La Grèce a un nouveau gouvernement, mais n’est pas sortie d’affaires
Le chef du parti conservateur Nouvelle Démocratie Antonis Samaras prend la tête d’un gouvernement de coalition. La renégociation d’une partie des conditions de l’aide européenne est la prochaine échéance-clé.
Le chef du parti conservateur Nouvelle Démocratie Antonis Samaras prend la tête d’un gouvernement de coalition. La renégociation d’une partie des conditions de l’aide européenne est la prochaine échéance-clé.
Une longue période d’incertitude s’achève. Après avoir remporté de justesse les élections législatives, dimanche 17 juin, le chef du parti conservateur « Nouvelle Démocratie » Antonis Samaras a été nommé premier ministre mercredi 20 juin. Le parti socialiste (Pasok) et la gauche démocratique ont accepté de faire partie d’une coalition et disposeront d’une majorité de 179 députés sur les 300 que compte le Parlement grec.
Cette situation est inédite pour ce pays habitué à être dirigé alternativement par les deux grands partis de droite et de gauche. En 40 ans, la Grèce aura seulement connu trois gouvernements de coalition.
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L’équipe gouvernementale devrait être connue dans les heures à venir. Mais le nom du ministre des Finances a déjà été dévoilé.
Vassilis Rapanos de la banque privée « Banque nationale de Grèce » occupera ce poste et sera donc en charge des négocier avec ses homologues européens le programme de réformes demandé par l’UE en échange de son aide financière.
M. Rapanos sera présent à Bruxelles dès la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro, jeudi 21 juin, indique EURACTIV Grèce.
Bonne nouvelle pour les dirigeants européens, la formation du nouveau gouvernement n’est pourtant pas l’étape la plus importante.
« Rien n’est joué », estime Emile Gagna, économiste chez Dexia. Les négociations avec la troïka, les bailleurs de fond de la Grèce (UE, FMI, et BCE), seront le moment crucial observé par les investisseurs. « Tout ce qui sera plus favorable à la Grèce sera bienvenu. La stratégie d’austérité appliquée depuis le début n’est pas la bonne. »
La formation du nouveau gouvernement risque d’avoir peu d’effets dans la population, estime le directeur en chef adjoint du quotidien grec Ekathimerini Nick Malkoutzis. « Il y a encore trop d’insécurités et trop de questions à aborder pour se sentir soulagé », explique-t-il.
Conditions pour un gouvernement stable
Selon M. Malkoutzis, la stabilité du gouvernement dépendra de trois facteurs.
Tout d’abord, la nouvelle équipe devra réussir à négocier certaines concessions sur le programme d’ajustement exigé par l’Europe.
« Pour s’assurer du soutien du peuple grec, au moins dans les mois à venir, le gouvernement doit revenir de Bruxelles avec une proposition permettant d’atténuer la politique d’austérité », et cela devra « avoir un impact sur la vie quotidienne » des gens, estime le journaliste.
Le gouvernement peut s’attendre à ce que l’Europe donne deux ans de plus au pays pour rééquilibrer ses comptes publics, explique Vassilis Monastiriotis, chercheur au « Hellenic Observatory » de la London School of Economics.
C’est la réduction de la pauvreté en Grèce qui décidera du sort du gouvernement, ajoute-t-il. « Cela donnerait de la légitimité à l’exécutif, mais je ne vois pas cela arriver, ni du côté de l’Europe, ni du côté du gouvernement. »
Le gouvernement de M. Samaras devra également avancer sur les réformes structurelles. « L’Europe suivra de près, et à juste titre, les actions du gouvernement en la matière », affirme M. Malkoutzis.
Dernière condition, et non des moindre, il faudra être en mesure de gérer l’opposition du parti d’extrême-gauche Syriza. Soit cette formation, arrivée en deuxième position aux élections législatives de dimanche dernier, mesure ses propos anti-austérité, soit elle s’opposera, dès le début et frontalement, au nouveau gouvernement.
Toutefois, un gouvernement stable seul ne suffira pas. La volonté politique de réformer le pays en profondeur est indispensable, juge M. Monastiriotis. « Les deux principaux partis du gouvernement sont ceux qui ont décidé de l’effondrement de l’économie grecque dans les années précédentes. »