La Serbie et le Kosovo se rapprochent d’un accord de normalisation de leurs relations

La Serbie et le Kosovo ont approuvé tacitement une proposition de l’UE visant à normaliser leurs relations. Toutefois, aucune signature n’ayant encore été apposée au document, tous les regards sont tournés vers les prochaines discussions prévues en mars.

Euractiv.com
Belgrade-Pristina Dialogue
« Des progrès ont été réalisés aujourd’hui, et je félicite les parties pour leur engagement », a déclaré M. Borrell, qui s’est adressé aux journalistes sans les dirigeants kosovars et serbes et n’a répondu à aucune question. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

La Serbie et le Kosovo ont approuvé tacitement, lundi (27 février), une proposition de l’UE visant à normaliser leurs relations. Toutefois, aucune signature n’ayant encore été apposée au document, tous les regards sont tournés vers les prochaines discussions prévues en mars.

Après avoir accueilli à Bruxelles les discussions entre le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre kosovar Albin Kurti, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, a déclaré que les deux dirigeants avaient convenu qu’il n’était pas nécessaire de poursuivre les discussions sur le texte proposé par l’UE.

« Des progrès ont été réalisés aujourd’hui, et je félicite les parties pour leur engagement », a déclaré M. Borrell, qui s’est adressé aux journalistes sans les dirigeants kosovars et serbes et n’a souhaité répondre à aucune question.

Le dernier cycle de négociations est intervenu après des mois de « diplomatie de la navette » (ou shuttle diplomacy) — l’UE servant d’intermédiaire dans les discussions. Les hauts diplomates de l’UE ont déclaré qu’il s’agissait de la première fois que le dialogue passait de la simple gestion de crise à de véritables discussions sur la normalisation.

« Dans le même temps, davantage de travail est nécessaire pour garantir que ce qui a été accepté aujourd’hui par les parties sera mis en œuvre. Il est important de se mettre d’accord [mais] il est encore plus important de mettre en œuvre ce qui a été convenu », a souligné M. Borrell.

Le Haut représentant de l’UE a également précisé que de nouvelles discussions entre les dirigeants auront lieu le mois prochain pour se prononcer sur l’annexe, qui doit définir les mesures à prendre pour mettre en œuvre l’accord final.

Un plan en 11 points

Le document négocié par l’UE, initialement soutenu par la France et l’Allemagne et désormais appuyé par les 27 États membres du bloc, a été publié par le service diplomatique de M. Borrell lundi soir.

Selon le texte en 11 points, sans remettre en cause la reconnaissance du statut de l’autre partie, aucune d’entre elles ne recourra à la violence pour résoudre un différend ni ne cherchera à empêcher l’autre d’adhérer à des organismes internationaux — une demande essentielle du Kosovo.

« Les parties développeront entre elles des relations normales et de bon voisinage fondées sur l’égalité des droits. Les deux parties reconnaissent mutuellement leurs documents et symboles nationaux respectifs, notamment les passeports, les diplômes, les plaques d’immatriculation et les timbres douaniers », indique l’article 1 du texte.

Belgrade ne reconnaîtra pas le Kosovo en tant qu’État indépendant mais accepte de reconnaître les documents officiels ainsi que de ne pas bloquer l’adhésion du Kosovo à toute organisation internationale — y compris l’UE.

« La Serbie ne s’opposera pas à l’adhésion du Kosovo à une quelconque organisation internationale », précise l’article 4.

Le plan appelle toutefois les deux parties à « garantir un niveau approprié de gestion autonome pour la communauté serbe du Kosovo et la capacité de fournir des services dans des domaines spécifiques, y compris la possibilité d’un soutien financier par la Serbie ».

La Serbie a insisté pour que le Kosovo établisse une association de municipalités à majorité serbe, mais Pristina s’est montrée réticente à autoriser une telle association, craignant la formation d’une enclave dissidente qui porterait atteinte à sa souveraineté et constituerait une violation de sa Constitution.

Les dirigeants de la communauté albanaise majoritaire du Kosovo affirment qu’un tel organisme donnerait à Belgrade une influence démesurée dans leur pays, tandis que les Serbes affirment qu’il est indispensable pour protéger leurs droits.

En 2015, la plus haute juridiction du Kosovo a jugé que le dernier plan d’association violait la Constitution.

Le plan comprend également une référence directe au processus d’élargissement de l’UE.

« Aucune des parties ne bloquera, ni n’encouragera des tiers à bloquer les progrès de l’autre partie dans leur parcours respectif vers l’UE, qui se fait sur la base de leur mérite », indique l’article 5 du texte, avec une référence spécifique aux valeurs fondamentales inscrites dans les traités de l’UE.

Discussions à venir sur l’annexe

Les modalités de l’arrangement, ainsi que d’autres questions controversées, devraient faire l’objet d’une annexe sur la mise en œuvre de l’accord et les engagements antérieurs.

À l’issue de la réunion, M. Borrell a déclaré que l’annexe faisait « partie intégrante » du nouvel accord, mais qu’elle n’avait pas été approuvée lors de la rencontre lundi.

Le chef de la diplomatie européenne a également indiqué qu’il convoquerait une autre réunion des dirigeants à la mi-mars ou à la fin mars dans le but de finaliser l’annexe avant le sommet européen du mois prochain.

La Serbie a suggéré que cette réunion pourrait se tenir le 18 mars en Macédoine du Nord.

Entre-temps, le représentant spécial de l’UE, M. Lajčák, se rendra au Kosovo et en Serbie afin de préparer la prochaine réunion des dirigeants, a indiqué M. Borrell.

Au-delà du texte actuel, intitulé « Accord pour parvenir à la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie », comme le précise le document, l’objectif final est de parvenir plus tard à « un accord juridiquement contraignant sur la normalisation complète de leurs relations ».

Les discussions soutenues par l’UE s’inscrivent dans le cadre d’un effort international plus large visant à amener la Serbie et le Kosovo à accepter l’accord.

Avant la rencontre de lundi, le chancelier allemand Olaf Scholz, le président français Emmanuel Macron et la Première ministre italienne Giorgia Meloni ont écrit une lettre commune aux deux dirigeants pour les inviter à soutenir le pacte.

Le haut diplomate américain pour les Balkans occidentaux, Gabriel Escobar, était également à Bruxelles lundi pour faire pression en faveur d’un accord.

Un soutien commun, mais pas d’accord

Au terme de la réunion de lundi, en fin de soirée, MM. Kurti et Vučić se sont mutuellement reproché de ne pas avoir fait avancer l’accord.

Le président serbe a balayé les espoirs d’une mise en œuvre rapide de l’accord, déclarant aux médias qu’il n’était pas susceptible de faire de concessions et ajoutant qu’il s’attendait à de « nombreuses autres » sessions.

« C’est une bonne chose que nous ayons parlé et je pense que nous serons en mesure de dépasser les démarches unilatérales qui mettraient en danger la sécurité des personnes sur place », a déclaré M. Vučić.

En outre, M. Vučić a également expliqué que les négociations n’avaient « rien de spécial » et, bien qu’il ait accepté de les poursuivre, il a souligné qu’aucune stratégie concrète n’était actuellement en place. « Nous devons nous asseoir et travailler sur la feuille de route », a-t-il ajouté.

M. Vučić a publié sur les réseaux sociaux une photo de M. Kurti, assis face à lui durant les discussions de lundi. Ce dernier souriait face à la caméra. Sur cette même photo, on peut voir M. Borrell la tête entre les mains.

« Réunion difficile attendue. Pas de capitulation », pouvait-on lire dans la légende.

M. Kurti s’est montré plus positif et a déclaré qu’il aurait signé l’accord si la partie serbe avait été prête à le faire.

« Il est dommage que nous n’ayons pas signé l’accord ce soir en dépit du fait que nous sommes tous d’accord », a confié M. Kurti aux journalistes à Bruxelles.

« L’accord établit pleinement l’égalité entre les parties, la symétrie et le bon voisinage », a-t-il ajouté.

« Je pense que nous sommes sur la bonne voie pour la normalisation des relations avec la Serbie et sur un aller simple vers des relations de bon voisinage avec l’Europe », a-t-il lancé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]