La droite et l'extrême droite empêchent les eurodéputés ENVI d'auditionner les commissaires à la Pêche et l’Agriculture
Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, avec le soutien de l'extrême droite, a empêché les eurodéputés écologistes d’interroger les commissaires désignés à l’Agriculture et à la Pêche, provoquant la colère de la gauche et des libéraux.
Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, avec le soutien de l’extrême droite, a empêché les eurodéputés écologistes d’interroger les commissaires désignés à l’Agriculture et à la Pêche, provoquant la colère de la gauche et des libéraux.
Les partis de gauche et les libéraux au Parlement européen sont indignés après que le PPE a rompu la tradition qui interdit tacitement toute alliance avec l’extrême droite.
Dans une décision surprise mercredi 2 octobre après-midi, le PPE a empêché les législateurs de la commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI) d’interroger le candidat luxembourgeois au poste de commissaire à l’Agriculture, Christophe Hansen (PPE), et le candidat chypriote à la Pêche, Kóstas Kadís (Indépendant).
Cette décision a été soutenue par les trois groupes d’extrême droite, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), les Patriotes pour l’Europe et l’Europe des nations souveraines, pourtant traditionnellement soumis à Bruxelles à un « cordon sanitaire ».
Le « PPE ne jette pas seulement les partis démocratiques par la fenêtre, mais également les valeurs de l’UE », a déclaré à Euractiv un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat.
Un pacte entre le centre droit et l’extrême droite pour gagner un vote contre la gauche et les libéraux, qui ont pourtant aidé le PPE à confirmer la présidente de la Commission en juillet, est presque sans précédent dans l’histoire de l’hémicycle.
« Nous avons une commission agricole pour une raison précise », a rétorqué aux journalistes le chef du PPE, Manfred Weber, après la réunion de mercredi. Son parti n’a pas fait de commentaires sur de futures alliances avec l’extrême droite.
Certains des eurodéputés des Socialistes et Démocrates européens (S&D) qui siègent à la commission ENVI travaillent sur une réponse, d’autres sont plus compréhensifs.
« Je peux comprendre la logique de la décision parce que la situation a changé par rapport à 2019 : à l’époque, le commissaire avait sous son portefeuille à la fois la pêche et l’environnement », explique Nicolás Casares, eurodéputé S&D espagnol qui siège à la commission de Pêche (PECH).
Ce dernier souligne cependant pour Euractiv ne pas « être d’accord avec l’idée ou l’hypothèse selon laquelle la commission PECH ne s’engage pas à préserver la santé des mers et des océans ».
« C’est la bonne décision », a quant à lui déclaré l’eurodéputé Sander Smit (PPE), du parti agricole néerlandais Mouvement agriculteur-citoyen, vice-président de la commission PECH et membre de la commission ENVI.
Inviter la commission Environnement risquerait de prendre de l’espace par rapport aux tâches importantes du nouveau commissaire, a-t-il expliqué à Euractiv, citant des questions telles que la compétitivité des agriculteurs au niveau mondial.
Au Parlement européen, la conférence des présidents des groupes politiques, connue sous le nom de CoP, décide quelle commission de l’hémicycle sera invitée à questionner tel ou tel nouveau membre du Collège des commissaires.
La commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI), qui compte 80 membres, est censé avoir son mot à dire sur 12 des 27 commissaires. Cette année cependant, ses membres ne pourront questionner que six des nouveaux commissaires, dont deux vice-présidents.
Les dirigeants du Parlement ont décidé de commencer les auditions le 4 novembre. Le programme exact de ces dernières sera défini par les présidents des commissions mardi 8 octobre, avant d’être approuvé par les présidents des groupes politiques le lendemain.
[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]