La France perd son triple A une deuxième fois
Neuf mois après Standard and Poor's, Moody's a dégradé la France. L'agence de notation justifie son choix par les faibles perspectives de croissance du pays. C'est "une sanction de ce qui n'a pas été fait dans le passé", estime le gouvernement.
Neuf mois après Standard and Poor’s, Moody’s a dégradé la France. L’agence de notation justifie son choix par les faibles perspectives de croissance du pays. C’est « une sanction de ce qui n’a pas été fait dans le passé », estime le gouvernement.
Moody’s a abaissé la note de la France de AAA à Aa1 dans la soirée, lundi 19 novembre. L’agence de notation juge la situation économique et les perspectives budgétaires françaises incertaines et pointe du doigt une perte de compétitivité graduelle et soutenue, des rigidités sur son marché du travail, des biens et des services.
C’est la deuxième fois que le pays est privé de la note maximale après le choix de Standard and Poor’s de dégrader la note française en janvier 2012.
Perspective négative
L’exposition de la France à la périphérie de l’Europe par le biais de ses relations commerciales et de son système bancaire est disproportionnée et ses engagements à soutenir d’autres membres de la zone euro ont augmenté, souligne-t-elle.
Moody’s précise cependant que l’ampleur du déclassement est limitée en raison du programme de réformes suivi par le gouvernement. L’agence de notation indique que « la France conserve une note extrêmement élevée, à Aa1, en raison des atouts importants dont dispose le pays en terme de crédit ».
L’agence évoque également « une économie large et diversifiée qui soutient la résistance économique de la France et un engagement fort envers des réformes structurelles et la consolidation budgétaire ».
Mais elle maintient la perspective négative sur sa note, ce qui implique l’éventualité d’une autre dégradation à un horizon de deux ans.
Taux historiquement bas
« Il s’agit d’une sanction de ce qui n’a pas été fait dans le passé, des réformes qui n’ont pas été conduites », a déclaré le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, dans un entretien à l’agence de presse Reuters.
« C’est aussi un encouragement à mettre en oeuvre rapidement et fortement les réformes que nous avons décidées et qui vont dans la bonne direction : sérieux budgétaire, stabilisation de la zone euro, pacte de compétitivité », a-t-il ajouté.
M. Moscovici a rappelé que malgré la dégradation de Standard and Poor’s, la France emprunte depuis plusieurs mois à des taux exceptionnellement bas.
Les rendements des titres de dette française, qui reflètent les taux auxquels le pays emprunte, sont proches de leurs niveaux historiques. Ils étaient d’environ 2,07% lundi pour la dette à 10 ans, contre environ 2,01% début août.
Réformes structurelles
Selon une source proche de François Hollande, les autorités françaises partagent le diagnostic de Moody’s, selon laquelle la responsabilité de cette dégradation incombe aux précédents gouvernements.
« Cette dégradation de l’agence Moody’s sanctionne les errements du passé (…) ce n’est pas une surprise puisque le diagnostic rejoint celui du gouvernement et celui du rapport Gallois », a déclaré ce proche du président français.
« Cela valide notre stratégie économique de restaurer notre compétitivité et de mettre en oeuvre des réformes structurelles », a-t-il ajouté. « Jamais un gouvernement n’aura engagé en si peu de temps autant de réformes structurelles en France. »
A la suite de la décision de l’agence de notation, l’euro s’est retourné à la baisse face au dollar, cédant vers 1h50 0,25% à 1,2780 dollar.
Avant l’annonce de Moody’s, des économistes avaient estimé qu’une baisse de la note souveraine de la France par l’agence de notation aurait un impact limité sur les taux d’emprunt très bas dont elle bénéfice.
Quant à Fitch Ratings, la troisième des grandes agences de notation internationales, elle prévoit de se prononcer courant 2013 sur l’évolution de la note AAA qu’elle attribue à l’Etat français, placée sous perspective négative.