La France pourrait prêter jusqu’à 6,3 milliards d’euros à la Grèce
Christine Lagarde a révélé le plan français d’aide à la Grèce. Un rectificatif du projet loi de finance 2010 devrait être examiné par l’Assemblée nationale et le Sénat avant le 15 mai.
Christine Lagarde a révélé le plan français d’aide à la Grèce. Un rectificatif du projet loi de finance 2010 devrait être examiné par l’Assemblée nationale et le Sénat avant le 15 mai.
6,3 milliards d’euros. C’est la somme maximum susceptible d’être débloquée par la France pour aider la Grèce. 3,9 milliards d’euros seront mobilisables pour 2010, a annoncé la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, lors du Conseil des ministres, mercredi 21 avril 2010.
Ce montant de 6,3 milliards d’euros s’inscrit dans le cadre du plan de soutien européen. Il correspond à la quote-part de la France sur les 30 milliards d’euros de prêts auxquels les États-membres de la zone euro se sont engagés le 11 avril 2010. La quote-part de chaque État est calculée en fonction de sa participation dans le capital de la Banque centrale européenne, celle-ci tenant compte du PIB et de la population des États.
Les sommes qui pourront être engagées par les autres États membres de l’Eurogroupe sont par conséquent assez prévisibles. L’aide potentielle de l’Allemagne devrait s’élever à 8 milliards d’euros, l’Italie à 5 milliards, l’Espagne à 3,7 milliards, les Pays-Bas à 1,8 milliard etc.
Mais pour l’instant, cette aide n’est que potentielle.La Grèce n’a pas encore sollicité l’activation du plan de soutien. La France a donc anticipé. « On n’a pas peur mais on veut être prêt », a insisté Christine Lagarde à la sortie du Conseil des ministres.
Le texte, qui « permet à la France d’activer le dispositif permettant si nécessaire de soutenir la Grèce, et donc de maintenir la stabilité de l’euro », sera présenté les 3 et 4 mai à l’Assemblée nationale et les 6 et 7 mai au Sénat, a-t-elle ajouté. « Ce prêt, s’il est nécessaire, ne sera mobilisé par le gouvernement français que conjointement avec les pays partenaires de la zone euro », explique par ailleurs le communiqué du Conseil des ministres.
Afin d’intégrer cette dépense éventuelle, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a présenté une version rectificative du projet de loi de finances pour 2010. « Cette opération financière n’a pas d’impact sur le déficit des administrations publiques au sens de la comptabilité nationale », a indiqué Bercy.
« Le déficit budgétaire 2010 augmentera de 3 milliards d’euros pour atteindre 152 milliards, et non de 3,9 milliards car la France attend 900 millions de recettes supplémentaires de TVA », a précisé Christine Lagarde. Le déficit public prévisionnel pour 2010 restera à 8,0% du produit intérieur brut et le programme 2010 d’émission de dette moyen et long terme (188 milliards d’euros) ne sera pas modifié.
La mi-mai sera décisive
Christine Lagarde a ajouté que le projet de loi ne citait pas spécifiquement la Grèce car « on n’a pas voulu pointer du doigt la Grèce et on fait référence à tous les pays de l’Union européenne dont la monnaie est l’euro ».
« On n’est pas en train de faire un cadeau aux Grecs », a-t-elle insisté. « C’est évidemment une opération qui doit aider les Grecs mais qui ne doit pas non plus pénaliser la France », a-t-elle ajouté.
La ministre a rappelé que la formule de calcul choisie par les pays de l’Eurogroupe se traduirait par un taux d’intérêt proche de 5%. La France emprunte actuellement à environ 1,5% à trois ans.
Les modalités de mise en œuvre varient selon les pays, a ajouté la ministre de l’Économie, mais « au train où vont les uns et les autres (…) on va être tous dans les clous à peu près au même moment ». « Ce qu’on a en tête, c’est la tombée du mois de mai, autour du 16 mai » quand l’État grec aura un besoin de financement d’environ 8 milliards d’euros, a-t-elle précisé.
La mise en place par les pays de la zone euro du plan de soutien « devrait être de nature à ramener la confiance des opérateurs », a estimé Christine Lagarde.
Frédéric Bonnevay, économiste et expert associé auprès de l’Institut Montaigne, cette « annonce ferme constitue une excellente nouvelle, qui répond aux incertitudes du marché liées à l’apparente indécision des autorités publiques ». Celui-ci nuance toutefois les bienfaits de cette mesure : « à partir du moment où l’aide est chiffrée, sa limite est donnée. » « À périmètre constant, la Grèce aurait besoin de 45 À 50 milliards d’euros environ sur les prochaines année pour refinancer sa dette », poursuit-il.