La sécurité financière est essentielle à la liberté et au pluralisme des médias, selon une eurodéputée
Le secteur des médias est confronté à une multitude de défis, allant de la baisse de la confiance du public à l’augmentation de l’ingérence politique et de la précarité financière, a confié l’eurodéputée Sabine Verheyen à EURACTIV.
Le secteur des médias est confronté à une multitude de défis, allant de la baisse de la confiance du public à l’augmentation de l’ingérence politique et de la précarité financière, a confié l’eurodéputée Sabine Verheyen à EURACTIV.
Les initiatives transfrontalières visant à résoudre ces problèmes sont les bienvenues, mais elles doivent impérativement être transparentes, a-t-elle ajouté. Elle a également mis en garde contre le fait que les initiatives européennes, telles que la nouvelle loi sur la liberté des médias de la Commission, ne doivent pas aller trop loin dans la réglementation des médias au niveau national.
L’eurodéputée allemande Sabine Verheyen est présidente de la commission de la Culture et de l’Education du Parlement européen (CULT).
Le secteur des médias a connu quelques années mouvementées. Quels sont, selon vous, les principaux défis qu’il doit relever ?
Des médias libres et pluralistes sont un pilier de la démocratie. C’est pourquoi il est préoccupant que le secteur des médias soit confronté à divers défis. Dans certains États membres, on constate des efforts d’ingérence politique dans les médias. Ces dernières années, les conditions de travail des journalistes sont devenues plus hostiles, mettant même leur vie en danger dans certains cas.
Dans le même temps, le pouvoir et l’influence des grandes entreprises technologiques, principalement non européennes, ne cessent de croître. Parallèlement à cette évolution, la confiance dans les médias traditionnels recule au sein de certaines classes sociales, tandis que les fausses informations se multiplient. Sans oublier les difficultés financières auxquelles sont confrontés de nombreux médias.
Quelles sont vos préoccupations concernant la viabilité financière du secteur et la précarité à laquelle sont confrontés de nombreux médias ?
Les médias doivent être libérés de tout lien économique et financier pour pouvoir travailler de manière indépendante. Les plus petits médias, tels que les journaux régionaux et locaux, sont particulièrement précaires sur le plan financier. Ils doivent souvent fusionner et couvrir plus de sujets avec moins de journalistes.
Nous devons éviter que le travail journalistique n’en souffre. Si les médias doivent dépendre financièrement de forces extérieures, comme des investisseurs privés ou des entreprises, nous mettons en danger leur indépendance. Les médias libres et pluralistes ont besoin de sécurité financière.
L’année dernière, la politique européenne en matière de médias a été très active, notamment grâce à la loi sur la liberté des médias récemment publiée, mais elle n’a guère abordé la question de la résilience financière du secteur des médias dans son ensemble. Quel rôle le Parlement et les autres institutions de l’UE peuvent-ils jouer ici, et quel type d’initiative pourrait être utile à cet égard ?
La politique des médias relève principalement de la compétence des États membres. La possibilité que nous avons au niveau européen d’agir sur ces questions est limitée. Nous risquons également une implication politique plus forte dans le secteur des médias et des effets indésirables si nous essayons de réglementer avec une approche unique.
Dans ce cas, quel rôle les projets externes et les efforts de cofinancement peuvent-ils jouer dans la construction d’une résilience financière à long terme au sein des médias ?
Les échanges transfrontaliers sont toujours une bonne option pour accroître la mobilité et ouvrir de nouvelles possibilités. Dans la plupart des cas, les projets de cofinancement externe comme celui-ci seront un bon moyen pour les petits médias ou les journalistes indépendants de réaliser leur travail. Bien sûr, tout dépend de qui est à l’origine de ce financement externe. Cela devrait toujours être transparent.
La Commission a publié sa législation européenne sur la liberté des médias le mois dernier, suscitant des réactions très partagées. Que pensez-vous de la proposition dans son état actuel ?
La législation européenne sur la liberté des médias couvre une question difficile et très importante. Nous sommes heureux que le niveau politique ait reconnu la gravité des défis à la liberté des médias. Cependant, la proposition peut encore être améliorée.
Dans certains Etats membres, nous avons déjà des systèmes qui fonctionnent bien et nous devons veiller à ne pas les réglementer négativement en essayant d’aider le système.
Je suis profondément préoccupé par le remplacement de l’actuelle autorité de régulation des médias, le Groupe des régulateurs européens des services de médias audiovisuels (ERGA), par un nouvel organe, le Comité européen pour les services de médias, et par l’influence de la Commission européenne. Pour moi, c’est parfaitement clair : les organes de régulation des médias doivent être politiquement indépendants. Nous en saurons davantage à un stade ultérieur.
Certains observateurs ont reproché à la proposition de ne pas aller assez loin dans l’imposition d’obligations de transparence en matière de propriété des médias, élément central des arguments avancés en faveur de l’élaboration d’une telle réglementation. Comment répondez-vous à ces arguments ?
Comme je l’ai déjà mentionné, les médias ne sont que partiellement une compétence européenne. Il ne serait pas non plus judicieux d’introduire des règles trop strictes au niveau européen, car tous les États membres sont différents. Je comprends que nous voulions nous pencher sur certains cas, mais nous devons faire très attention à ne pas perturber les structures de travail et à ne pas aggraver la situation dans le secteur des médias.
D’autres ont fait valoir que les médias sont un domaine trop spécifique à un pays pour être réglementé de la sorte au niveau européen. Qu’en pensez-vous ?
C’est en partie vrai. En Allemagne, nous avons un système médiatique très spécifique que peu d’autres États partagent. Nous devons tenir compte de ces différences lorsque nous voulons réglementer le secteur des médias et nous pouvons seulement fixer un seul cadre. Il serait plus dommageable de réglementer le secteur de manière trop détaillée à l’échelon européen.