La ministre allemande des Affaires étrangères « préoccupée » par le projet d’opération militaire israélienne à Rafah

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré qu’elle était préoccupée par l’offensive militaire prévue par Israël dans la ville palestinienne de Rafah, ce qui marque un changement de ton à l’égard du pays.

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Germany’s Foreign Minister meets her Palestinian counterpart Riyad al-Maliki in Berlin
La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock (à droite) et et le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki (à gauche). [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré mardi (13 février), avant une visite à Tel-Aviv, qu’elle était préoccupée par l’offensive militaire imminente d’Israël dans la ville palestinienne de Rafah, ce qui marque un changement de ton à l’égard du pays.

« Je suis particulièrement préoccupée par l’annonce d’une offensive terrestre de grande envergure à Rafah par le gouvernement israélien », a déclaré Mme Baerbock à la presse à l’issue d’une réunion avec le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, qui s’est tenue à Berlin.

« Bien entendu, il est tout à fait clair qu’il existe également un réseau extrêmement important de l’organisation terroriste [du] Hamas à Rafah », a-t-elle ajouté.

Elle a toutefois fait remarquer que bien que « chaque pays, comme Israël, ait le droit de se défendre contre le terrorisme, […] cela n’inclut pas des déplacements forcés ».

Les civils palestiniens avaient cherché refuge à Rafah à la demande des Israéliens, et ils doivent « continuer à les recevoir », a-t-elle ajouté.

Plus tôt dans la journée de lundi (12 février), Mme Baerbock avait qualifié une offensive israélienne potentielle sur Rafah de « catastrophe humanitaire préméditée ».

Ses commentaires font suite à des préoccupations similaires exprimées par le Royaume-Uni, l’un des plus proches alliés d’Israël. Lundi, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Cameron, avait demandé à Israël « de s’arrêter et de réfléchir très sérieusement avant de prendre de nouvelles mesures » contre Rafah, notant que les habitants de la ville n’avaient « nulle part où aller ».

Un soutien sans équivoque ?

L’Allemagne a été l’un des plus fervents défenseurs de la campagne militaire menée par Israël contre le Hamas palestinien à Gaza suite aux attaques du 7 octobre.

Toutefois, les propos tenus récemment par Mme Baerbock semblent indiquer que le gouvernement allemand est de plus en plus préoccupé par le fait que le soutien de Berlin ne peut pas être synonyme de carte blanche.

La frustration croissante de l’Allemagne face à l’attitude du gouvernement israélien concernant des questions clés du conflit s’est manifestée la semaine dernière lorsque le chancelier allemand Olaf Scholz a émis des critiques inhabituellement acerbes suite à un appel téléphonique avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

« [M. Scholz a souligné] que la situation actuelle en matière d’approvisionnement et de sécurité des civils palestiniens est très préoccupante », a indiqué un porte-parole du gouvernement allemand dans un communiqué.

Le chancelier a également précisé que « seule une solution négociée » à deux États pourrait offrir une base durable pour la paix, solution que M. Netanyahou a jusqu’à présent rejetée.

Cette déclaration doit être interprétée comme « des paroles très claires », a déclaré par la suite un haut représentant du gouvernement allemand à la presse.

Concernant l’impact que l’Allemagne pourrait avoir sur la position israélienne, un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré qu’il était « toujours bon de garder des canaux de conversation ouverts ». « Je pense que c’est ainsi qu’il faut interpréter le voyage de la ministre », a-t-il expliqué à la presse.

À Berlin, Mme Baerbock et M. Al-Maliki ont tous deux demandé à Israël d’au moins fournir aux civils des « couloirs de sécurité » pour leur évacuation

« Il semble qu’Israël insiste pour mener une offensive terrestre à Rafah, alors […] nous devons garantir que les couloirs restent sûrs, que les civils ne soient pas attaqués lorsqu’ils tentent d’évacuer par ces couloirs », a déclaré M. Al-Maliki.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]