La feuille de route 2050 sur l'énergie considérée comme une « occasion manquée »

Le secteur européen des technologies propres a vivement critiqué la feuille de route 2050 sur l'énergie présentée aujourd'hui (15 décembre) par la Commission européenne. Il déplore qu'elle ne contienne pas de recommandations politiques et d'objectifs intermédiaires.

/ EURACTIV.fr
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Le secteur européen des technologies propres a vivement critiqué la feuille de route 2050 sur l'énergie présentée aujourd'hui (15 décembre) par la Commission européenne. Il déplore qu'elle ne contienne pas de recommandations politiques et d'objectifs intermédiaires.

« Nous atteindrons la décarbonisation du secteur énergétique d'ici 2050 si un cadre cohérent est mis en place pour après 2020 », a déclaré à EURACTIV Christine Lins, la directrice de REN21, un réseau international qui œuvre dans le domaine des énergies renouvelables. 

« Il est nécessaire d'établir des objectifs pour 2030 et l'absence de référence à ce sujet représente clairement une occasion manquée », a-t-elle affirmé.

Ce message a été relayé par le PDG de DONG Energy, Anders Eldrup, qui a salué l'orientation de la feuille de route mais déploré qu'elle n'aborde pas la période comprise entre 2020 et 2050 du point de vue des politiques. »

« Des objectifs strictes sur les énergies renouvelables et un solide cadre politique pour 2030 sont essentiels pour débloquer les investissements plus que nécessaires qui permettront de procéder à une décarbonisation du marché et à une production rentable d'énergies propres et fiables », a-t-il expliqué.

Les paroles du commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, lors de la présentation à la presse de la feuille de route, en ont surpris plus d'un. M. Oettinger a en effet appelé à une discussion constructive sur des objectifs contraignants pour 2030 s'agissant des énergies renouvelables.

« Le débat devrait être lancé aujourd'hui et donner lieu à une décision dans deux ans », a-t-il déclaré.

« La feuille de route aurait pu ouvrir la voie plus clairement à un objectif contraignant sur les énergies renouvelables », a affirmé à EURACTIV Julian Scola, le porte-parole de l'Association européenne de l'énergie éolienne.

Il a toutefois ajouté que M. Oettinger avait donné un signal clair au Parlement européen et au Conseil en demandant un objectif contraignant d'ici deux ans.

Scénarios de décarbonisation

Au lieu de présenter des objectifs et des options politiques, cette feuille de route expose les mérites potentiels de cinq scénarios de décarbonisation pour 2050 :

  • Un scénario de haute efficacité énergétique avec des engagements plus stricts en matière d'économie d'énergie, notamment dans le secteur de la construction, ce qui devrait mener à une diminution de la demande énergétique de 41 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 2005.   
  • Un scénario portant sur des technologies d'approvisionnement diversifiées dans lequel toutes les sources d'énergie sont en compétition et la décarbonisation résulte des prix du carbone, de l'énergie nucléaire et de l'introduction de technologies de captage et stockage du dioxyde de carbone (CSC).
  • Un scénario portant sur des sources d'énergie hautement renouvelables avec un soutien fort en faveur des énergies renouvelables pour qu'elles représentent 75 % du bouquet énergétique européen d'ici 2050.
  • Un scénario portant sur un CSC différé qui impliquerait un recours plus important à l'énergie nucléaire avec une décarbonisation issue des prix du carbone plutôt que de l'avancée technologique.
  • Un scénario avec peu de nucléaire, en supposant qu'aucun nouveau réacteur ne soit construit en plus de ceux déjà prévus, ce qui donnerait lieu à 32 % d'énergie générée via le CSC.

Ces scénarios montrent que « la décarbonisation est possible et peut se révéler moins coûteuse que les politiques actuelles sur le long terme », peut-on lire dans la feuille de route. Elle prévoit un développement important des énergies renouvelables, un rôle accru pour l'électricité et des économies d'énergie substantielles après 2030.

Toutefois, entre 2011 et 2050, elle précise que les investissements cumulés dans le réseau atteindront à eux seuls entre 1,5 et 2,2 mille milliards d'euros.  

Distinction des scénarios

Bien qu'elle ait chaleureusement accueilli cette feuille de route, Arne Mogren du groupe consultatif ad hoc qui a rédigé un document de consultation utilisé lors de l'élaboration de cette feuille de route, a expliqué à EURACTIV qu'il n'avait pas été judicieux de séparer le scénario sur les énergies renouvelables et celui portant sur une haute efficacité énergétique. 

« En réalité, il faudra combiner les deux », a-t-il affirmé. « C'est ce dont nous avons besoin, nous n'aurons pas le choix. Si l'on combine ces deux scénarios, il sera peut-être possible de décarboniser le secteur plus tôt. »

Bon nombre des recommandations du groupe ad hoc n'ont pas été reprises dans le rapport final, notamment la définition d'objectifs intermédiaires pour 2030. 

Le scénario nucléaire dérange

L'importance accordée à l'énergie nucléaire dans le document fait également bondir certaines parties prenantes, dans la mesure où la plus grande part de nucléaire dans le bouquet énergétique, dans les divers scénarios de la feuille de route, est de 18 % d'ici 2050.

Il est dit dans la feuille de route qu'en tant qu'option à faible intensité de carbone, l'énergie nucléaire restera au sein du bouquet énergétique et qu'elle pourra contribuer de manière significative au processus de transformation de l'énergie dans les Etats qui disposent actuellement de réacteurs.

Mme Lins de REN21 a cependant fait remarquer que des pays tels que l'Allemagne, l'Italie et la Suisse avaient récemment décidé d'abandonner le nucléaire.

L'importance du gaz

La source énergétique à court terme sans doute la plus importante selon la Commission européenne est le gaz naturel.

« Le gaz sera essentiel pour la transformation du système énergétique », affirme l'exécutif dans sa feuille de route. Il devrait être utilisé comme une « technologie faible en carbone », si le CSC y est appliqué à partir de 2030, ou comme un « soutien flexible » ou un « moyen pour équilibrer la capacité ».

Les écologistes pensent que prévoir une utilisation importante du gaz sans recours au CSC après 2030 pourrait mettre en péril l'objectif mondial de maintenir la hausse des températures en dessous de la barre de 2°C.

De son côté, François-Régis Mouton, le président de l'initiative Gas Naturally, a expliqué que l'exécutif européen avait lui-même reconnu que ses scénarios sur le gaz étaient peut-être un peu trop conservateurs.

« Il est difficile d'imaginer le succès des énergies renouvelables sans le gaz et si l'Europe souhaite réellement réduire ses émissions de CO2 aujourd'hui, remplacer les carburants à haute intensité de carbone par du gaz reste l'option la moins chère et la plus rapide », a-t-il déclaré à EURACTIV.