La montée de l’extrême droite pourrait mettre en péril les entreprises est-allemandes

Alors que le parti d’extrême droite AfD est en tête des sondages dans l’est de l’Allemagne, les représentants des entreprises et du gouvernement avertissent qu’une montée de la xénophobie pourrait freiner le recrutement de talents.

EURACTIV Allemagne
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Si l’Est peut attirer les talents avec de beaux paysages, des logements abordables, la gratuité de l’éducation et de la garde d’enfants, il faut aussi tenir compte de l’attitude de la région à l’égard de l’immigration, a indiqué Olaf Scholz. [<a href="https://ostdeutscheswirtschaftsforum.de/bildmaterial/#" target="_blank" rel="noopener">/Deutschland – Land der Ideen/Bernd Brundert</a>]

Alors que le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est en tête des sondages dans l’est du pays, les représentants des entreprises et du gouvernement avertissent qu’une montée de la xénophobie pourrait freiner le recrutement de talents, entre autres.

Alors que l’économie allemande dans son ensemble est en difficulté et subit une « récession technique » au premier trimestre 2023, la partie orientale du pays a connu un essor ces dernières années, a souligné le chancelier Olaf Scholz lors d’une conférence dimanche (11 juin).

Cela s’explique en partie par le fait que la population a une plus grande expérience des transitions économiques, l’ancienne région de l’Est étant passée du communisme à l’économie de marché dans les années 1990, a expliqué M. Scholz.

Toutefois, les entreprises de la région seraient confrontées à de graves pénuries de main-d’œuvre, raison pour laquelle elles doivent se montrer plus accueillantes à l’égard des migrants qualifiés, a-t-il ajouté.

« Aujourd’hui, les employés et les travailleurs qualifiés, en particulier dans les secteurs d’avenir, peuvent choisir leur destination. Et ce sont souvent les facteurs prétendument secondaires qui font la différence », a-t-il déclaré.

Si l’Est peut attirer les talents avec de beaux paysages, des logements abordables, la gratuité de l’éducation et de la garde d’enfants, il faut aussi tenir compte de l’attitude des citoyens à l’égard de l’immigration, a indiqué M. Scholz.

Ainsi, « un changement d’attitude est également nécessaire dans l’ensemble du pays », a-t-il affirmé, « à savoir la prise de conscience que les travailleurs qualifiés étrangers ne sont pas seulement nécessaires, mais qu’ils sont également les bienvenus ».

Siegfried Russwurm, directeur de l’association industrielle allemande BDI, a lancé des appels similaires.

« Permettez-moi d’être clair : la xénophobie et les préjugés sont la dernière chose dont notre pays a besoin », a déclaré M. Russwurm lors de la conférence.

« [La migration] n’est pas seulement une bonne chose, c’est aussi la chose juste et importante pour nous et notre place dans le monde, pour un pays qui est plus dépendant des réseaux internationaux que presque n’importe quel autre pays », a ajouté M. Russwurm.

L’extrême droite particulièrement forte dans l’est de l’Allemagne

Ces dernières semaines et ces derniers mois, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Identité et Démocratie) a vu son soutien augmenter, dépassant les sociaux-démocrates d’Olaf Scholz (SPD) dans un sondage national publié vendredi dernier (9 juin).

Le soutien à l’AfD est particulièrement fort dans l’Est, les régions de l’ancienne République démocratique allemande, où le parti est en tête des sondages devant le parti d’opposition conservateur l’Union chrétienne-démocrate (CDU, Parti populaire européen).

Lors des élections locales de dimanche dernier, le candidat de l’AfD à l’administration du district de Sonneberg, dans le sud de la Thuringe, Robert Sesselmann, a manqué de peu la majorité absolue, atteignant 46,7 % des voix au premier tour.

En Thuringe, l’AfD dirigée par le président régional Björn Höcke est considéré comme « extrémiste » par l’agence régionale de renseignement intérieur (Verfassungsschutz).

Un second tour avec le candidat de la CDU, Jürgen Köpper, qui a obtenu 35,7 % des voix, est prévu pour le 25 juin.

« Sonneberg est un district avec des entreprises fortes qui ont leurs marchés dans la zone euro », a tweeté Bodo Ramelow (La Gauche, GUE/NGL), Premier ministre du Land de Thuringe. « Le taux de chômage y est faible et la région a donc également besoin de recruter des travailleurs. »

« Le monde des affaires devrait maintenant s’exprimer si un candidat à l’administration du district veut sortir de l’euro », a-t-il ajouté.

La Gauche (Die Linke) de M. Ramelow, le SPD de M. Scholz et le Parti libéral-démocrate (FDP) ont appelé leurs électeurs à voter pour le candidat de la CDU lors du second tour. M. Ramelow a également attribué ce résultat à la faible participation des électeurs, puisque seulement 49,1 % des personnes en droit de voter se sont rendues aux urnes.

À l’automne prochain, l’Allemagne de l’Est tiendra trois élections régionales dans les Länder de Brandebourg, de Saxe et de Thuringe, où l’AfD pourrait devenir le parti le plus puissant, mais où tous les autres partis excluent une coalition avec l’extrême droite.

Le ministre de l’Économie met en garde contre les coupes budgétaires

Alors que le gouvernement allemand souhaite réduire les dépenses publiques pour revenir au « frein à l’endettement » constitutionnel, le ministre de I’Économie Robert Habeck (Verts) a mis en garde contre une réduction des investissements dans le développement des entreprises régionales en Allemagne de l’Est.

S’il reconnaît que le pays se trouve dans « une phase qui ne peut être utilisée pour justifier une nouvelle suspension du frein à l’endettement l’année prochaine », il serait toutefois inapproprié de réduire le financement du développement régional « dans cette phase où les forces populistes abusent des régions structurellement faibles à leurs propres fins », a-t-il déclaré lors de la conférence de lundi.

Plus de 30 ans après la réunification de l’Allemagne, le PIB par habitant et les salaires moyens sont toujours nettement inférieurs dans l’est de l’Allemagne par rapport à l’ouest.

« Avec le boom économique à l’Est que j’ai décrit, cela doit changer d’une manière ou d’une autre », a indiqué M. Scholz.

« Et beaucoup d’entre vous le savent », a-t-il ajouté, précisant que « 72 % des entreprises est-allemandes citent l’augmentation des salaires comme remède à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ».

Néanmoins, « nous ne serons pas en mesure de combler le fossé qui se creuse, en particulier à l’Est, avec les seuls travailleurs domestiques », a-t-il souligné.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]