La France et l’Italie freinent la candidature du Kosovo au Conseil de l’Europe

Alors que la dynamique autour de la demande d’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe stagne, plusieurs parties prenantes ont refusé de commenter les rapports suggérant que le processus est entravé par la France et l’Italie, deux pays qui étaient auparavant de fervents partisans de l’adhésion du Kosovo.

/ Euractiv.com
Flags of Kosovo
Le Kosovo a déclaré son indépendance unilatérale de la Serbie en 2008, dix ans après la guerre du Kosovo de 1998-1999.

Alors que la dynamique autour de la demande d’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe stagne, plusieurs parties prenantes ont refusé de commenter les rapports suggérant que le processus est entravé par la France et l’Italie. Deux pays qui étaient auparavant de fervents partisans de l’adhésion du Kosovo.

En mars, la commission des affaires politiques et de la démocratie de l’organisation des droits de l’homme basée à Strasbourg a recommandé que le Kosovo soit invité à devenir membre du Conseil de l’Europe. Le Parlement de l’organisation s’est ensuite prononcé en faveur de l’adhésion du Kosovo lors d’un vote écrasant en avril.

Toutefois, le Kosovo doit encore obtenir une majorité des deux tiers au sein du Comité des ministres pour finaliser son adhésion. Un vote prévu en mai a été reporté en raison de demandes allemandes de dernière minute, qui souhaitaient que l’Association des municipalités serbes, requise par l’Union européenne (UE), soit d’abord mise en place.

Strasbourg et Pristina espéraient que le vote aurait lieu d’ici la fin de l’année, mais une source allemande au fait de la situation a déclaré à Euractiv qu’il était peu probable que cela se produise.

« Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de vote sur l’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe au sein du Conseil des ministres des États membres. Il y a en fait une nette majorité des deux tiers. Mais l’élan risque d’être perdu », a confié la source à Euractiv.

La source a ajouté que l’assemblée du Conseil de l’Europe continuerait à faire pression pour un vote — car il n’est pas possible de ne pas l’organiser — mais l’Allemagne,  la France et l’Italie s’opposent.

« Le chancelier allemand était par intermittence ouvert [à l’adhésion du Kosovo], le ministre des Affaires étrangères était déterminé — ceux qui ont vraiment freiné étaient (…) les Italiens et les Français », a révélé la source allemande, ajoutant qu’il y avait des « spéculations » selon lesquelles les raisons pourraient être de nature délicate et liées à la Serbie.

Le Kosovo a déclaré son indépendance unilatérale de la Serbie en 2008, dix ans après la guerre du Kosovo de 1998-1999. Celle-ci s’est achevée à la suite du bombardement de la Yougoslavie par l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Belgrade et Aleksandar Vucic, ancien membre du gouvernement de Slobodan Milosevic, refusent toujours d’accepter l’indépendance du Kosovo et s’opposent à son adhésion à des organisations internationales telles que l’UE, le Conseil de l’Europe et l’Organisation des Nations unies (ONU), même si cela revient à violer des accords facilités par Bruxelles.

Les avions de chasse entrent en jeu

Quant à ce qui pourrait motiver la France, la source allemande a déclaré qu’« Emmanuel Macron voulait conclure un accord avec la Serbie pour la vente d’avions de combat ».

Fin août, le président français Emmanuel Macron a rencontré son homologue serbe Aleksandar Vucic pour discuter d’un accord de 2,7 milliards d’euros visant à vendre au pays des Balkans occidentaux 12 nouveaux avions de combat Rafale.

En plus des avions, la France fournira à la Serbie des moteurs et des pièces de rechange, ainsi qu’un ensemble complet de logistique auxiliaire.

À propos des avions, Aleksandar Vucic a indiqué aux médias qu’ils « contribueraient à une augmentation significative des capacités opérationnelles de notre armée ».

Cet achat marque également un changement important dans la politique étrangère et la position de la Serbie en matière de sécurité, qui s’éloigne de la Russie et se rapproche de l’Occident. Les relations continues de Belgrade avec Moscou, y compris les contrats d’armement, ont été une véritable épine dans le pied de l’UE, encore plus depuis que la Russie a envahi l’Ukraine en février 2022.

« Aleksandar Vucic a déclaré très ouvertement et avec confiance qu’il avait ses partenaires [au sein des gouvernements du Conseil de l’Europe] qui empêcheraient l’adhésion finale du Kosovo », a ajouté la source.

Si l’opposition de la France peut s’expliquer, du moins en partie, par la vente des avions Rafale, celle de l’Italie est un peu plus difficile à comprendre. Rome reconnaît le Kosovo, entretient des liens étroits avec l’Albanie voisine et n’a pas d’accords connus avec Belgrade.

Pour commenter la situation, un ancien fonctionnaire du gouvernement britannique a affirmé à Euractiv qu’ « Emmanuel Macron et Olaf Scholz se sont éloignés d’Albin Kurti ». « L’Italie veut simplement rester sur la même longueur d’onde que l’Allemagne et la France — les grands acteurs », a ajouté l’ancien fonctionnaire.

Euractiv a contacté les ministères des Affaires étrangères français et italien pour en savoir plus sur les raisons de leur opposition et hésitation à l’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe, sans succès.

Euractiv a également contacté le bureau du Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, et le ministère des Affaires étrangères du Kosovo pour leur demander s’ils étaient au courant du problème et quelles mesures étaient prises pour le résoudre, mais aucune réponse n’a été apportée.

Efforts en suspens

Pour accélérer le processus d’adhésion, le gouvernement du Kosovo avait promis plusieurs mesures au début de l’année.

Mais actuellement la situation est au point mort. « Le Kosovo a mis en suspens la libéralisation promise pour le moment », a déclaré la source. « Il faudrait qu’il gaspille beaucoup de crédit politique pour cela ».

Le Kosovo doit également organiser des élections en 2025, et des questions telles que les unions homosexuelles, parmi les changements proposés, pourraient s’avérer politiquement coûteuses.

En ce qui concerne les mesures qui permettraient de débloquer la situation, l’Allemagne insiste pour que le Kosovo crée l’Association des municipalités serbes, pour laquelle l’envoyé spécial de l’UE dans la région, Miroslav Lajcak, a présenté un plan à l’automne 2023.

« Dès que cette étape aura été franchie, un vote au Comité des ministres [du Conseil de l’Europe] pourra être mis à l’ordre du jour avec une perspective suffisante de majorité des 2/3 parmi les États membres ayant le droit de vote », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Euractiv.

La création de l’association n’est pas une condition formelle pour rejoindre l’organisation des droits de l’homme basée à Strasbourg, et Pristina reste frileuse, craignant que cela ne viole la constitution ou ne donne trop de pouvoir à Belgrade, qui, selon elle, tente de déstabiliser le pays.