L'été devient meurtrier alors que le changement climatique frappe de plein fouet une Europe mal préparée
Les vagues de chaleur, exacerbées par le changement climatique, sont de plus en plus fréquentes et meurtrières
Les étés deviennent de plus en plus meurtriers à mesure que les températures augmentent et que les maladies tropicales menacent des populations qui sont loin d’être préparées à cette nouvelle normalité, ont averti des responsables de la Commission européenne à Bruxelles.
La dernière vague de chaleur en date qui a frappé l’Europe occidentale a déjà fait au moins 1 000 victimes en France et en Espagne, ce qui reflète en partie une incapacité à s’adapter à la vie sur un continent qui se réchauffe rapidement. Les conseillers de l’UE estiment que la chaleur extrême a causé la mort de 24 000 personnes durant l’été 2025.
Ces chiffres clés indiquent un changement qui pourrait être en cours : historiquement, les hivers ont toujours été nettement plus meurtriers que les étés, avec généralement neuf fois plus de décès excédentaires, soit environ 360 000, contre environ 43 000 chaque été.
Le changement climatique pourrait renverser complètement ce schéma. Les chercheurs de la Commission européenne estiment que le nombre de décès excédentaires en été devrait plus que doubler d’ici la fin du siècle.
Stress thermique
« Parmi les décès dus au changement climatique, environ 75 % sont imputables au stress thermique », a déclaré mercredi un responsable de l’UE aux journalistes. « En 2022, nous avons enregistré un chiffre très alarmant : 66 000 décès au sein de l’UE au cours de cet été. »
« Nous serons également confrontés à des chiffres alarmants cette année », a-t-il ajouté. « Les progrès en matière d’adaptation au changement climatique sont inégaux, nous continuerons donc à déplorer des décès liés au froid. »
Outre les températures élevées provoquant des coups de chaleur et un arrêt complet des fonctions vitales lorsque les protéines commencent à se coaguler comme le blanc d’un œuf, le responsable a mis en garde contre des menaces indirectes pour la santé.
« Il ne s’agit pas seulement de la chaleur ou du froid extrêmes ; on assistera également à la propagation de maladies exotiques, que nous n’avions jamais observées auparavant en Europe, telles que la dengue ou le paludisme. »
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a averti l’été dernier que les épidémies record du virus du Nil occidental et du chikungunya, transmis par les moustiques, représentent une « nouvelle norme » en Europe.
Plusieurs pays – l’Italie, la Grèce, la Roumanie, la Hongrie, l’Espagne et l’Allemagne – ont signalé des transmissions saisonnières de maladies jusque-là inconnues, avec plus de 400 cas graves de maladie neuro-invasive du Nil occidental ayant entraîné une cinquantaine de décès l’année dernière, soit les niveaux les plus élevés jamais enregistrés.
Bruxelles promet un « changement transformationnel »
La Commission prévoit de présenter dans le courant de l’année un nouveau cadre européen intégré pour la résilience climatique, destiné à susciter un « changement transformationnel » dans tous les secteurs, y compris celui de la santé – après des années d’inaction.
L’année dernière, une douzaine de pays de l’UE ont exhorté Bruxelles à présenter une stratégie spécifique sur la santé et le climat d’ici juin 2026. Au lieu de cela, le commissaire à la santé s’est engagé à présenter un « cadre » visant à harmoniser les secteurs du climat et de la santé vers la fin de l’année.
Cette nouvelle approche ne conférerait notamment pas à l’impact sur la santé du changement climatique la place centrale envisagée par la coalition.
« Ce cadre servira de levier pour permettre aux acteurs de s’approprier les risques et de planifier leur action en fonction des scénarios climatiques probables pour les années à venir », a expliqué le responsable européen, tout en précisant que ce dispositif ne serait pas mis en place « du jour au lendemain ».
Le cadre d’adaptation au changement climatique existant de l’UE a été critiqué pour son incapacité à coordonner les États membres dans la lutte contre les risques sanitaires et économiques liés au réchauffement rapide de l’Europe.
Le nouveau « cadre de résilience » européen est présenté comme une évolution plutôt que comme un nouveau départ. Parallèlement, les pays de l’UE continuent de plaider en faveur d’une stratégie spécifique et globale en matière de climat et de santé.
Face à la recrudescence du paludisme et de la dengue, la Commission européenne a indiqué à Euractiv qu’elle investit dans des contre-mesures médicales, notamment de nouveaux traitements et des tests de diagnostic rapide qui devraient être accessibles à tous. Bruxelles espère également encourager l’utilisation « prudente » des antibiotiques et la poursuite de la recherche, a ajouté le porte-parole.
(rh, aw)