La peine de prison de Silvio Berlusconi est confirmée
La Cour de cassation italienne a confirmé la condamnation du dirigeant de centre-droit pour fraude fiscale. La coalition gouvernementale, déjà fragile, est en jeu.
La Cour de cassation italienne a confirmé la condamnation du dirigeant de centre-droit pour fraude fiscale. La coalition gouvernementale, déjà fragile, est en jeu.
Trois mois seulement après la formation du gouvernement de centre gauche d'Enrico Letta avec le parti du Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, l'Italie est à nouveau plongée dans l'incertitude.
Millionnaire de 76 ans, M. Berlusconi a réagi avec colère à la décision de la Cour de cassation de rejeter un dernier appel contre sa condamnation. Il a clamé son innocence et accusé les juges de le persécuter depuis son entrée en politique il y a vingt ans.
La Cour a confirmé sa condamnation pour fraude fiscale dans l'affaire de l'achat de droits de retransmission par son empire télévisé Mediaset. Il s'agit de sa première condamnation définitive après des dizaines d'autres procès relatifs à la fraude et à des infractions sexuelles, entre autres.
« Personne ne peut comprendre la violence qui est dirigée contre moi », a déclaré l'ancien premier ministre italien dans un message vidéo diffusé par la télévision après l'annonce du jugement de la cour. « Il s'agit d'une véritable campagne d'agression sans équivalent », a-t-il ajouté.
Il est très peu probable que Silvio Berlusconi passe un seul jour derrière les barreaux en raison de son âge. La juridiction suprême italienne a demandé un réexamen de l'interdiction prononcée en appel d'occuper un poste officiel pendant cinq ans. L'arrêt de la Cour de cassation n'en demeure pas moins comme un coup de tonnerre dans le ciel politique italien.
« Sa condamnation est comme la chute du Mur de Berlin en 1989 », a commenté Beppe Grillo, fondateur du Mouvement cinq étoiles (M5S), populiste et critique virulent de Silvio Berlusconi.
Le magnat des médias a indiqué qu'il entendait poursuivre ses activités politiques avec son premier parti « Forza Italia ». Il a en outre préconisé une réforme du système judiciaire, mais n'a fait aucun commentaire concernant l'actuelle coalition au pouvoir.
Conséquences pour le gouvernement Letta
Des alliés haut placés ont également réagi avec amertume. Ils estiment toutefois que la décision de la Cour n’affectera pas la coalition bipartite.
« Cette condamnation n'affectera pas le gouvernement Letta qui a été constitué pour servir le pays et qui continuera à le servir », a déclaré l'ancien ministre de la justice Nitto Palma, à la suite d’une entrevue dans la résidence romaine du Cavaliere.
En revanche, l'incertitude est de mise pour les événements attendus à la rentrée. Enrio Letta doit composer avec un mécontentement croissant au sein du Parti démocratique contraint de cohabiter avec le PDL de Silvio Berlusconi éclaboussé par les scandales.
Le président Giorgio Napolitano pourrait convoquer de nouvelles élections en cas d'explosion de la coalition. Mais il a immédiatement appelé au calme, précisant que le pays avait besoin de « sérénité et de cohésion ». M. Letta s'est fait l'écho du président.
« Pour le bien du pays, il est nécessaire que, dans le respect du légitime débat interne entre les forces politiques, un climat de calme et de soutien à nos institutions garantisse que les intérêts de l'Italie prévalent sur les intérêts partisans », a déclaré le chef de l’État dans un communiqué.
Il n'en reste pas moins que ce jugement constitue un obstacle aux efforts d'Enrico Letta qui tente de faire sortir le pays de sa plus longue période de récession et de réduire son énorme dette publique. D'autres défis pourraient se présenter à l'avenir.
Outre la condamnation pour fraude fiscale, Silvio Berlusconi est également impliqué dans une affaire de prostitution de mineure à la fin de son mandat en 2011 lors d'une de ses célèbres soirées « bunga bunga ».
Même si la Banque centrale européenne s'est engagée à soutenir le pays si nécessaire, les investisseurs se sont montrés peu sensibles aux récentes affaires judiciaires.
Mais les choses pourraient changer si une instabilité politique durable s'installait alors que le pays doit rétablir des finances publiques en mauvais état. L'Italie doit éviter de subir la pression qui a fait chuter le gouvernement Berlusconi au sommet de la crise de la zone euro il y a deux ans.