La France et l’Allemagne vont accélérer le développement du char du futur
Les ministres français et allemand de la Défense se sont engagés jeudi à accélérer le développement du char franco-allemand du futur après des années de stagnation et des rumeurs de retrait de Berlin du projet.
Les ministres français et allemand de la Défense se sont engagés jeudi (21 septembre) à accélérer le développement du char franco-allemand du futur après des années de stagnation et des rumeurs concernant le retrait de Berlin du projet.
Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a accueilli son homologue allemand, Boris Pistorius, jeudi (21 septembre) sur la base aérienne d’Évreux. M. Lecornu devrait quant à lui se rendre en Allemagne au début du mois d’octobre.
Les deux parties ont décidé de le découper en différents domaines techniques, appelés « piliers ». D’ici décembre, elles devront définir les contours de chaque pilier (connectivité, armement, etc.), leur contenu et l’attribution à l’un ou l’autre des deux pays, a indiqué M. Pistorius lors d’une conférence de presse.
Le ministre allemand a également décrit une feuille de route ambitieuse pour le système principal de combat au sol (Main Ground Combat System, MGCS).
Le développement conjoint du char de nouvelle génération, officiellement lancé en 2020 pour remplacer les chars français Leclerc et allemands Leopard d’ici 2040-2045, était au point mort depuis quelques années.
Le char a été choisi pour être l’équivalent terrestre de la nouvelle génération du système de combat aérien du futur (SCAF).
Berlin et Paris, ainsi que les entreprises impliquées dans les projets, s’opposent principalement sur la répartition des compétences, le poids du char (et donc son utilisation) ainsi que sur les modalités d’exportation.
Feuille de route
Les deux pays discuteront durant les prochains mois des responsabilités qui incomberont à l’un ou l’autre dans le cadre du développement et de la production du futur char.
La répartition de ces tâches de développement de composants technologiques est très délicate, car le fait de travailler sur un programme d’armement aussi vaste peut donner à l’industrie des pays le coup de pouce dont elle a besoin pour devenir ou s’affirmer comme un leader sur le marché.
Une commande gouvernementale de l’ampleur de celle qui pourrait être effectuée dans le cadre du MGCS est également une garantie de commandes pour l’avenir, surtout si le char est destiné à l’exportation.
L’accord de décembre visera à régler les différends relatifs à la répartition des tâches entre Nexter S.A., du côté français, et Rheinmetall AG et KNDS (qui détient Nexter et KMW), du côté allemand.
« Nous sommes les clients, nous sommes les acheteurs, et nous déterminerons ce que nous voulons », a souligné M. Pistorius. « Au cours de la nouvelle année, il y aura des négociations avec l’industrie, qui mettra ses propres intérêts sur la table, ce qui est légitime », a-t-il ajouté.
Cependant, comme l’a dit le ministre allemand, « pour pouvoir définir [ce que nous voulons], nous devons nous mettre d’accord, et ce n’est pas négligeable ».
Paris et Berlin sont en désaccord sur les spécificités du char, telles que son poids, ses modules ou ses capacités, qui le rendraient adapté à des opérations et à des terrains différents.
M. Lecornu a déclaré que « ce char n’est pas un objet seul, ça sera au fond un système de plusieurs modules qui constituera une fonction de cavalerie blindée », mais que tous ces modules ne seront pas identiques.
Il y aura « des modules différents puisque certains seront habités, d’autres ne seront pas habités, [donc] “dronisés”, d’autres pourront être habitables, en fonction du choix stratégique et opérationnel qui sera opéré ».
Une longue attente
« Nous voulons que ce projet soit un succès », a déclaré M. Pistorius lors de la conférence de presse.
Les dernières nouvelles sur le programme datent de juillet, lorsque les deux capitales ont convenu de travailler sur le programme. Avant cela, c’était plus ou moins le silence radio.
Au début du mois, des rumeurs de rupture franco-allemande au sujet du MGCS ont fait la une des journaux. Selon le Handelsblatt, des entreprises allemandes auraient déclaré que le projet de recherche entre des entreprises allemandes, italiennes et espagnoles était en concurrence avec le programme MGCS.
« Ce projet ne représente pas pour nous une alternative au MGCS », a tempéré M. Pistorius dans un entretien accordé au journal français Le Monde. Il s’agit d’une « recherche théorique », a souligné M. Lecornu lors de la conférence de presse, mais il ne s’agit pas d’une concurrence au développement du MGCS.
L’annonce « peut ne pas sembler très importante pour certains observateurs extérieurs, mais elle est importante pour le projet parce que nous sommes au point mort depuis longtemps ; le rythme s’est ralenti depuis longtemps », a déclaré M. Pistorius aux journalistes.
« Nous essayons tous deux de desserrer les freins et d’accélérer le projet en conséquence, tout simplement parce que c’est nécessaire », a-t-il ajouté.
Son homologue français a également souligné dans le même sens que le MGCS « n’est pas un nouveau Léopard et ce n’est pas un nouveau Leclerc » car « les ruptures technologiques vont être brutales, importantes, déterminantes pour le succès des armes de nos deux pays, mais aussi de nos alliés, et évidemment aussi des succès à l’exportation ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet & Davide Basso]