La Suisse envisage de participer aux projets de mobilité militaire et de cyberdéfense de l’UE
La Suisse étudie la possibilité d’adhérer à deux projets militaires de l’UE, portant sur la cyberdéfense et la mobilité militaire, alors que le pays, traditionnellement neutre, cherche à renforcer sa coopération en matière de défense avec ses voisins.
La Suisse étudie la possibilité d’adhérer à deux projets militaires de l’UE, portant sur la cyberdéfense et la mobilité militaire, alors que le pays, traditionnellement neutre, cherche à renforcer sa coopération en matière de défense avec ses voisins.
Le cadre de la coopération structurée permanente (CSP) de l’UE a pour objectif d’approfondir la coopération en matière de défense entre les États membres de l’UE et de mettre en commun et partager les ressources de défense limitées dans l’ensemble du bloc. 60 projets de défense sont actuellement en cours.
Un porte-parole du ministère suisse de la Défense (DDPS) a confié à EURACTIV que, « depuis l’ouverture des projets de la CSP aux pays tiers, le DDPS examine continuellement la liste des projets afin de déterminer les intérêts et les contributions possibles ».
« L’objectif est de participer à des projets de coopération sélectionnés », a ajouté le porte-parole du ministère.
Au cours des derniers mois, Berne a cherché à renforcer la coopération en matière de défense avec ses partenaires, au cas où elle devrait demander leur aide pour faire face à une attaque.
Mobilité militaire
En ce qui concerne la mobilité militaire, « de premières réflexions, encore à un stade précoce, ont été initiées », a indiqué le ministère suisse.
Le projet vise à réduire la charge bureaucratique, à développer des normes communes et à identifier des itinéraires entre les membres du projet afin de réduire les délais et de faciliter le mouvement des troupes et du matériel.
Au cours des dernières années, il est devenu le projet phare de l’UE dans le domaine militaire, les alliés rejoignant l’Union les uns après les autres.
Le Royaume-Uni est le dernier pays non membre de l’UE à avoir décidé de rejoindre le projet à l’automne, après les États-Unis, le Canada et la Norvège.
La Turquie a également exprimé son intérêt pour le projet, mais n’a pas encore reçu le feu vert de tous les États membres de l’UE, Chypre s’étant jusqu’à présent opposée à la participation d’Ankara en raison du conflit chypriote.
La mobilité militaire a encore gagné en importance avec la guerre russe en Ukraine, car les partenaires de celle-ci ont livré toutes sortes d’équipements de défense au pays en guerre, un équipement qui a dû circuler à travers le bloc ou traverser l’Atlantique.
La Commission européenne a revu son plan initial en novembre, proposant de l’étendre et de prendre en compte les routes qui relient l’UE à la Moldavie et à l’Ukraine, ainsi qu’aux Balkans occidentaux, compte tenu des besoins actuels et en anticipant les conflits futurs.
Interrogé sur le fait de savoir si la Suisse étudie des options pour permettre le mouvement d’équipements de défense étrangers à travers son territoire, le ministère suisse de la Défense a déclaré que toutes les possibilités étaient étudiées.
Cyberdéfense
Berne cherche également à coopérer dans le domaine de la cybersécurité.
« Actuellement, un projet dans le domaine de la cyberdéfense fait l’objet d’un examen spécifique et une participation est envisagée », a indiqué le porte-parole du ministère, l’objectif étant d’« améliorer les exercices de défense contre les cyberattaques ».
La Fédération des plateformes de simulation cyber (CRF) est un projet mené par l’Estonie lancé en 2021 et rejoint par la Bulgarie, l’Estonie, la Finlande, la France, l’Italie, la Lettonie et le Luxembourg.
Elle a pour objectif de regrouper les plateformes nationales de simulation cyber existantes afin d’améliorer les exercices de cyberdéfense, le partage des connaissances, l’analyse des risques, l’éducation et la formation, ainsi que les tests d’équipement.
Le souhait de Berne de participer au projet de cyberdéfense de la CSP a été évoqué pour la première fois par le média suisse Blick en août dernier.
Le cyberespace est devenu un domaine de plus en plus complexe ces dernières années, avec des cyberattaques menées contre des hôpitaux ou des sites web gouvernementaux qui ont mis hors service des services essentiels, par exemple.
Les cyberattaques sont l’un des outils utilisés pour « la concurrence, l’intimidation et la coercition », a déclaré l’UE dans sa stratégie de sécurité publiée l’année dernière, soulignant que « ces dernières années, la distinction classique entre la guerre et la paix s’est estompée ».
L’OTAN a également déclaré que le cyberespace était un domaine dans lequel un certain niveau d’attaque pouvait être défini comme une menace et pousser un membre de l’Alliance à invoquer la clause de défense collective de son article 5.
Une coopération nécessaire
« Il s’agit d’une collaboration ad hoc sur des projets spécifiques qui sont thématiquement dans l’intérêt des deux parties et qui ne créent pas de dépendances critiques pour la neutralité », a souligné le porte-parole du ministère à EURACTIV.
L’automne dernier, la Suisse a publié un rapport mettant à jour sa stratégie précédente, déclarant qu’elle souhaitait approfondir sa coopération avec l’UE et l’OTAN afin d’être mieux préparée à se protéger tout en restant un pays neutre.
En tant que pays neutre, « la Suisse veut pouvoir se défendre de manière autonome, mais cela ne sera pas toujours possible », a affirmé le porte-parole du ministère.
« En fonction de la puissance de l’agresseur et des moyens dont elle dispose, la Suisse aurait besoin du soutien d’autres États pour se défendre ».
Compte tenu de la menace que représente la Russie depuis qu’elle a lancé une attaque généralisée contre l’Ukraine en février 2022, « la coopération [en matière de politique de sécurité et de défense] sera intensifiée, tant dans le cadre de l’OTAN que dans celui de l’UE », ont-ils ajouté.
« Afin de renforcer sa sécurité au milieu de l’Europe, la Suisse doit participer à cette coopération », a poursuivi le porte-parole du ministère.
Pour ce faire, des mesures concrètes doivent être prises, notamment l’amélioration de l’interopérabilité entre les forces armées, c’est-à-dire leur capacité à travailler ensemble.
« Les forces armées doivent se préparer à temps à la coopération internationale. À cette fin, les possibilités de coopération doivent être utilisées pour améliorer les capacités de défense », a conclu le porte-parole du ministère.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]