La réception du président émirati par Emmanuel Macron interroge

Le président émirati est en visite d’État en France lundi et mardi (18-19 juillet), afin de renforcer les liens entre France et Émirats arabes unis, sur fond de polémique quant au respect des droits de l’Homme dans la confédération.

Euractiv France
UAE President visits France
Le président français Emmanuel Macron (C) accueille le président des Emirats arabes unis Mohammed Ben Zayed (D) pour un dîner d'Etat, à Versailles, avec son épouse, Brigitte Macron (G), le 18 juillet. [EPA-EFE/Thomas Padilla / POOL MAXPPP OUT]

Le président émirati est en visite d’État en France lundi et mardi (18-19 juillet), afin de renforcer les liens entre France et Émirats arabes unis, sur fond de polémique quant au respect des droits de l’Homme dans la confédération.

Il s’agit de la première visite officielle à l’étranger de Mohammed Ben Zayed Al Nahyan, dit MBZ, depuis qu’il est devenu président de la confédération émiratie en mai 2022.

Le président émirati a été reçu en grande pompe par son homologue français Emmanuel Macron, l’Élysée ayant choisi la « visite d’État », la plus haute forme de réception d’un chef d’État étranger.

L’Élysée a indiqué que la rencontre visait à renforcer les liens « en matière de sécurité et défense, d’énergie et de technologies ».

Sébastien Boussois, chercheur en relations euro-arabes associé à l’Université Libre de Bruxelles, a indiqué à EURACTIV que « cela reflète une relation extrêmement forte, avant tout militaire et stratégique », mais aussi « une relation économique, politique et diplomatique ancienne entre les deux pays ».

Des liens personnels aussi, M. Macron ayant rencontré MBZ à plusieurs reprises ces derniers mois, au château de Fontainebleau en septembre 2021, à Dubaï en décembre 2021 à l’occasion de l’annonce de la vente de 80 rafales par la France à la confédération, un record.

Le 15 mai dernier, peu après sa réélection pour un second mandat, le président français s’était rendu aux obsèques de Khalifa Ben Zayed, frère de MBZ et prédécesseur à la tête de la confédération, rappelle M. Boussois.

Avec ce type de réceptions et de relations, « la France et l’Europe basculent dans la realpolitik », analyse Sébastien Boussois : selon lui, face à la nécessité « de diversifier au maximum nos ressources, notamment énergétiques » la France « s’intéresse plus à sa souveraineté énergétique qu’aux questions de droits de l’homme ».

En effet, la France et les Émirats ne partagent pas les mêmes positions sur des sujets pourtant essentiels, dont, par exemple, les relations avec la Syrie : « les Émirats appellent à la normalisation des relations avec Bachar el Assad et enfreignent toutes les sanctions internationales depuis des années », explique M. Boussois. Avec la Russie, les EAU sont un des seuls pays à appeler à cette normalisation, alors que la France y est frontalement opposée. 

Les milieux associatifs engagés dans la protection des droits de l’Homme se sont indignés d’un tel traitement réservé au plus haut dignitaire émirati. L’association Human Rights Watch (HRW) a rappelé, par communiqué, qu’ « aux Émirats arabes unis, les militants, les avocats, les enseignants, les étudiants et les personnes considérées comme critiques sont arrêtés, poursuivis et détenus ».

« Les femmes et les personnes LGBT sont victimes de discrimination, et les travailleurs domestiques sont exposés à de graves abus dans le cadre du système de kafala (parrainage de visas) », ajoute HRW, qui dénonce les actions du régime de MBZ contre des populations civiles au Yémen et en Lybie notamment. 

Lundi soir, un accord énergétique a bien été conclu entre la France et les Émirats, dans le but de sécuriser les approvisionnements énergétiques français. Aussi, le partenariat vise à « identifier les projets d’investissements communs en France, aux Émirats arabes unis ou ailleurs dans le monde dans les domaines de l’hydrogène, des énergies renouvelables ou encore de l’énergie nucléaire », précise le ministère de la Transition énergétique.

[Paul Messad a contribué à la rédaction de cet article]