La France reste en faveur d'un accord d'association avec l'Ukraine

La politique de voisinage exige d'éviter une vision binaire des relations internationales, selon la France qui appelle de ses voeux au succès du sommet de Vilnius, fin novembre.

EURACTIV.fr
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La politique de voisinage exige d'éviter une vision binaire des relations internationales, selon la France qui appelle de ses voeux au succès du sommet de Vilnius, fin novembre.

A quelques jours du sommet de Vilnius qui devrait marquer, les 28 et 29 novembre prochains, une nouvelle étape du Partenariat oriental lancé par l’Europe en 2009, l’IFRI et le Centre franco-autrichien pour le rapporchement en Europe ont abordé le sujet lors d'une conférence.

L’objectif de ce rendez-vous en Lituanie, le quatrième du genre, est double : il consiste d’une part à avancer sur des accords d’association (AA) et une zone de libre-échange, mais aussi de libéraliser le fonctionnement des visas de court-séjour. Les pays concernés sont l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine.

Mais le grand sujet sera sans aucun doute l’Ukraine, dont l’accord d’association avec l’Union européenne est déjà négocié à la virgule près. Il ne demande plus qu’à être signé, ce que le gouvernement du président Ianoukovitch appelle de ses vœux, même si la partie ne s’annonce pas gagnée à quelques jours du sommet.

Une des conditions posées par le bloc européen n’est pas remplie, puisque l’ancienne présidente du pays, Ioulia Timochenko, est toujours en prison. Mardi, le Parlement ukrainien a reporté de deux jours le le débat portant sur le cas de l'ancienne présidente, alors que le parti au pouvoir et l'opposition ne parviennent pas à s'accorder sur un projet de texte.

Le président en place souhaite pouvoir se féliciter d'un accord avec l'Europe, mais craint aussi le retour potentiel Ioulia Timochenko sur la scène politique pour les élections prévues en 2015.

La présence du commissaire à l'élargissement, Stefan Füle, n'a visiblement pas fait bouger les lignes.

Pression de la Russie

Sur le fond, la Russie imprime aussi une forte pression pour faire capoter l’accord. Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov a reproché mardi à l'Union européenne d'exercer une pression "éhontée sur l'Ukraine et les autres pays du Partenariat orientale.  Selon les informations d’EURACTIV.com, le pays aurait de son côté dépensé environ 300 millions d’euros pour faire campagne, en Ukraine, contre la signature de l’Accord d’association.

Des mesures de rétorsion ont aussi été adoptées contre certains pays moteurs de l’accord, comme la Lituanie qui occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, ou encore la Slovaquie et bien sûr l’Ukraine.

>>Lire aussi : La Lituanie dénonce l'embargo russe sur ses produits laitiers

« C’est vrai qu’il y a un partenaire difficile au milieu de tout cela, c’est la Russie » souligne Paul Lévy, directeur de l’Union européenne au ministère des Affaires étrangères, tout en rappelant que le rapprochement commercial en cours de négociation ne devait pas être pris pour autre chose qu'un accord commercial.

La Russie se place en effet dans une logique binaire, dans lequel les pays alentours sont soit pour soit contre elle, soit à l'intérieur ou à l'extérieur de sa propre Union douanière, soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l’Union européenne. Or, les négociations se déroulant dans le cadre du Partenariat oriental n'ont pas vocation à intégrer les pays au sein de l'Union européenne, bien au contraire.

Une logique à somme nulle, selon la France

« La Russie a actuellement une logique à somme nulle, qui consiste à dire « je les garde, vous tentez de les prendre », et ca ne va pas, ce n’est pas de cela qu’il s’agit » estime le fonctionnaire français, revenant sur les motivations de la politique de voisinage de l'Europe.

Selon lui, la question de l’« alentour » s’est posée relativement tard, en 1989 après la chute du mur. Il a alors été question de « se retrouver » :  la période 1948-1989 a été mise entre parenthèses pour intégrer les pays avec lesquels des liens forts existaient de longue date.

La politique de voisinage, initiée en 2005, correspond à une autre réalité : il s’agit de contractualiser avec de nouveaux pays, et d’encourager des initiatives pour faire converger les modes de fonctionnement vers plus de démocratie

La France estime qu'il faut faire la différence entre les pays des Balkans qui ont potentiellement vocation à adhérer à l’Union européenne un jour, et les autres, qu’ils soient géographiquement à l’Est ou au Sud et qu'elle qualifie de « nouveaux voisins ».

Dans le cadre de l’Union européenne, les pays scandinaves se retrouvent de facto avec des voisins au-delà du Portugal, et la France a désormais pour voisin la Biélorussie.

Cette politique de voisinage, qui progresse, n'a rien à voir avec la politique d'élargissement, aujourd'hui objectivement à l'arrêt après une série d'intégration rapide.

Des positions divergentes sur l'environnement

Par rapport au reste du groupe de pays concernés par le Partenariat oriental, l'Ukraine est le pays le plus proche du reste de l'Europe. C'est ce que montrent les positions adoptées à l'ONU par exemple, qui affichent de fortes similarités si l'on en croit Paul Luif, maître de conférences au département des Sciences politiques de Vienne. 

Mais si l'Ukraine semble plus proche que les autres pays, elle reste néanmoins très éloignée sur de nombreuses questions, comme celles de l'environnement.

Le pays s'est récemment lancé dans l'exploitation de gaz de schiste sans qu'un débat n'émerge, comme cela a pu se passer en Europe. Sur la question du climat, l'Ukraine fait jeu égal avec la Russie pour tenter de faire capoter la moindre initiative internationale contraignante.

Elle s'est ainsi plainte, comme la Russie, des modalités juridiques de l'accord de Doha, arguant qu'il était temps de modifier les règles du jeu.

Une position que la Russie vient de rappeler cette semaine, alors que la prochaine conférence sur le climat commence à Varsovie la semaine prochaine.

La question du jour d'après

En revanche, après les paroles du président Hollande à Bratislava fin octobre, qui faisaient écho à celles du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à Vilnius quelques jours plus tôt, il est désormais clair que « la France veut faire de ce sommet un succès », comme l'a répété Paul Lévy, qui reconnaît néanmoins que la question des conditionnalités doit être prise en compte, sur les droits de l’homme et sur le cas Timochenko.

Les discussions interminables au Parlement ukrainien entre parti majoritaire et opposition restent peu lisibles du côté français. "Si le président ukrainien souhaitait vraiment que cet accord soit signé, il pourrait faire pression sur sa majorité. Mais il faut bien comprendre que pour l'Ukraine, il s'agit d'un épisode compliqué" avance-t-on au ministère des Affaires étrangères à Paris. Le retour éventuel de Ioulia Timochenko est visiblement craint par l'actuel président, même s'il s'avère aujourd'hui hypothétique. Et la distance prise avec Moscou en cas de signature de l'accord est à la fois désirée et crainte dans le pays.

>>Lire aussi : Timochenko libérée en novembre ?

Car la question du jour d'après se pose. La France craint les tensions qui pourraient émerger dans la région si l'accord est effectivement signé, notamment sur la question du gaz russe ou d'autres denrées dont l'Europe peut difficilement se passer.

Car il y a et il y aura des tensions.

Des mesures commerciales très fortes ont déjà été prises à l’égard de la Slovaquie et de la Lituanie et bien sûr de l'Ukraine ou d'autres pays, un temps tentés par le rapprochement.

« Nous voulons changer les mentalités, nous ne voulons pas nous inscrire dans un jeu à somme nulle» assure le représentant du ministère des Affaires étrangères.

Une position partagée par Magda Vasaryova, membre du Conseil de la République slovaque qui, en tant que Slovaque, qualifie le sommet de Vilnius comme un « grand pas pour l’Union européenne et une décision stratégique pour l’Europe centrale ».

Dépasser la vision de la Seconde Guerre mondiale

Le sommet de Vilnius donnerait, selon elle, l'occasion de cesser d'être prisonnier de la vision de la Seconde Guerre mondiale, qui pénalise l’Europe sur le plan international.

« Stratégiquement, nous sommes encore en 1945, il serait grand temps d’évoluer ! " plaide la diplomate slovaque.

Réponse dans une vingtaine de jours, à Vilnius.