La sonde spatiale Juice prête à embarquer pour Jupiter
Destination : Jupiter. Durée du voyage : huit ans. La sonde spatiale Juice s'apprête à s'envoler pour la planète géante du système solaire et ses lunes glacées, en quête d'environnements extra-terrestres favorables à la vie.
Destination : Jupiter. Durée du voyage : huit ans. La sonde spatiale Juice s’apprête à s’envoler pour la planète géante du système solaire et ses lunes glacées, en quête d’environnements extra-terrestres favorables à la vie.
Mission phare de l’agence spatiale européenne (ESA), Juice (Jupiter Icy Moons explorer) doit s’élancer jeudi (13 avril) depuis Kourou en Guyane française à bord d’une fusée Ariane 5, dont ce sera l’avant-dernier vol avant d’être remplacée par Ariane 6.
La sonde de plus de six tonnes conçue par Airbus, avec ses dix instruments scientifiques, sera propulsée à 1 500 km d’altitude avant d’être envoyée en orbite, a indiqué Véronique Loisel, cheffe de projet pour Arianespace, lors d’une conférence de presse.
Démarrera alors l’odyssée de Juice, qui atteindra sa destination finale en 2031, à quelque 628 millions de kilomètres de la Terre. Un voyage long et sinueux car la sonde n’a pas assez de puissance pour atteindre Jupiter par une trajectoire directe.
L’engin spatial devra en passer par de complexes manoeuvres d’assistance gravitationnelle, qui consistent à utiliser la force d’attraction d’autres planètes, à la manière d’une catapulte. Par un survol Lune-Terre d’abord, puis de Vénus (2025), puis à nouveau de la Terre (2029), avant de prendre son élan vers le mastodonte du système solaire et ses lunes glacées découvertes par Galilée il y a 400 ans.
Entre les 250 degrés lors du survol de Vénus et les -230 degrés aux alentours de Jupiter, la sonde affrontera « un grand écart de températures », relève Carole Larigauderie, cheffe du projet Juice pour le Centre national d’études spatiales (CNES). D’où une couverture à isolation multicouches qui maintiendra ses instruments à une température stable.
« Système solaire miniature »
Autre défi : garder de la puissance alors que la lumière du Soleil y est 25 fois plus faible que sur Terre. Juice est donc équipée de panneaux solaires de 85 m2 – la taille d’un terrain de basket -, afin de recueillir « un maximum de photons ».
Une fois sur place, le vaisseau et ses 2 milliards de kilomètres au compteur devra s’insérer dans l’orbite de Jupiter, au terme d’un périlleux freinage.
Il inspectera le système jovien, à savoir la planète géante et ses principaux satellites que sont la volcanique Io et ses trois comparses glacées, Europe, Ganymède et Callisto. Un terrain déjà défriché par d’autres sondes, dont Galileo et Juno.
« C’est un système solaire miniature dont l’étude permettra de mieux comprendre comment s’est formé notre système solaire », selon Olivier Witasse, responsable scientifique du projet Juice pour l’ESA.
Météo, champs magnétiques, connexion des lunes entre elles… autant d’informations qui vont aider la mission dans sa quête principale : trouver des environnements habitables, c’est-à-dire propices à des formes de vie.
Juice a jeté son dévolu sur Ganymède, la plus grosse lune du système solaire, la seule aussi à posséder un champ magnétique intrinsèque qui la protège des radiations. En 2034, la sonde a prévu de s’insérer dans l’orbite de Ganymède – une première.
Croûte de glace
Comme Europe, Ganymède est une candidate idéale pour la quête d’habitabilité. « Cela ne veut pas dire qu’on va y trouver de la vie, mais on veut savoir si la vie pourrait y exister », précise Francis Rocard, planétologue au CNES.
Sous leur croûte de glace, les deux lunes abritent de vastes océans d’eau liquide, principale condition pour l’émergence du vivant.
Les instruments embarqués (caméra optique, spectromètre imageur, radar, altimètre, magnétomètre…) devraient permettre de caractériser cet océan pour savoir s’il est susceptible d’abriter des formes de vie. Lesquelles ? « On en a aucune idée », répond Francis Rocard, mais en extrapolant de ce que l’on sait de la vie terrienne dans des milieux extrêmes, les scientifiques pensent à des micro-organismes primitifs comme des bactéries.
Les données récoltées seront complétées par celles de la sonde de la Nasa Europa Clipper, qui partira inspecter Europe en 2024.
D’un coût total de 1,6 milliard d’euros, Juice est la première mission européenne à s’aventurer dans le système solaire externe qui démarre après Mars.
Son lancement intervient en pleine crise des lanceurs pour l’Europe, quasiment privée d’accès autonome à l’espace après le départ des fusées russes Soyouz de Kourou, des retards d’Ariane 6 et de l’échec du premier vol commercial de Vega C.