La responsabilité de la crise ukrainienne au cœur du sommet UE-Russie

Pour les dirigeants européens, la politique de Vladimir Poutine a provoqué le chaos qui règne en Ukraine actuellement.  Mais les Russes, qui participent le 28 janvier à un sommet UE-Russie, accusent au contraire l'UE.

EURACTIV.fr
Vladimir Poutine lors d'un sommet UE-[Parlement européen]
Vladimir Poutine lors d'un sommet UE-[Parlement européen]

Pour les dirigeants européens, la politique de Vladimir Poutine a provoqué le chaos qui règne en Ukraine actuellement.  Mais les Russes, qui participent le 28 janvier à un sommet UE-Russie, accusent au contraire l'UE.

Malgré les déclarations d’un ambassadeur russe qui affirme que le prochain sommet EU-Russie « ne sera pas consacré à l’Ukraine », la situation dramatique que connaît le pays slave, dont le Premier ministre a annoncé sa démission mardi 28 janvier, sera certainement au centre des discussions lors de la réunion de deux heures entre les deux parties.

Un diplomate européen a affirmé aux journalistes que la pression exercée par la Russie sur l'Ukraine a plongé le pays dans l'instabilité politique. Moscou a poussé le président Viktor Ianoukovitch à reporter l'Accord d'association avec l'UE, ce qui aurait déclenché les manifestations et les troubles politiques dans le pays.

Cette déclaration laisse présager que le sommet peut dégénérer en un jeu d'accusations mutuelles. Vladimir Poutine reprochera certainement à l'UE d'imposer son accord d'association à l'Ukraine et son « accord de libre-échange approfondi et complet ». Selon le président russe, l'Ukraine n'est en effet pas prête pour de tels bouleversements. Les représentants russes ont affirmé que l’ALE approfondi et complet aura des conséquences négatives sur les relations commerciales russes avec l'ancien satellite soviétique. Selon eux, Bruxelles aurait dû d'abord consulter Moscou.

Euromaidan en débat

La Russie reproche à l'UE d'avoir envoyé ses hauts représentants sur la place de l'Indépendance, rebaptisée "Euromaidan", au centre de Kiev. Selon Moscou, ils ont attisé les ressentiments éprouvés par les manifestants à l'encontre des autorités du pays. D'après certaines sources, la Russie est venue également ingérer dans les affaires ukrainiennes. Même si l'ambassadeur russe à Kiev a rejeté tout soutien russe à la police antiémeute ukrainienne.

EURACTIV a contacté des diplomates européens. Selon eux, la Russie a mené une propagande massive avant le sommet de Vilnius (voir « Contexte »). Qui consistait à mettre en garde contre les conséquences catastrophiques pour l'Ukraine d'un accord avec l'UE. Ainsi, le gouvernement ukrainien a annoncé le 21 novembre qu'il avait décidé d'arrêter ses préparations à la signature d'un accord d'association avec l'UE.

Selon Joschka Fischer, ancien ministre allemand des Affaires étrangères et vice-chancelier de 1998 à 2005, Viktor Ianoukovitch a toujours été en faveur du Kremlin. La seule motivation du président pour engager les négociations avec l'UE aurait été de faire monter les enchères du côté russe.

Jacek Saryusz-Wolski, le président du Parti populaire européen (PPE – centre-droit), avait remis en question avec succès ces dernières années l'adhésion à l'OTAN de ses pays voisins de l’Est. Dans la même veine, la Russie met en doute aujourd’hui le partenariat oriental de l'UE.

Inoukovitch sur la sellette

Mais, aujourd'hui, Viktor Ianoukovitch est mis sur la sellette par l'opposition. Cette dernière demande sa démission et réclame des élections présidentielles anticipées, prévues au départ pour 2015. Afin de gagner du temps, le président ukrainien a offert au chef d'opposition, Arseni Iatseniouk, le poste de premier ministre, et à un autre leader important de l'opposition, Vitali Klitschko, le poste de vice-premier ministre. Les deux hommes n'ont pour l'instant toujours pas pris de décision. Une session extraordinaire du Parlement ukrainien aura lieu aujourd’hui (28 janvier) et devra faire la lumière sur les étapes à venir.

Štefan Füle, commissaire européen à l'Élargissement et à la politique de voisinage, est retourné à Kiev hier soir et sera présent aujourd’hui lors des négociations entre le pouvoir et l'opposition sur une sortie de crise. EURACTIV a demandé à la porte-parole de la Commission, Pia Ahrenkilde-Hansen, si la Commission encourageait l'opposition à partager le pouvoir avec l'actuel président, mais elle n'a pas directement souhaité répondre. Elle s'est contentée d'insister pour dire que le commissaire, Štefan Füle, tiendrait une réunion avec les deux parties. Un processus politique ouvert est nécessaire pour stabiliser l'Ukraine, a-t-elle poursuivi.

Štefan Füle était à Kiev vendredi dernier. Selon certaines sources, les deux parties ont salué son rôle de médiateur.