Autriche

Selon une nouvelle enquête publiée mardi, l’oligarque biélorusse Mikalai Varabei reste lié à de nombreuses propriétés en Autriche. L’oligarque avait été sanctionné par l’UE en décembre 2020 en raison de ses relations étroites avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko.

EURACTIV.com
Varabei family
En vacances sur les Alpes autrichiennes. De gauche à droite : Viktoriya Goldovskaya, Katsiaryna Smuschkovich (Varabei), Tamara Varabei. [Instagram]

Selon une nouvelle enquête publiée mardi (27 septembre), l’oligarque biélorusse Mikalai Varabei (Nikolay Vorobey) reste lié à de nombreuses propriétés en Autriche. L’oligarque avait été sanctionné par l’UE en décembre 2020 en raison de ses relations étroites avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko.

Le journal autrichien Dossier et le Centre d’investigation biélorusse, une organisation primée basée à Vilnius et membre du Organised Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), ont publié des informations détaillées sur les propriétés appartenant à sa famille proche, ainsi que sur ses liens avec les élites locales.

La propriété la plus luxueuse de la famille est un chalet dans la région de Carinthie, dans le sud de l’Autriche : un palais de 300 mètres carrés entouré d’un domaine de 19 000 m² appartenant officiellement à la société Power Chemical Trading, dont la propriétaire est Katsiaryna Smuschkovich, la fille de Mikalai Varabei.

Mme Smuschkovich a obtenu sa participation majoritaire dans la société grâce à son père, qui l’avait achetée à Maximilian Christoph von Habsburg-Lothringen, descendant du côté paternel de la dynastie austro-hongroise des Habsburg-Lothringen.

Les documents d’immatriculation montrent que Mme Smuschkovich a obtenu le domaine de son père par le biais de ses parts dans la société Power Chemical Trading.

Les relevés de compte de la société montrent qu’elle n’a jamais eu qu’un seul employé et que son résultat financier pour 2020 était un déficit de 1,5 million d’euros, ce que les auteurs de l’enquête interprètent comme un indice du fait qu’il s’agit d’une société écran créée dans le seul but de posséder et d’entretenir le manoir de Carinthie.

La femme et la fille de M. Varabei étaient les copropriétaires du domaine, ce qui s’est avéré pratique lorsque l’UE a annoncé des sanctions à l’encontre de l’oligarque en 2020. En effet, puisqu’il ne possédait pas directement les propriétés, celles-ci n’ont pas été touchées.

Outre le chalet, les possessions de la famille Varabei comprennent également des appartements à Vienne, selon Dossier. Il s’agit notamment d’un appartement acheté par Tamara Varabei, l’épouse de l’oligarque, en 2013 et d’un autre de 202 mètres carrés acheté par Katsiaryna en 2017 pour 3 millions d’euros.

Au moment de l’achat, Tamara Varabei gagnait officiellement environ 35 000 dollars par an en travaillant pour les sociétés biélorusses Avtoimport et Interservice, cette dernière étant détenue conjointement avec son mari.

Au cours de l’année précédente, Interservice avait réussi à réaliser d’énormes bénéfices grâce à la réexportation de produits pétroliers.

Les carburants dérivés du pétrole russe, délibérément classés comme « solvants » et « diluants » grâce à une faille juridique, étaient exportés vers l’UE, échappant ainsi aux droits d’exportation de l’Union douanière Russie-Biélorussie. Cette affaire a incité la Russie à demander une compensation de 1,5 milliard de dollars à la Biélorussie, mais cette dernière a finalement réussi à apaiser les tensions.

Tout comme sa mère, Katsiaryna Smuschkovich a acheté ses propriétés autrichiennes avec d’autres fonds que ses économies. En effet, entre 2015 et 2017, elle était employée chez Devana Services, un tour-opérateur dont la principale clientèle était constituée d’Européens voulant chasser dans les forêts autour du domaine de villégiature et de chasse de Krasny Bor, dans le Viciebsk Voblast, appartenant a M. Varabei.

Le site Internet du Centre d’investigation biélorusse a publié des photos, provenant de la page Instagram de Katsiaryna, montrant les membres de la famille Varabei qui exhibaient des sacs Hermès d’une valeur de 30 000 € et 112 484 € chacun, ainsi que des vêtements et des bijoux de marque.

Les auteurs de la recherche espèrent que le bon filon que la famille Varabei exploite en Autriche s’épuisera après la publication de l’enquête.

Le site d’investigation a déjà remporté des succès avec l’enquête sur un ami de M. Loukachenko, Mikhail Gutseriev, qui avait réussi à mettre ses propriétés londoniennes à l’abri via les sociétés écrans de son fils.

Un mois après leur enquête conjointe avec The Guardian, l’UE a sanctionné son fils Said et ses propriétés de Londres, dont la valeur se chiffrait en millions de dollars.