La Pologne inaugure ses nouveaux quartiers à Bruxelles et dévoile ses ambitions
Quelques semaines avant le début de sa présidence de l'UE, la Pologne a inauguré hier (23 mai) le nouveau bâtiment qui accueillera sa Représentation permanente à Bruxelles en présence du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du premier ministre polonais, Donald Tusk.
Quelques semaines avant le début de sa présidence de l'UE, la Pologne a inauguré hier (23 mai) le nouveau bâtiment qui accueillera sa Représentation permanente à Bruxelles en présence du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du premier ministre polonais, Donald Tusk.
M. Barroso a participé à la cérémonie d'ouverture de ce bâtiment impressionnant, situé au n° 139, rue Stevin, à quelques centaines de mètres du Berlaymont où se trouve la Commission.
L'ancienne Représentation permanente polonaise, située sur l'Avenue de Tervuren, à trois kilomètres du rond-point Schuman, est devenue trop étroite et sera à présent utilisée par l'Etat polonais à d'autres fins.
Chaque Etat membre de l'UE dispose d'une représentation permanente à Bruxelles, occupée par des diplomates qui représentent leurs intérêts et participent à des sessions du Conseil des ministres et à des réunions plus ordinaires.
Lors de son discours, M. Barroso a déclaré en faisant de l'humour qu'en déjeunant avec M. Tusk dans les étages de la Représentation permanente, il pouvait admirer le Berlaymont, le bâtiment historique qui héberge les bureaux de la Commission.
En temps normal, a-t-il dit, il ne peut qu'entrevoir ses propres quartiers durant quelques secondes avant que son chauffeur ne l'emmène dans le garage souterrain.
Le président de la Commission a affirmé que la proximité des deux bâtiments était également une métaphore pour les positions très similaires de la Commission et de la Pologne sur l'avenir de l'Europe et pour leur ambition partagée de construire une Union plus forte.
M. Barroso a affirmé qu'après avoir discuté avec M. Tusk, il était persuadé que la Pologne exercerait une « présidence forte et ambitieuse » avec « un agenda européen fort et ambitieux ». Il a cité comme priorités pour les six prochains mois le marché intérieur, les questions énergétiques, l'éducation et le renforcement de la politique de voisinage de l'Union, y compris son partenariat avec les pays de l'Est.
Le président de la Commission a également déclaré avoir discuté avec son homologue polonais du prochain budget à long terme de l'UE.
La Commission publiera sa proposition concernant le « cadre financier pluriannuel pour 2014-2020 » un jour ou deux avant le lancement de la présidence polonaise, a confirmé M. Barroso. Cette question ne sera donc pas au programme du sommet européen du 24 juin.
Il a affirmé que la proposition de la Commission se concentrerait sur les domaines « où l'UE fait la différence » et « apporte une réelle valeur ajoutée ». Il a notamment mentionné les emplois basés sur le savoir, la sécurité énergétique, la recherche et l'innovation, les technologies vertes et « les intérêts de l'Europe sur la scène mondiale ».
Souhaitant sans doute faire plaisir à M. Tusk, M. Barroso a également mentionné la politique de cohésion. En effet, la Pologne, le plus grand Etat membre de l'élargissement de 2004, a comme priorité de conserver la « solidarité » comme principal principe des financements de l'UE.
Demande de solidarité
Les représentants polonais utilisent souvent le terme « solidarité », un mot emblématique qui revêt une signification puissante dans l'Histoire récente du pays, pour demander l'assistance de l'Europe afin d'aider les régions les plus pauvres. Au début des années 1980, le syndicat Solidarnosc a joué un rôle clé dans l'accélération de la chute du régime communiste, non seulement en Pologne, mais dans l'Europe de l'Est dans son ensemble.
« Je l'ai dit et je le répéterai : sans cohésion, il n'y a pas de solidarité, et sans solidarité, nous ne pouvons pas avoir une réelle Union », a déclaré M. Barroso. Il a également indiqué qu'il s'attendait à ce que les discussions sur le prochain budget à long terme de l'UE continuent bien au-delà de la présidence polonaise.
M. Tusk a parlé d'une « amitié fonctionnelle » entre son pays et les institutions de l'UE. En effet, durant sa présidence, la Pologne occupera les postes dirigeants, non seulement au Conseil, mais également au Parlement européen qui dispose d'un président polonais, Jerzy Buzek.
Concernant le budget, M. Tusk a dit qu'il était extrêmement important d'assurer l'avenir de la politique de cohésion ainsi que d'avoir un budget européen « aussi solide que possible ». Il a également relié la capacité de l'Europe à s'élargir et à répandre son influence dans le monde aux ressources budgétaires rendues disponibles.
M. Tusk a rappelé que son pays avait été le co-initiateur du Partenariat oriental (EaP) lancé en mai 2009 sous la présidence tchèque de l'UE. Le Partenariat oriental de l'UE fut en effet lancé sur une initiative de la Pologne et de la Suède, mais a été repris par la Commission européenne en décembre 2008 et lancé en mai 2009 sous la présidence tchèque.
« Il est à présent temps de récolter les premiers fruits », a-t-il dit, ajoutant qu'un sommet à Varsovie dédié à l'EaP serait une « opportunité » de faire avancer ce projet qui couvre l'Ukraine, la Moldavie, le Belarus, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
Concernant un éventuel candidat européen pour le poste vacant de directeur du FMI suite à la démission de Dominique Strauss-Kahn, M. Barroso a affirmé que la question n'avait pas été abordée.
Vendredi, M. Tusk déclarait que Leszek Balcerowicz, l'architecte des réformes qualifiées de « thérapie de choc » au début des années 1990, pourrait être un bon candidat au poste de chef du FMI. Toutefois, selon différentes sources, la ministre des finances française, Christine Lagarde semblerait la favorite.