La France redouble d’efforts pour diriger la stratégie européenne de défense aérienne

La France a convoqué une réunion des ministres de la Défense de l’UE et des représentants militaires à Paris ce lundi pour discuter de la défense aérienne du bloc, mettant l’accent sur l’importance de la souveraineté européenne.

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Macron attends Paris Air Show 2023
Le président français Emmanuel Macron a convoqué les membres du « pilier européen » de l’OTAN à une réunion à Paris lundi pour mener une réflexion collective sur les menaces aériennes. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

La France a convoqué une réunion des ministres de la Défense de l’UE et des représentants militaires à Paris ce lundi (19 juin) pour discuter de la défense aérienne du bloc, mettant l’accent sur l’importance de la souveraineté européenne.

Le président français Emmanuel Macron a convoqué les membres du « pilier européen » de l’OTAN à une réunion à Paris lundi pour mener une réflexion collective sur les menaces aériennes. Cette réunion intervient dans la foulée des appels qu’il avait lancés à Bratislava le mois dernier en faveur d’une initiative de défense européenne plus unie.

« L’Europe doit prendre le premier rôle dans la mise en œuvre de sa propre sécurité. », a déclaré Sébastien Lecornu, ministre français des Armées, à l’issue de la réunion.

«  L’objectif [de la réunion] est d’échanger à 360° sur les menaces et les dangers venant de l’air (lutte anti-drone, très haute altitude, limite entre le ciel et l’espace, etc.) », a expliqué à EURACTIV une source du ministère français des Armées, précisant que cette approche devrait se concentrer sur une structure exclusivement européenne plutôt que sur l’achat de capacités auprès de pays tiers.

La réunion — d’abord des ministres, puis des représentants militaires — s’est tenue en marge du Salon du Bourget (19-25 juin), un salon commercial consacré aux industries de l’aviation et de la défense aérienne.

« Le point de départ est évident : la guerre en Ukraine relève l’enjeu de la sécurité aérienne en Europe. », a indiqué une seconde source du ministère français des Armées.

Cette initiative fait suite aux efforts déployés par l’Allemagne pour l’acquisition conjointe de systèmes de défense aérienne. Toutefois, l’initiative du président de la République diffère de celle du chancelier allemand en ce sens qu’elle met l’accent sur l’autonomie stratégique de l’Europe en donnant la priorité aux achats effectués dans l’UE.

Acheter européen

L’initiative de bouclier aérien européen (European Sky Shield Initiative, ESSI), lancée par Berlin à l’automne dernier, réunit 17 pays en vue de l’acquisition conjointe de systèmes de défense aérienne, notamment auprès de l’Allemagne (IRIS-T), des États-Unis (Patriot) et d’Israël.

La France et l’Italie, qui fabriquent le système sol-air moyenne portée/terrestre (SAMP/T) fourni par la société MBDA, ne font pas partie du programme. Paris a assuré que la conférence de lundi devait être perçue comme un défi lancé à l’initiative de Berlin.

Les représentants du gouvernement français l’ont décrite comme un forum de discussion européen visant à trouver une stratégie européenne commune tout en renforçant la base industrielle de défense de l’Europe.

« Nous avons le devoir et les moyens d’être les premiers acteurs de la sécurité de notre continent », a déclaré Sébastien Lecornu à l’issue de la réunion.

La conférence de lundi « ne s’inscrit pas dans un contexte confrontationnel avec les États-Unis et l’OTAN », a également affirmé Paris.

Toutefois, selon une source du ministère français des Armées, le « temps de livraison [des missiles Patriot fabriqués aux États-Unis] est extrêmement long », et « la question est de savoir où l’on veut placer le curseur entre la rapidité et la souveraineté ». S’il faut autant de temps pour acheter européen, cette approche permettrait au moins de se fournir auprès des industries nationales.

Des besoins importants

Les pays baltes ont récemment réclamé un soutien accru, à savoir une « défense aérienne par rotation » sur leur territoire, et cherchent à acquérir de nouveaux systèmes dans le cadre d’une mise à niveau de leur système de défense non permanent actuel.

Selon des diplomates, les alliés de l’OTAN leur ont assuré qu’un tel soutien était en préparation lors d’une réunion de l’Alliance à Bruxelles la semaine dernière.

La réunion avait rassemblé 20 représentants de niveau ministériel. Parmi les États membres de l’UE absents figuraient la Finlande, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Slovénie, selon une liste des participants consultée par EURACTIV.

Bien qu’ils ne soient pas membres de l’UE, le Royaume-Uni et le Monténégro étaient présents. Chypre et la Suède, qui ne sont pour leur part pas membres de l’OTAN, avaient également participé aux discussions.

L’UE avait également convenu de lancer un achat conjoint de munitions et de missiles pour approvisionner l’Ukraine, la priorité étant donnée aux entreprises établies dans l’UE et à l’équipement fabriqué dans l’Union.

Capacité stratégique

Depuis le printemps dernier, une grande partie des équipements militaires envoyés à Kiev par ses partenaires occidentaux comprend des systèmes de défense aérienne, des missiles et des munitions de différentes sortes, ce qui prouve à quel point il est essentiel d’établir une « domination aérienne ».

La situation « en Ukraine illustre bien la guerre d’usure qui se joue avec l’artillerie, car personne ne possède la supériorité aérienne », a expliqué Tim Flood, directeur principal du développement commercial international de Boeing, à EURACTIV en marge de la réunion à Paris.

« Nous savons que lorsque vous maîtrisez le ciel, vous maîtrisez la situation aérienne et vous gagnez en quelque sorte la guerre », a-t-il également déclaré.

La Moldavie, voisine de l’Ukraine, a également demandé l’aide de ses partenaires à cet égard.

« Nous n’avions pas besoin de défense aérienne avant la guerre en Ukraine, alors qu’aujourd’hui, la […] menace a changé », a confié Anatolie Nosatîi, ministre de la Défense de la Moldavie, à EURACTIV.

À présent, le pays a besoin « d’investir dans davantage d’équipements et de formations ainsi que de remplacer les équipements de l’ère soviétique », a déclaré le ministre de la Défense.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]