La Pologne s'oppose fermement à un prix du carbone sur le chauffage
Dans une lettre adressée aux institutions européennes, la Pologne met en garde contre l’introduction d’un quelconque prix du carbone pour les combustibles de chauffage, car, selon elle, une maison chaude en hiver ne devrait pas être une marchandise.
Dans une lettre adressée aux institutions européennes, la Pologne met en garde contre l’introduction d’un prix du carbone pour les combustibles de chauffage. Varsovie pense qu’ « une maison chaude en hiver ne devrait pas être une marchandise » déclare la ministre polonaise du Climat et de l’Environnement.
La missive, signée par la ministre polonaise du Climat et de l’Environnement, Anna Moskwa, tire la sonnette d’alarme sur les projets d’extension du Système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE) aux combustibles de chauffage et de transport.
En préambule, la ministre rappelle que l’Europe est dans une période de crise caractérisée par des prix de l’énergie historique, avec « la conséquence très probable que cela conduira à une augmentation de la pauvreté énergétique » dans l’Union européenne.
« Nous ne pouvons pas permettre que cela se produise », prévient-elle, « nous voulons que nos citoyens soient au chaud et en sécurité en hiver, et ce n’est pas une question sur laquelle il peut y avoir un compromis pendant les trilogues ».
« Une maison chaude en hiver ne devrait pas être une marchandise de marché, mais un droit des citoyens », insiste-t-elle.
Un frein de secours
Les propositions visant à étendre le prix du carbone aux carburants de chauffage et de transport font partie d’un ensemble plus large de lois sur l’énergie et le climat visant à réduire les émissions de l’UE de 55 % avant la fin de la décennie.
Les négociateurs de la Commission européenne, du Parlement et des 27 États membres de l’UE espèrent parvenir à une décision avant la fin du mois de décembre.
En début de semaine, Peter Liese, le négociateur en chef du Parlement européen, a expliqué aux journalistes le déroulement du dernier cycle de négociations, qui a eu lieu mardi (22 novembre).
M. Liese, un eurodéputé du parti conservateur allemand CDU membre du Parti populaire européen (PPE), a reconnu qu’un accord sur la proposition s’avérait difficile à atteindre, sans qu’aucune « zone d’atterrissage » ne soit en vue pour des discussions qu’il a qualifiées de « très difficiles ».
Pour convaincre les sceptiques comme la Pologne, M. Liese suggère d’introduire « un fonds social climatique très puissant » et de soutenir davantage les ménages « pour qu’ils se préparent à la hausse des prix ». Il propose également d’introduire un « frein de secours » au cas où les prix des carburants atteindraient un certain seuil.
Mais la Pologne rejette l’idée d’un frein de secours, estimant que : « cela revient à envoyer les citoyens européens en descente dans une voiture sans essence et à leur dire : “Ne vous inquiétez pas, en cas d’urgence, Bruxelles actionnera les freins”. Essayons simplement de ne pas mettre les citoyens européens dans cette voiture. »
Les pourparlers dans l’impasse
Le Parlement européen est d’accord avec la Pologne sur la nécessité de protéger les ménages contre la hausse des factures d’énergie. Lors d’un vote en plénière en juin, les députés ont voté pour exclure les ménages du nouveau système jusqu’en 2029 au moins, en disant qu’il devrait s’appliquer uniquement au secteur commercial à partir de 2025.
Cependant, M. Liese affirme que l’idée du frein de secours vient du Parlement. Interrogé par EURACTIV, «nous l’avons dans notre mandat », a-t-il répondu.
« De plus en plus de personnes au Conseil et à la Commission semblent comprendre que c’est juste une bonne idée », a-t-il ajouté, précisant que la principale question est désormais de savoir combien de temps elle doit s’appliquer, soit une année ou plus.
Selon l’eurodéputé, la Commission et les États membres pencheraient pour une mesure « ponctuelle ».
La Pologne exclue des négociations ?
M. Liese a également remis en question l’objectif que poursuit la Pologne avec cette lettre, estimant que la position intransigeante de Varsovie ne plaide pas en sa faveur.
« Pour le moment, je ne pense pas que la Pologne acceptera un quelconque accord », a déclaré M. Liese. « Peut-être que même si nous introduisions toutes leurs propositions, ils voteraient quand même contre pour des raisons politiques », a-t-il ironisé, estimant que cela excluait de facto la Pologne des négociations.
« Si nous pouvons obtenir un accord acceptable pour la Pologne qui soit acceptable pour une majorité au Parlement et au Conseil, je serais plus qu’heureux. Mais je n’ai aucune indication du gouvernement polonais que cela est possible. »