La Moldavie se prépare à un scrutin décisif sur fond de désinformation russe
Dimanche 28 septembre, les Moldaves se rendent aux urnes pour une élection qui pourrait déterminer si le pays poursuit son rapprochement avec l’UE ou choisit une orientation pro-russe, alors que de vastes campagnes de désinformation, probablement appuyées par le Kremlin, influencent la campagne.
Le scrutin est présenté par la présidente Maia Sandu comme décisif pour l’avenir européen de la Moldavie. « Vous êtes le rempart qui protège la paix et l’avenir de nos enfants », a-t-elle déclaré aux citoyens lundi, les exhortant à ne pas se laisser manipuler.
Au début du mois, à Strasbourg, Maia Sandu a affirmé au Parlement européen que le maintien de la Moldavie sur la voie de l’adhésion à l’UE « était une question de survie ».
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a repris cet avertissement à l’Assemblée générale des Nations unies, affirmant qu’après la Biélorussie et la Géorgie, « l’Europe ne pouvait pas se permettre de perdre également la Moldavie ».
Si le Parti action et solidarité (PAS) pro-européen de Maia Sandu perd sa majorité, un nouveau parlement pourrait inverser la trajectoire du pays. Selon le Conseil de l’UE, la Russie a investi des ressources dans des opérations d’influence pour soutenir le Bloc électoral patriotique eurosceptique dirigé par l’ancien président Igor Dodon.
Campagnes du Kremlin en Moldavie
L’ingérence russe en Moldavie n’est pas nouvelle, mais les observateurs affirment que son ampleur et sa sophistication sont désormais sans précédent.
La campagne de Moscou combine faux comptes sur les réseaux et contenu généré par l’IA diffusé sur TikTok, Instagram et Telegram.
« Le Kremlin investit des centaines de millions d’euros pour acheter des centaines de milliers de votes sur les deux rives du Nistru et à l’étranger », a averti Maia Sandu lundi.
En juillet, l’UE a sanctionné sept personnes et trois entités pour avoir cherché à « déstabiliser » la Moldavie avant le scrutin — certains étant liés à l’oligarque fugitif Ilan Shor, accusé d’avoir orchestré des réseaux d’achat de votes dans tout le pays.
Selon une étude publiée jeudi par Alliance4Europe, les autorités ont retracé 39 millions de dollars vers un réseau affilié à Ilan Shor visant à influencer les élections. L’oligarque, qui s’est enfui après la présidentielle de l’année dernière, financerait également la désinformation par le biais de bots sur les réseaux sociaux.
Maia Sandu et l’UE comme cibles
Outre l’ingérence financière, les efforts de propagande ont directement ciblé la présidente moldave. Selon l’Observatoire bulgaro-roumain des médias numériques, les réseaux liés au Kremlin ont présenté son gouvernement comme « autoritaire, répressif et illégitime », tout en affirmant que la police moldave harcèle les citoyens.
Les discours anti-UE sont également très répandus. Des comptes de bots diffusent de fausses informations selon lesquelles des troupes de l’UE auraient été secrètement déployées en Moldavie ou que des soldats moldaves seraient envoyés combattre en Ukraine.
« L’ampleur de la campagne signifie que la Moldavie est confrontée à une opération d’ingérence étrangère sans précédent », a conclu l’observatoire bulgaro-roumain dans un récent rapport.
Les plateformes en état d’alerte
Les réseaux sociaux sont en état d’alerte. TikTok a mis en place un « centre de contrôle » pour surveiller les contenus en coordination avec les autorités moldaves. Meta (Facebook, Instagram) a déclaré avoir démantelé « un certain nombre de réseaux inauthentiques » ciblant les Moldaves sur Facebook et Instagram.
À l’approche des élections, Meta a également investi massivement dans la surveillance de la désinformation sur Instagram et Facebook.
« Nous avons identifié et démantelé un certain nombre de réseaux inauthentiques ciblant les Moldaves. Nous continuons à surveiller la situation et nous sommes prêts à enquêter sur toute autre activité susceptible de violer nos politiques », a indiqué un porte-parole de Meta dans une déclaration écrite transmise à Euractiv.
Pourtant, les experts doutent que les plateformes puissent endiguer le flot de désinformation.
Selon Attila Biro, de Context Romania, une organisation de la société civile qui surveille la désinformation, la désinformation soutenue par le Kremlin est clairement un effort coordonné sur plusieurs plateformes qui nécessite une réponse coordonnée de la part des entreprises de médias sociaux.
Attila Biro et d’autres observateurs experts affirment que la propagande est florissante sur TikTok, Meta, Telegram et X, mais Telegram et X ne se sont pas associés aux efforts coordonnés de la société civile et des groupes de surveillance pour lutter contre la désinformation et vérifier les faits. M. Biro a déclaré que TikTok et Meta avaient mis en place certaines mesures de protection, telles que des alertes sur les élections et la désinformation en Moldavie.
« Il n’y a pas que TikTok », a déclaré Attila Biro. Meta, propriétaire de Facebook et d’Instagram, « est tout aussi responsable », tandis que « Telegram et X sont les pires », car il n’y a essentiellement « rien pour empêcher la manipulation de l’information ».
Bruxelles peut-elle agir ?
La Commission européenne a pris des mesures pour renforcer les défenses de la Moldavie. En juin, la Commission s’est jointe à un test avec Meta, Google, TikTok et Microsoft — aux côtés de la société civile et des autorités moldaves — afin d’évaluer si les mesures de protection contre les bots du Kremlin étaient adéquates.
En août, les plateformes qui ont signé le Code de bonnes pratiques de l’UE sur la désinformation ont commencé à coordonner leurs efforts avec les vérificateurs de faits et les ONG en Moldavie.
Jeudi, un porte-parole de la Commission a déclaré que des fonctionnaires de l’UE étaient sur le terrain pour aider à garantir que les élections soient à la fois « décisives pour la Moldavie et son avenir européen » et « exemptes de toute ingérence étrangère ».