La France passe sans encombre les périodes de grands risques pour son réseau électrique
« L’essentiel du risque est derrière nous » en matière de tension sur le réseau électrique, annonce le gestionnaire de réseau d’électricité français RTE. Attention toutefois : baisses des températures et grèves dans le secteur pourraient avoir des conséquences sur les stocks disponibles.
« L’essentiel du risque est derrière nous » en matière de tension sur le réseau électrique, annonce le gestionnaire de réseau d’électricité français RTE. Attention toutefois : baisses des températures et grèves dans le secteur pourraient avoir des conséquences sur les stocks disponibles.
RTE a présenté mercredi (18 janvier) son 5ème rapport sur la situation électrique en France depuis septembre. À la faveur d’une météo clémente et d’une plus grande disponibilité du parc nucléaire, Thomas Veyrenc, directeur de la Stratégie chez RTE, assure que le plus gros de l’hiver a été dépassé. La période la plus à risque courrait en effet de fin novembre à début janvier.
En vue des stocks et de la disponibilité du parc électrique, le risque de coupures d’électricité pour le mois de février à venir est faible, voire très faible.
Néanmoins, la baisse des températures annoncées dans les prochaines semaines, combinée aux maintenances du parc nucléaire et des possibles grèves, appelle au maintien de la vigilance de consommation.
Le retour du nucléaire
RTE annonce que la consommation d’électricité — corrigée des aléas météorologiques — a baissé de -8,5% sur les 4 dernières semaines par rapport aux mêmes semaines entre 2014-2019.
D’abord, la sobriété énergétique roule à plein régime, poussée par les campagnes de sensibilisation de la population et les mesures prévues pour les entreprises et l’industrie. Ensuite, les coûts toujours élevés de l’énergie accroissent la baisse de la consommation.
Concernant les ressources disponibles, RTE note que les stocks hydrauliques et gaziers sont à un niveau bien supérieur par rapport aux années précédentes. Les stockages de gaz sont remplis d’environ 108 TWh, contre 80 TWh les années précédentes, tandis que ceux hydrauliques concentrent environ 2300 GWh, contre 2100 TWh les années précédentes.
La situation est donc « très satisfaisante », selon Thomas Veyrenc.
Le calendrier de remise en route du parc nucléaire correspond également aux attentes du gestionnaire. 13 réacteurs sont encore à l’arrêt, mais la disponibilité du parc atteint les 44 GW, 70% des capacités totales.
Néanmoins, dès la fin de février, neuf réacteurs seront envoyés en maintenance. « Cela va nous conduire légèrement à décroître à 40 GW », signale M. Veyrenc.
La France ne sera donc plus exportatrice nette d’électricité vers ses voisins européens comme ce fut le cas depuis début janvier, ce qui devrait également pousser les prix de gros de l’électricité à la hausse, signale l’expert. Depuis un certain temps, ces derniers sont en baisse.
En parallèle, deux des quatre réacteurs les plus puissants du parc — 1300 MW de capacité chacun — seront de retour courant de la même période.
Merci au GNL
Côté gaz, si les stocks sont bien remplis, « une baisse significative de ces niveaux est toutefois attendue dans les prochaines semaines pour respecter les contraintes techniques de ‘respiration’ des stockages français », annonce le gestionnaire de réseau gazier GRTgaz.
Dans le même temps, la consommation — corrigée des aléas météorologiques — a baissé d’environ 13% depuis l’été. La sobriété dont font preuve les ménages et l’industrie permet de gagner du terrain sur le besoin en gaz pour produire de l’électricité en compensation de la moindre disponibilité du parc nucléaire.
41% de gaz naturel liquéfié (GNL) a tout de même été importé en plus entre le 1er novembre et le 15 janvier, par rapport à la même période les années précédentes. Les entrées de GNL sur la période représentent ainsi 75% de la consommation gazière du pays.
Conclusion : sauvé par des températures clémentes, « le risque d’un déficit de gaz en volume sur le reste de l’hiver 2022-2023 apparaît très improbable », avance GRTgaz. Seul persiste un faible risque journalier de déficit en cas de pic de froid concomitant à une baisse des importations.
Pour toutes ces raisons, le risque de coupure d’électricité est faible sur la période à venir, sans pour autant être écarté entièrement. « Il faut rester vigilant », prévient donc M. Veyrenc, à la faveur notamment d’un pic de froid prévu dans les prochaines semaines, ainsi qu’aux possibles grèves à venir contre la réforme des retraites.
Dans un communiqué, les quatre fédérations syndicales représentatives des industries électriques et gazières ont d’ailleurs indiqué qu’elles appelaient jeudi (19 janvier) à la grève.
Dans ce cas, Jean-Paul Roubin, directeur des Opérations chez RTE, rappelle tout de même que le gestionnaire pourra légalement adresser un « ordre d’arrêt des baisses » pour éviter les coupures.
Sur le long terme, l’hiver 2023-2024 est « plutôt moins risqué que l’hiver 2022-2023 », avance M. Veyrenc. Cela dépendra, en outre, des stocks de gaz qui ne pourront plus êtres remplis avec du gaz russe, rapidement qui plus est, comme ce fut le cas en 2022.