La majorité déchirée avant le second tour des législatives
Après la défaite de la majorité présidentielle au premier tour des législatives, les responsables macronistes se divisent sur la façon de combattre le Rassemblement national (RN), certains cadres du parti critiquant la stratégie visant à mettre dos à dos l'extrême droite et la France insoumise (LFI).
Après la défaite de la majorité présidentielle au premier tour des législatives du 30 juin, les responsables macronistes se divisent sur la façon de combattre le Rassemblement national (RN), certains cadres du parti critiquant la stratégie visant à mettre dos à dos l’extrême droite et la France insoumise (LFI).
Les sondages prédisaient une victoire sans partage de l’extrême droite. Elle a été confirmée par les urnes.
Le Rassemblement national (RN) a réalisé un score historique au premier tour des élections législatives anticipées du dimanche 30 juin, avec 33,15 % des suffrages exprimés, selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur.
Contrairement aux premières estimations, qui plaçaient le Nouveau Front populaire (NFP) à bonne distance, les partis de gauche sont en embuscade avec 27,99 % des suffrages. Quant à la coalition Ensemble, vitrine de l’ancienne majorité présidentielle, elle est à l’évidence la grande perdante du scrutin, avec tout juste 20 % des voix.
La situation est donc très sérieuse pour les troupes macronistes, qui veulent théoriquement faire passer un message clair : « Pas une seule voix ne doit aller au Rassemblement national », a hier soir expliqué le Premier ministre Gabriel Attal.
L’épouvantail de la France insoumise
Reste que les stratégies politique et électorale de l’ancienne majorité ne semblent pas tout à fait évidentes, alors que les proches d’Emmanuel Macron sont divisés, à Paris comme à Bruxelles.
Le président lui-même, tout comme d’ailleurs son Premier ministre, entretient le flou quant aux désistements qui pourraient intervenir avant le second tour : les candidats d’Ensemble se retireront-ils de la course, s’ils sont devancés par des représentants de LFI, lors de triangulaires avec le RN ?
Emmanuel Macron avait appelé dimanche (30 juin) à un « large rassemblement clairement démocrate et républicain », sans préciser si ce dernier incluait les troupes de Jean-Luc Mélenchon. Le président n’a eu de cesse ces dernières semaines de renvoyer dos à dos le RN et LFI, deux partis selon lui coupables « d’indignité » et « d’antiparlementarisme ».
Gabriel Attal a également annoncé le désistement des candidats de la coalition Ensemble « dont le maintien en troisième position aurait fait élire un député Rassemblement national face à un autre candidat qui défend comme nous les valeurs de la République ». Mais sans préciser si LFI était concernée.
Dans les faits, les décisions de désistement devraient intervenir circonscription par circonscription, en fonction des candidats LFI et de leur capacité à défendre « les valeurs de la République ».
Un « front républicain » bien fragile
Une ambiguïté qui ne semble pas complètement satisfaire certains caciques de la majorité, qui auraient souhaité des prises de positions plus claires pour faire barrage au RN, et qui n’hésitent plus à le dire publiquement.
Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Energie a appelé « tous [s]es collègues de la majorité à se désister en cas de 3e position » afin de « faire barrage à l’extrême droite sans état d’âme » – sans pour autant mâcher ses mots à l’égard de « personnalités infréquentables qui hantent la France insoumise ».
Un message repris et amplifié par Clément Beaune, ancien ministre délégué chargé de l’Europe, figure de l’aile gauche du camp présidentiel : « Il faut voter pour le candidat qui affronte un candidat du RN au 2e tour, quel qu’il soit », a-t-il affirmé sur X.
« Derrière [Jordan] Bardella hier le drapeau européen avait disparu. Face à la menace imminente d’un gouvernement RN aux conséquences dramatiques pour la France et pour l’Europe, il n’y a pas à hésiter. Soutenons les candidats les mieux placés après le 1er pour battre le RN. La situation l’exige », a ajouté Pascal Canfin, ancien président de la commission de l’Environnement au Parlement européen, mais aussi ancien écologiste rallié à Emmanuel Macron en 2019.
Le flou qui persiste au sein des États-majors d’Ensemble ne semble pas non plus totalement convenir à Valérie Hayer, la tête de liste de la majorité présidentielle aux Européennes, devenue une figure importante du Parlement européen, après sa réélection la semaine dernière au poste de présidente du groupe Renew Europe.
« L’engagement de notre majorité présidentielle a toujours été le combat résolu contre l’extrême droite », a-t-elle lancé sur X : « Notre priorité doit être le barrage contre le Rassemblement national et ses alliés. Tout doit être fait pour éviter ce scénario du pire ».
Tous ne partagent pas cette analyse. Aurore Bergé, la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale jusqu’à sa dissolution, ou encore le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ont tous confirmé qu’ils ne déposeraient jamais un bulletin LFI dans l’urne.
« J’ai toujours combattu le RN […]. LFI a aussi investi des candidats aux propos antisémites. Ce sera ni le RN, ni LFI. Nous avons besoin de clarté », a lancé Aurore Bergé.