La réforme des retraites suscite des réactions contrastées en Italie et en Allemagne

La crise politique à laquelle le président français Emmanuel Macron et son gouvernement sont confrontés après avoir fait adopter une réforme des retraites très impopulaire, a suscité des réactions de la part de responsables politiques de ses voisins, l’Italie et l’Allemagne.

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Emmanuel Macron gives TV interview to calm unrest in France
L’Italie suit la situation de très près, a confié à EURACTIV Italie le député italien Alessandro Battilocchio (Forza Italia, affilié au PPE de centre droit) et membre de la majorité de la Première ministre Giorgia Meloni. [EPA-EFE/Mohammed Badra]

La crise politique à laquelle le président français Emmanuel Macron et son gouvernement sont confrontés après avoir fait adopter une réforme des retraites très impopulaire a suscité des réactions de la part de responsables politiques de ses voisins, l’Italie et l’Allemagne. Certains suggèrent que la France devrait revoir des éléments de sa constitution, tandis que d’autres estiment que la réforme était légitime et nécessaire.

Le gouvernement français a fait passer sa réforme des retraites sans vote de l’Assemblée nationale la semaine dernière et a survécu de justesse lundi (20 mars) à deux motions de censure. Alors que des manifestations organisées et des rassemblements spontanés ont lieu depuis un certain temps et se sont intensifiés à partir du 12 mars, la contestation a pris une nouvelle ampleur lundi, lorsque des manifestants se sont heurtés à la police et ont mis le feu à des objets, y compris des poubelles.

L’Italie suit la situation de très près, a confié à EURACTIV Italie le député italien Alessandro Battilocchio (Forza Italia, affilié au PPE de centre droit) et membre de la majorité de la Première ministre Giorgia Meloni.

Bien qu’il se soit dit « préoccupé par les affrontements à Paris », il a ajouté que M. Macron et la Première ministre, tous deux légitimes selon lui puisqu’ils ont reçu le « mandat populaire » et « agissent sur la base de ce que la Constitution prévoit ».

« Le vote qui a eu lieu hier au Parlement est très clair, et les manifestations font partie de la démocratie, mais seulement si elles sont non violentes », a-t-il ajouté.

Ce sentiment a été repris du côté de la Lega (ID) de Matteo Salvini, et le chef de file du parti au Parlement européen, l’eurodéputé Marco Campomenosi, a déclaré qu’il considérait les protestations comme légitimes tant qu’elles étaient non violentes.

Il aurait même « préféré voir ces manifestations pendant la terrible expérience du gouvernement Monti en Italie », lorsque « les réformes et les diverses exigences d’austérité dictées par l’UE » ont été adoptées.

Selon lui, ces politiques ont montré qu’elles « ne servent pas à créer du développement et de la croissance, mais plutôt à les ralentir, avec des conséquences sociales négatives que, malheureusement, ce sont souvent les classes les plus pauvres qui doivent payer ».

Mais pour Anna Deparnay-Grunenberg, eurodéputée franco-allemande du Parti vert allemand, le problème est plus large.

Si elle estime que M. Macron est « sous pression », elle est également convaincue que le système politique français a besoin d’être réformé, notamment parce qu’il permet de « faire passer une loi contre la volonté de la population ».

« [Emmanuel] Macron devrait enfin chercher le dialogue avec les représentants concernés », a déclaré l’eurodéputée verte à EURACTIV Allemagne.

Le député libéral FDP Michael Link, dont le parti fait également partie de la coalition au pouvoir, voit les choses différemment.

Selon lui, la réforme de M. Macron est « impérative pour préserver le système de retraite français ». Ainsi, « il était nécessaire que M. Macron, malgré de forts vents contraires, fasse passer les ajustements par l’Assemblée nationale avec un article spécial de la Constitution », a-t-il ajouté.

L’UE peut « pousser un soupir de soulagement pour le moment grâce à l’échec des motions de censure contre M. Macron », a-t-il déclaré, espérant que « la situation en France se calmera à nouveau ».

À propos de l’avenir du président Macron, l’eurodéputé Sandro Gozi (Italia Viva, Renew) a déclaré à EURACTIV Italie que le président français ne serait pas affaibli par la crise politique et que son leadership se développerait encore plus en 2024.

Un point de vue similaire est partagé par M. Battilocchio de la droite libérale, qui ne croit pas que « [Emmanuel] Macron soit affaibli, mais il est clair que les résultats des prochaines élections confirmeront ou non la bonté de ses recettes ».

M. Campomenosi, dont le parti fait également partie de la coalition gouvernementale, pense le contraire.

M. Macron « a montré qu’il ne sait pas comprendre les dynamiques sociales complexes au sein de la France, il a voulu imposer des choix d’austérité à un pays qui ne le suit pas », a-t-il déclaré.

L’image du président français « s’était déjà considérablement dégradée depuis de nombreuses années, même si les grands médias […] l’ont soutenu et accompagné presque totalement, en s’opposant toujours à Marine Le Pen et en l’empêchant de fait de gagner », a-t-il ajouté.

Selon M. Gozi, « un peu plus de “culture parlementaire italienne” aurait aidé l’Assemblée nationale française ».

Entre-temps, en France, les syndicats ont appelé à une journée de grève et de manifestations dans tout le pays jeudi (23 mars) pour s’opposer au projet de réforme des retraites de M. Macron. Le projet a été soumis à l’examen de la Cour constitutionnelle et dont certaines dispositions pourraient être supprimées avant qu’il ne soit promulgué et n’entre en vigueur.