La note de l’Espagne est abaissée, la pression monte pour l’UE

La dégradation de la note souveraine de l’Espagne de deux crans, annoncée hier (18 octobre), a augmenté la pression qui pèse sur les dirigeants européens. Ils doivent à présent progresser rapidement pour résoudre la crise de la dette en Europe et éviter de se retrouver face à des coûts d’emprunt exorbitants.

EURACTIV.fr / Reuters
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La dégradation de la note souveraine de l’Espagne de deux crans, annoncée hier (18 octobre), a augmenté la pression qui pèse sur les dirigeants européens. Ils doivent à présent progresser rapidement pour résoudre la crise de la dette en Europe et éviter de se retrouver face à des coûts d’emprunt exorbitants.

La nouvelle annoncée par l'agence Moody's Investors Service est tombée un jour à peine après l'avertissement à la France sur le risque de perdre sa notation AAA. Cette nouvelle a également éclipsé une information selon laquelle l'Allemagne et la France seraient sur le point de conclure un accord pour renforcer le fonds de sauvetage de la zone euro grâce à un effet de levier.

Moody's a abaissé la note souveraine de l'Espagne de Aa2 à A1. Cette agence de notation est la troisième à prendre ce genre d'initiatives ces dernières semaines, en abaissant la note espagnole un cran au-dessous de la note attribuée par les agences Standard & Poor's et Fitch.

Le raisonnement de Moody's risque d'alarmer ceux qui espèrent une résolution rapide des problèmes de la péninsule ibérique.

L'Espagne est la quatrième économie de la zone euro.

« Depuis que la note a été placée sous surveillance, fin juillet 2011, aucune solution crédible à la crise de la dette souveraine n'a été avancée et restaurer pleinement la confiance quant à la cohésion politique de la zone et aux perspectives de croissance prendra de toute façon du temps », a déclaré l'agence de notation.

Dans le même temps, les besoins d'emprunt souverain de l'Espagne, le niveau d'endettement élevé de son système bancaire et ses perspectives de croissance difficiles laissent le pays dans un état de vulnérabilité face à une autre dégradation, comme bon nombre d'Etats membres de l'UE.  

« Si la zone euro ne parvient pas à gérer la situation, les rendements obligataires de l'Espagne continueront à augmenter et ils rencontreront des difficultés de financement », a affirmé Jessica Hoversen, analyste des devises et des obligations à taux fixe chez MF Global à New York.

Les investisseurs comptent les jours jusqu'au sommet des dirigeants européens, qui se tiendra ce weekend. Cet événement devait initialement marquer un tournant pour l'UE.

L'Allemagne et la France auraient convenu de renforcer le fonds de sauvetage de la zone euro par un effet de levier à plus de 2000 milliards d'euros dans le cadre d'un « plan global », mais une source haut placée de la zone euro est  restée prudente quant à cette information, affirmant à Reuters qu'elle n'avait pas eu vent d'un quelconque accord.

Le fonds de sauvetage sera-t-il multiplié par cinq ?

D'après le Guardian, certains hauts diplomates de l'Union auraient assuré que la zone euro pourrait approuver une augmentation au quintuple du fonds de sauvetage, qui s'élève aujourd'hui à 440 milliards d'euros. Cette augmentation pourrait aider les gouvernements en difficulté et les banques à surmonter un éventuel défaut de paiement de la Grèce ou d'un autre Etat membre.

L'idée tant attendue serait que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) soit en mesure de garantir entre 20 et 30 % des pertes enregistrées sur la dette publique de pays en difficulté.

Toutefois, les décideurs politiques allemands ont jusqu'à présent fait de leur mieux pour minimiser les chances de voir se conclure un accord historique prochainement.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a prévenu mardi qu'une seule réunion ne suffirait pas à résoudre la crise de la dette.

« Ces dettes souveraines se sont accumulées pendant des dizaines d'années, c'est pourquoi on ne peut pas les régler en un seul sommet. Ce sera un travail difficile, sur le long terme. Néanmoins, je pense que nous serons capables de prendre des mesures utiles, importantes », a-t-elle déclaré.

L'incertitude des marchés financiers

La crainte que les leaders européens ne parviennent pas à résoudre la crise pèse sur les marchés financiers, dans la mesure où la Grèce, l'Irlande et le Portugal ont déjà dû être renfloués et où l'Italie et l'Espagne ont vu leurs coûts d'emprunt s'envoler.

Les coûts d'emprunt de la France sont également montés en flèche mardi, après l'avertissement de Moody's quant à l'éventualité d'une perspective négative sur sa note AAA. Cette dernière devrait être réévaluée au cours des trois prochains mois si la croissance du pays reste faible et si son budget souffre des coûts de l'aide financière apportée aux banques.

Le ministre de l'économie, François Baroin, a insisté sur le fait que la notation n'était pas menacée, mais il a reconnu que les prévisions de croissance de 1,75 % sur lesquelles était fondé le budget 2012 étaient trop optimistes et devraient être revues à la baisse.

« Le 'triple A' n'est pas en danger car nous répondrons présents et nous serons même en avance sur les objectifs de réduction du déficit », a affirmé M. Baroin sur la chaîne télévisée France 2. « Nous mettrons tout en oeuvre pour ne pas être dégradés ».