La Pologne continue de s'opposer au pacte européen sur l’asile et la migration
Le gouvernement polonais a nié avoir accepté le pacte européen sur l’asile et la migration, ajoutant qu’il n’accepterait pas les relocalisations forcées.
VARSOVIE — Le gouvernement polonais a nié avoir accepté le pacte européen sur l’asile et la migration, ajoutant qu’il refuserait les relocalisations forcées.
Lors d’une interview accordée à la radio ZET, le ministre polonais de l’Intérieur Tomasz Siemoniak (Plateforme civique, Parti populaire européen), n’a pas pu échapper à une question sur le pacte migratoire de l’Union européenne (UE). En particulier, les récentes déclarations des responsables politiques de l’opposition selon lesquelles les ministres de l’Intérieur de l’UE auraient décidé d’accélérer sa mise en œuvre.
« C’est absolument faux », a répondu Tomasz Siemoniak. « C’est faux du début à la fin. J’ai présidé cette réunion », a-t-il souligné, ajoutant qu’il s’agissait d’une réunion informelle au cours de laquelle aucune décision n’a été prise.
Il a accusé les responsables politiques conservateurs du parti Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens) d’« injecter la question de l’immigration dans la campagne [présidentielle] de manière malhonnête ».
Le ministre a également souligné que la position de la Pologne sur le pacte migratoire était claire. « Nous y sommes opposés », a-t-il réitéré, rappelant que le Premier ministre Donald Tusk (Plateforme civique/PO) l’avait indiqué à plusieurs reprises.
« Il n’est absolument pas question d’accélérer ou de ne pas accélérer quoi que ce soit. Ce n’était pas le principal sujet de discussion », a-t-il seriné, tout en mentionnant que le pacte migratoire a été « négocié dans les moindres détails » sous le gouvernement du PiS — de 2015 à 2023. —
Une position claire sur les relocalisations
Il y a quelques mois, Donald Tusk a affirmé que la Pologne n’accepterait pas de migrants dans le cadre du nouveau pacte européen sur l’asile et la migration, au motif qu’elle avait déjà accueilli un grand nombre de réfugiés de guerre en provenance d’Ukraine. Tomasz Siemoniak a été questionné sur ce sujet au cours de son entretien à radio ZET.
« Nous n’accepterons pas [ces migrants]. Il n’y aura pas de relocalisation. Nous le disons très clairement. Nous avons toujours adopté une position claire sur le pacte lors des réunions successives de l’UE », a confirmé Tomasz Siemoniak.
Il a ajouté qu’il restait encore de nombreux mois avant que le pacte ne soit mis en œuvre et que les discussions se poursuivaient.
Il a fait référence à la déclaration de décembre de la Commission qui, selon lui, « reconnaît que nous avons raison sur ce qui se passe à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie — qu’il s’agit d’une instrumentalisation de l’immigration comme une arme ».
Dans cette déclaration, la Commission « a utilisé le terme d’“instrumentalisation”, reconnaissant que le régime d’Alexandre Loukachenko recourt aux migrants pour déstabiliser la Pologne. L’UE a reconnu que nous sommes dans une situation unique ».
Alors que la Pologne semble inflexible sur le sujet de l’immigration, le ministre de l’Intérieur a dû expliquer pourquoi le gouvernement n’avait pas déposé de plainte auprès de la Cour de justice de l’UE.
« Nous avons considéré qu’il s’agissait d’un risque et avons décidé qu’il serait préférable de traiter cette question au niveau politique, en protestant et contestant les solutions », a justifié Tomasz Siemoniak, fustigeant l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki (PiS, CRE) d’avoir « négocié [le pacte migratoire de l’UE au nom de la Pologne] d’une manière telle que l’issue [potentielle] devant la Cour est incertaine ».
Donald Tusk promet une « révolte contre la réglementation »
« La révolte contre la réglementation est inévitable ! Que cela plaise ou non à quelqu’un au sein de l’UE. Le moment est venu », a écrit le Premier ministre dans un message en anglais sur X mardi après-midi.
Il n’a toutefois pas précisé le contexte, laissant planer le doute pour savoir s’il faisait allusion au pacte sur l’asile et la migration ou au pacte vert pour l’Europe (Green Deal). Donald Tusk a appelé de ses voeux cette dernière réglementation lors de son discours devant le Parlement européen le mois dernier, dans lequel il a exposé les priorités de la présidence polonaise de l’UE.
« Déréglementation maintenant ! », a commenté l’eurodéputé Dariusz Joński (PPE) suite au message du Premier ministre.
Mateisz Morawiecki, ancien conseiller de Donald Tusk lors de son premier passage en tant que Premier ministre, puis Premier ministre d’un gouvernement PiS, a également réagi au message.
« La seule révolte à venir se produira en Pologne, et elle visera votre gouvernement défaillant — que cela plaise ou non à quiconque dans l’UE », a-t-il écrit.
(AB/SN)