La géothermie au centre des discussions des ministres de l’Énergie à Budapest
La géothermie sera le premier point à l’ordre du jour de la réunion informelle des ministres de l’Énergie de l’Union européenne, qui a lieu lundi et mardi (15 et 16 juillet) à Budapest. Cette source d’énergie est encore trop peu exploitée mais présente certains risques et limites à son déploiement.
La géothermie sera le premier point à l’ordre du jour de la réunion informelle des ministres de l’Énergie de l’Union européenne, qui a lieu lundi et mardi (15 et 16 juillet) à Budapest. Cette source d’énergie est encore trop peu exploitée mais présente certains risques et limites à son déploiement.
Dans ses conclusions des 17 et 18 avril dernier, le Conseil européen a appelé à « garantir l’approvisionnement en énergie abondante, abordable et propre, qui sert le double objectif de la souveraineté énergétique de l’Europe et de la neutralité climatique ». Une des solutions envisagées pour répondre à cet objectif est le développement de l’énergie géothermique.
En janvier 2024, le Parlement européen avait adopté une résolution allant dans ce sens.
Interrogé par Euractiv, Sanjeev Kumar, directeur des politiques chez European Geothermal Energy Council (EGEC), se réjouit et rappelle que « pour la première fois, le Conseil européen se penche sur l’énergie géothermique. C’est du jamais vu ».
Le terme « géothermie » recouvre plusieurs types d’installations.
La géothermie « superficielle » exploite les basses températures près de la surface et les associe à une pompe à chaleur pour chauffer des bâtiments individuels.
À l’inverse, la géothermie « profonde » nécessite des forages de plusieurs kilomètres dans le sol, mais exploite des températures suffisamment élevées pour chauffer des quartiers entiers ou produire de l’électricité.
L’attention des dirigeants européens pourrait être justifiée : malgré ses promesses, l’énergie géothermique ne bénéficie pas de la même visibilité et du même intérêt que d’autres sources renouvelables d’énergie.
En effet, la géothermie ne représentait que 0,5 % du marché global de l’électricité renouvelable en 2022 et produisait 0,2 % de l’électricité dans l’UE, selon un document du European Parliamentary Research Service, datant d’octobre 2023.
Une technologie aux nombreux avantages
Dans le document d’information pour la réunion informelle des ministres de l’Énergie, la géothermie est qualifiée comme « une source d’énergie renouvelable disponible localement qui peut fournir, de manière rentable, de l’électricité distribuable, de la chaleur ou une combinaison des deux ».
Pour cette raison et dans un contexte où l’Europe cherche à multiplier ses sources d’approvisionnement et à être moins dépendante des énergies fossiles, cette technologie offre une stabilité au niveau du prix, ainsi qu’une plus grande autonomie et sécurité.
« L’avantage, c’est que si les prix de l’énergie augmentent, les prix de la géothermie restent stables, car [celle-ci] n’a pas de source combustible », explique Sanjeev Kumar.
Les collectivités locales se tournent de plus en plus vers la géothermie car il devient de plus en plus coûteux de se chauffer avec des combustibles soumis à des taxes pour leurs émissions de gaz à effet de serre ou interdits pour leurs impacts sur la qualité de l’air.
L’autre point fort de cette source d’énergie est sa capacité à être déployée n’importe où, rendant l’approvisionnement autonome du réseau électrique, qui peut être la cible d’attaques extérieures. Par exemple, le nouveau siège de l’OTAN à Bruxelles et le palais de l’Élysée à Paris sont alimentés par de la géothermie.
Les limites à son déploiement
« La géothermie n’a jamais été vraiment attrayante parce que personne ne la comprend vraiment », ironise Sanjeev Kumar.
Il existe principalement deux raisons qui freinent l’utilisation généralisée de cette technologie en Europe.
Le premier est un risque financier : les investisseurs ne peuvent pas être sûrs des ressources géothermiques qu’ils trouveront avant de commencer à forer sur un site donné, en raison de la visibilité limitée du potentiel du sous-sol et du manque de données géologiques locales.
Les forages sont coûteux, et s’il y a trop peu de chaleur, ou si elle est difficile à extraire, les investisseurs risquent de perdre de l’argent.
Deuxièmement, la géothermie peut comporter des risques pour l’environnement tels que l’impact des activités d’exploration avec le déclenchement d’activités sismiques, des interférences possibles avec les eaux souterraines et sa contamination, le relâchement d’émissions de gaz non condensables et la surexploitation des ressources en eau thermale, selon des études environnementales.
Les stratégies pour son développement
Les 27 ministres de l’Énergie discuteront de comment encourager les investissements géothermiques, sensibiliser le public à cette énergie et comment développer la coopération entres les États membres.
Le document partagé en amont de cette rencontre établit des pistes de travail et de possibles solutions pour encourager son déploiement, telles que « des subventions, des prêts convertibles en subventions, des garanties soutenues par l’État, une assurance prospection et des mécanismes de couverture ».
De plus, la mise à disposition en ligne de données, d’informations et de cartes géoscientifiques est encouragée pour estimer le potentiel géothermique, évaluer les risques géologiques souterrains et ainsi quantifier les dépenses initiales.
Enfin, des orientations sur la normalisation des définitions et des critères d’évaluation de l’impact sur l’environnement seront à définir pour apporter de la clarté aux développeurs de projets et aux agences chargées de délivrer les permis, ainsi que pour respecter les normes environnementales les plus strictes.
Les prochaines étapes
Des feuilles de route nationales concernent le déploiement de l’énergie géothermique ont été mise en place en Allemagne, en Pologne, en Autriche, en Irlande, en Croatie, en France (qui souhaite être le leader en la matière) et en Hongrie.
La Hongrie, qui assure la présidence du Conseil de l’UE pendant six mois, a déjà massivement investi dans cette source d’énergie, comme en témoigne l’inauguration, le 23 mai 2023, du plus grand système de chauffage géothermique de l’UE à Szeged, un projet qui fournit de l’énergie à 28 000 ménages et à plus de 400 bâtiments publics.
De ce fait, Budapest souhaite adopter cette stratégie pour l’énergie géothermique sous sa présidence. En septembre le groupe de travail du Conseil « Énergie » commencera à rédiger le texte.
[Édité par Anna Martino]