La politique migratoire de l’UE ne donne toujours pas la priorité aux droits humains, selon l’UNICEF

Les récents naufrages meurtriers n’ont en rien fait avancer l’Union européenne sur la voie d’une politique migratoire qui place les droits humains au premier plan, a expliqué Federica Toscano, conseillère de Save the Children Europe, à Euractiv.

Euractiv.com
Further migrants arrive on Lampedusa island
Lampedusa, symbole d'une « submersion migratoire » ? Loin de là, balayent les experts du sujet, qui voient dans le récent épisode d'arrivées massives sur la petite île italienne un phénomène d'« hyper-visibilité » entretenu par les autorités et « instrumentalisé » par l'extrême droite. [EPA-EFE/CIRO FUSCO]

Les récents naufrages meurtriers n’ont en rien fait avancer l’Union européenne sur la voie d’une politique migratoire qui place les droits humains au premier plan, a expliqué Federica Toscano, conseillère de Save the Children Europe, à Euractiv à l’occasion du 10e anniversaire du plus grand naufrage de migrants au large de Lampedusa.

Le bateau, qui transportait plus de 500 personnes, est parti le 1er octobre 2013 de la ville de Misrata, en Libye. Son naufrage a causé la mort de 368 personnes, seules 155 personnes ayant survécu au naufrage.

« Il semble qu’aucun nombre ne soit assez élevé pour que l’UE prenne des mesures systémiques pour placer les droits humains au premier plan. En réduisant ses capacités et en limitant les opérations de recherche et de sauvetage de la société civile, l’Europe ne s’est pas engagée à sauver des vies en mer », a déclaré Mme Toscano. Selon cette dernière, en l’absence de voies d’accès sûres et d’efforts de recherche et de sauvetage, davantage de personnes périront en mer.

L’experte a expliqué que 90 % des personnes qui obtiennent une protection internationale arrivent sur le sol de l’UE de manière « irrégulière ».

« L’UE et ses États membres demandent aux pays d’origine et de transit [des migrants] de se concentrer sur la gestion des frontières et d’adopter des politiques migratoires restrictives, mais ils n’ont pas pris en compte l’impact néfaste de ces mesures sur les enfants », estime Mme Toscano.

« Plus de 11 600 enfants sans parents ou tuteurs légaux ont traversé la Méditerranée centrale pour se rendre en Italie entre janvier et mi-septembre 2023 », a indiqué l’agence des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans un communiqué de presse vendredi dernier (29 septembre).

Il s’agit d’une augmentation de 60 % par rapport à la même période l’année dernière, où environ 7 200 enfants non accompagnés ou séparés de leurs familles ont effectué la périlleuse traversée, selon l’agence de l’ONU.

Au début du mois d’août, les Nations unies ont publié un rapport au sujet des migrants en Libye, en particulier des enfants, qui font partie des réseaux de trafic d’êtres humains et sont exposés à la détention, aux abus sexuels et au travail forcé.

« Les Nations Unies ont continué à observer la détention prolongée d’enfants migrants sans aucune procédure judiciaire, en violation des obligations du pays en matière de droits humains », avait déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, à propos du rapport en août.

« La mer Méditerranée est devenue un cimetière pour les enfants et leur avenir. Le bilan dévastateur pour les enfants en quête d’asile et de sécurité en Europe est le résultat de choix politiques et d’un système migratoire défaillant », déplore pour sa part Regina De Dominicis, directrice régionale de l’UNICEF pour l’Europe et l’Asie centrale et coordinatrice spéciale pour la réponse aux réfugiés et aux migrants en Europe.

L’UNICEF demande aux gouvernements des États membres « d’offrir des voies plus sûres et légales pour demander l’asile ; de s’assurer que les enfants ne sont pas détenus dans des installations fermées ; de renforcer les systèmes nationaux de protection de l’enfance afin de mieux protéger les enfants qui migrent ; de coordonner les opérations de recherche et de sauvetage et d’assurer le débarquement vers des lieux sûrs ».

Les centres, ou la « ghettoïsation » des migrants

L’UNICEF explique que les enfants qui survivent à la traversée sont d’abord détenus dans des plateformes régionales de débarquement (connues sous le nom de « hotspots ») avant d’être transférés vers des centres d’accueil, souvent fermés et limitant les déplacements.

Plus de 21 700 enfants non accompagnés se trouvent actuellement dans ces centres en Italie, contre 17 700 il y a un an, selon les chiffres du ministère du Travail et des Affaires sociales.

En septembre, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé la possibilité de prolonger la période de détention dans les centres de permanence et de rapatriement à 18 mois.

L’eurodéputée italienne du parti populiste Mouvement 5 étoiles Laura Ferrara a récemment visité le centre d’Oderzo, dans le nord de l’Italie. Elle a décrit à Euractiv une « véritable ghettoïsation » des migrants et estime que la dignité humaine de ceux-ci y est dégradée.

Pacte sur la migration et l’asile

L’UE est sur le point de finaliser 10 dossiers législatifs qui créeraient un système harmonisé de gestion des frontières et d’asile, y compris des procédures d’asile pour les plus jeunes.

L’un des dossiers clés du pacte est le règlement sur la gestion des crises qui traite des situations où un grand nombre de ressortissants de pays tiers se présentent aux frontières de l’Union dans un court laps de temps.

« Les ministres de l’Intérieur de l’UE négocient toujours pour savoir s’il faut faciliter les procédures d’asile pour les mineurs de moins de 12 ans », a déclaré une source diplomatique à Euractiv.

« Le pacte sur l’asile et la migration qui est actuellement négocié ne peut pas être construit sur la dissuasion : la priorité politique devrait être d’offrir une protection aux enfants, et non de » protéger « les frontières extérieures contre eux », a déclaré Mme Toscano à Euractiv.

Les principaux partis politiques du Parlement européen affirment qu’ils soutiendront le pacte sur les migrations lorsque le texte final leur sera soumis.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]