La France mauvaise élève de l'UE sur les médicaments génériques

La France est à la traîne en matière de prescription de médicaments génériques par rapport à ses voisins européens. Pour améliorer les performances françaises, la Cour de Comptes recommande d’appliquer le modèle allemand, qui mise le plafonnement des budgets de prescription des médecins. 

EURACTIV.fr
La sécurité sociale pourrait faire d’avantage d’économies en mettant l’accent sur les médicaments génériques (Credit: [Hector the Hero]/Shutterstock)
La sécurité sociale pourrait faire d'avantage d'économies en mettant l'accent sur les médicaments génériques (Credit: [Hector the Hero]/Shutterstock)

La France est à la traîne en matière de prescription de médicaments génériques par rapport à ses voisins européens. Pour améliorer les performances françaises, la Cour de Comptes recommande d’appliquer le modèle allemand, qui mise le plafonnement des budgets de prescription des médecins. 

La France doit adopter une nouvelle stratégie pour améliorer la diffusion des médicaments génériques. Dans son rapport annuel sur la sécurité sociale paru le 17 septembre, la Cour des comptes recommande d’intensifier l’usage des médicaments génériques, notamment dans le but d’accélérer la réduction du déficit de la sécurité sociale.

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L’institution constate ainsi que la France est à la traine par rapport à ses voisins européens en ce qui concerne la consommation des médicaments génériques. Les médicaments génériques achetés en pharmacie ne représentent en effet que 21,5 % des remboursements de médicaments vendus en ville.

En France, moins d’une boîte remboursable sur trois est générique. Dans d’autres pays européens comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, cette proportion atteint plus de trois boîtes sur quatre, selon la Cour. Elle recommande donc dans un premier temps « d’élargir significativement le périmètre des médicaments substituables ».

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Par ailleurs, selon le dernier panorama de santé de l’OCDE, en 2011 les génériques représentaient environ trois quarts du volume du marché des médicaments remboursés en Allemagne, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande et au Danemark. En France, ils représentaient un quart du marché.

Revoir la stratégie axée sur les pharmaciens

En plus d’augmenter le nombre de médicaments génériques commercialisés, la Cour des comptes estime qu’il faut aussio revoir les stratégies d’incitation. Une partie des économies pourrait ainsi se faire sur la rémunération des pharmaciens. Actuellement, ce sont eux qui encouragent les patients à consommer des génériques. Pour l’institution, le « dispositif uniquement incitatif » axé sur le pharmacien a une « efficacité limitée et extrêmement coûteux ».

En effet, lorsqu’un pharmacien remplace un médicament non-générique par un générique et permet ainsi de faire au moins deux euros d’économies, il récupère un euro. Selon les chiffres de la Cour, les pharmaciens ont ainsi reçu 1,7 milliard d’euros en 2013, en récompense de leurs efforts alors que les économies nettes pour l’Assurance maladie se sont élevées à 1,6 milliard d’euros la même année. La Cour des comptes préconise donc, dans un premier temps, de réviser la rémunération des pharmaciens.

Prendre exemple sur l’Allemagne

Pour l’institution, les pharmaciens ne doivent pas être les seuls à inciter la consommation de génériques. Les médecins ont aussi un rôle à jouer puisque leurs « prescriptions s’orientent vers les produits plus récents, donc plus chers, toujours sous brevet, sans souvent qu’ils apportent une amélioration du service médical par rapport à des molécules substituables ».

Au-delà du rôle du pharmacien, le niveau de développement des génériques en France est aussi pointé du doigt par le rapport. En effet, plus d’une boîte de médicament sur deux prescrite par les médecins n’a pas d’équivalent générique. 

Par exemple, en 2011, dans le traitement contre le cholestérol, 39 % seulement des statines en France étaient des génériques, contre 96 % en Allemagne, 73 % en Finlande et au Royaume-Uni et 72 % en Norvège.

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La Cour des comptes propose ainsi de fixer des objectifs aux médecins afin de les encourager à favoriser la prescription de molécules disponibles en générique. Si les objectifs fixés ne sont pas atteints, leur rémunération pourrait être diminuée.

Cette proposition se fonde sur le modèle allemand. En effet, outre-Rhin les prescripteurs ont été incités financièrement à prescrire des médicaments moins chers durant les années 1990 par la mise en place de budgets limités de prescription. En cas de dépassement du plafond, les médecins étaient susceptibles de devoir reverser une partie des honoraires perçus.

Ce système a rapidement fait évoluer les comportements de prescription. Entre 2010 et 2013, la part des génériques dans les médicaments remboursables a augmenté de 50 à 75 % en Allemagne, alors qu’elle ne progressait que de 24 à 31 % en France, en volume, rappelle la Cour.

Les maladies de longue durée coûtent cher

En 2012, environ 9,5 millions de Français souffraient d’affections de longue durée (ALD), selon l’assurance maladie. Ce nombre progresse chaque année d’en moyenne 3,8 % et pourrait passer à 11 millions d’ici 2016, selon l’Inspection générale des affaires sociales.

Ces maladies représentent 30 catégories de pathologies « comportant un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse ». Les dépenses de santé liées à ces affections sont prises en charge à 100 % par la sécurité sociale. En 2010, quatre groupes de pathologies expliquent les trois quarts de la progression des dépenses d’ALD : affections cardiovasculaires (30 %), tumeurs malignes (15 %), diabètes (16 %), et affections psychiatriques longues (14 %). 

Or, ce régime de santé coûte très cher à la sécurité sociale. Chaque année, ces maladies correspondent à 80 milliards d’euros de dépenses de santé, soit les deux tiers des remboursements de l’assurance-maladie. 

Pour réduire les dépenses liées aux affections de longue durée, les critères d’admission en ALD ont été révisés. Ainsi en 2011, le gouvernement a par exemple supprimé l’hypertension artérielle sévère de la liste des affections de longue durée.