La Suède s'apprête à développer une technologie de drones en « essaims »
Alors que la guerre en Ukraine donne lieu à de nouvelles tactiques sur le champ de bataille, la Suède s'apprête à tester un nouveau logiciel qu’elle a mis au point pour coordonner jusqu’à 100 drones en « essaims ».
STOCKHOLM – Alors que la guerre en Ukraine donne lieu à de nouvelles tactiques sur le champ de bataille, la Suède va tester un nouveau logiciel qu’elle a mis au point pour coordonner jusqu’à 100 drones en « essaims ».
Les drones constituent depuis longtemps un élément important du renseignement et de la reconnaissance pour les armées modernes. Mais la guerre en Ukraine a donné un coup d’accélérateur au développement de cette technologie et des tactiques liées, faisant de leur utilisation massive — pour toutes sortes d’activités, de la surveillance aux frappes ciblées — un élément essentiel de la guerre moderne.
Aujourd’hui, les pays d’Europe s’efforcent de tenir la cadence des dernières avancées en matière de technologie des drones.
Tirant des leçons du conflit en Ukraine, les forces armées suédoises (Försvarsmakten) et le fabricant suédois de matériel de défense Saab ont accéléré un projet classifié visant à créer des « essaims » de drones capables de se coordonner de manière autonome et de réagir de façon indépendante aux évolutions du champ de bataille.
Les résultats de ce projet seront bientôt testés, a déclaré lundi à la presse Pål Jonson, le ministre suédois de la Défense.
La Suède, qui est le plus récent membre de l’OTAN, consacre déjà plus de 2 % de son PIB à la défense, comme l’exige l’Alliance, et est en passe d’atteindre 2,4 % en 2025. Le montant dépensé par le gouvernement suédois pour ce projet top secret avec Saab n’a pas été rendu public.
L’Ukraine à l’origine de progrès rapides dans la technologie des drones
Tout au long du conflit en cours, les forces ukrainiennes et russes ont largement utilisé les drones à des fins de reconnaissance, de ciblage et de livraison de charges utiles.
Des drones comme le désormais célèbre Bayraktar TB2 turc ont montré comment une technologie relativement peu coûteuse peut changer la dynamique du champ de bataille. Au début de l’invasion, ils se sont avérés essentiels pour cibler les convois russes.
Les forces ukrainiennes ont adapté des drones commerciaux relativement bon marché — en particulier des drones de course avec une vue à la première personne — et ont développé de nouvelles stratégies pour intercepter les drones ennemis, attaquer les véhicules blindés, fournir des renseignements en temps réel et perturber la logistique de l’ennemi.
Dès lors, l’Ukraine a mis en place un secteur florissant de production de drones destinés à être utilisés dans le cadre de la guerre. Alors que les États membres de l’UE cherchent à augmenter leur propre production, la Suède prend exemple sur l’Ukraine.
« Nous tirons des leçons de la guerre en Ukraine », a déclaré le chef des armées Jonny Lindfors, ajoutant que le rythme rapide du développement signifie qu’il n’est pas judicieux « d’investir dans 100 000 drones qui finissent par être stockés ».
Au lieu de cela, la Suède se concentre sur le développement d’un logiciel qui pourra être utilisé pour tout type de drone à l’avenir, explique Jonny Lindfors.
Grâce à ce logiciel, les drones peuvent patrouiller sur les routes, recueillir et transmettre des images de surveillance, identifier des cibles hostiles et retourner à leur base pour se recharger sans intervention de l’opérateur.
Bien qu’initialement conçu pour la reconnaissance, le système peut être facilement amélioré pour permettre aux drones de transporter des charges utiles, y compris des bombes.
Cette évolution a inquiété les organisations humanitaires, telles que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a estimé que « cette perte de contrôle et de jugement humains sur l’usage de la force et des armes soulève de graves préoccupations d’un point de vue humanitaire, juridique et éthique ».
Selon le CICR, ces systèmes autonomes « exposent à des risques accrus les personnes touchées par un conflit armé — civils comme combattants — et augmentent le risque d’escalade du conflit ».
Le logiciel sera testé lors de l’exercice militaire Arctic Strike 25 en mars prochain, pour lequel la Suède a invité des partenaires industriels à collaborer.