La zone euro a conclu un accord sur la dette grecque
Les ministres des finances de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu un accord sur une réduction de la dette grecque lundi (26 novembre). Cette avancée débloquera des prêts urgents indispensables afin de maintenir à flot l’économie au bord de la faillite.
Les ministres des finances de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu un accord sur une réduction de la dette grecque lundi (26 novembre). Cette avancée débloquera des prêts urgents indispensables afin de maintenir à flot l’économie au bord de la faillite.
Après douze heures de discussions, les bailleurs de fonds d'Athènes, qui se réunissaient pour la troisième fois en autant de semaines, se sont mis d'accord pour ramener la dette grecque à 124 % du produit intérieur brut d'ici 2020, ce qui représente un allègement de 40 milliards d'euros.
>> Lire : Eurogroup statement on Greece
Grâce à cette nouvelle promesse importante, les ministres se sont engagés à prendre des mesures supplémentaires pour réduire la dette grecque « bien en deçà » du seuil de 110 % du PIB en 2022. Il s'agit jusqu'à présent de la reconnaissance la plus explicite que certains prêts devraient être annulés à partir de 2016, le moment où la Grèce devrait atteindre des excédents budgétaires primaires.
« Quand la Grèce aura atteint, ou sera sur le point d'atteindre, un excédent primaire et aura rempli toutes ses conditions, nous envisagerons s'il le faut de nouvelles mesures pour la réduction de l'endettement total », a déclaré le ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble.
Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a déclaré que les ministres approuveraient formellement le 13 décembre le déboursement d'une nouvelle aide importante à la Grèce pour recapitaliser ses banques et payer les salaires, retraites et fournisseurs du gouvernement.
La Grèce recevra 43,7 milliards d'euros en plusieurs tranches quand elle remplira les conditions. L'acompte du mois de décembre sera composé de 23,8 milliards d'euros pour les banques et de 10,6 milliards d'euros pour l'aide budgétaire.
La contribution du FMI, qui représente moins d'un tiers du montant total, sera seulement versée après un programme de rachat de la dette grecque qui doit avoir lieu dans les prochaines semaines. La directrice du FMI, Christine Lagarde, a toutefois indiqué que le Fonds ne comptait pas se retirer du programme.
Afin de réduire la dette du pays, les ministres ont convenu de baisser le taux d'intérêt des prêts officiels accordés à la Grèce, d'allonger de 15 à 30 ans la durée de ces prêts et d'accorder un moratoire de 10 ans à la Grèce pour le remboursement de ses intérêts.
Il a également été décidé que la Banque centrale européenne reverserait les profits qu'elle a réalisés sur les obligations souveraines grecques qu'elle a achetées à prix réduit. La contribution de la BCE sera de 11 milliards d'euros.
Les Dix-Sept ont également accepté de financer le rachat par la Grèce de ses propres obligations détenues par les investisseurs privés à un taux, selon plusieurs sources, fixé à environ 0,35 euro par euro de dette détenu.
Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré à l'issue de la réunion : « Je salue chaleureusement les décisions prises par les ministres des finances. Elles permettront sans aucun doute de réduire l'incertitude et de renforcer la confiance dans l'Europe et la Grèce. »
Un avenir meilleur
L'euro a gagné du terrain face au dollar après la divulgation de la conclusion d'un accord par Reuters. M. Juncker a déclaré que l'accord redonnait espoir aux Grecs.
« Ce n'est pas seulement une question d'argent. Il s'agit de la promesse d'un avenir meilleur pour la population grecque et la zone euro dans son ensemble, d'une rupture avec la période d'objectifs manqués et avec une mise en oeuvre peu structurée d'un nouveau paradigme de dynamisme de réforme constante, d'une baisse des ratios de la dette et d'un retour à la croissance », a-t-il annoncé lors de la conférence de presse à 2 heures du matin.
Le ministre grec des finances, Yannis Stournaras, a déclaré auparavant qu'Athènes avait rempli sa part de l'accord en adoptant des mesures d'austérité drastiques et des réformes économiques et qu'il incombait maintenant aux prêteurs de jouer leur rôle.
La crise de la dette de la zone euro est survenue à la fin de l'année 2009 en Grèce. Ce pays est le plus endetté de la zone euro malgré une forte décote des obligations aux mains de créanciers privés cette année. Son économie a diminué d'environ 25 % en cinq ans.
La manière dont la dette grecque, qui devrait atteindre 190 à 200 % du PIB dans les deux prochaines années, pourrait être ramenée à 120 % à l'horizon 2020 avait bloqué les négociations.
Les mesures convenues ne permettaient pas d'atteindre l'objectif auquel s'en tenait le FMI, mais ce dernier a insisté pour que les ministres de la zone euro promettent de nouvelles mesures de réduction de la dette si Athènes met en oeuvre fidèlement ce programme d'ajustement.
La question reste de savoir si la dette grecque reste soutenable si les pays membres de la zone euro n'acceptent pas d'en effacer une partie.
L'Allemagne et ses alliés du nord de l'Europe ont jusqu'à présent rejeté toute idée d'effacer certains prêts officiels, mais des fonctionnaires de l’UE estiment que cette ligne pourrait bouger après les élections législatives allemandes de l'année prochaine.
Aucun allégement de la dette sur la table
Wolfgang Schäuble a expliqué aux journalistes auparavant qu'un effacement de la dette était impossible d'un point de vue juridique, non seulement pour l'Allemagne, mais également pour d’autres pays de la zone euro, si celle-ci était liée à de nouveaux prêts.
« Vous ne pouvez pas vous porter garant si vous réduisez la dette en même temps », a-t-il déclaré. Cela n'exclut pas un allégement éventuel de la dette par après si la Grèce a mené à bien son programme d'ajustement et n'a plus besoin de nouveaux emprunts.
À la demande insistante de l'Allemagne, des recettes affectées et des aides aux paiements iront sur un compte séparé pour garantir que la Grèce paie les intérêts de sa dette.
Selon une source proche du FMI, un effacement de la dette après que la Grèce a mené à bien son programme d'ajustement constituerait la manière la plus simple de rendre la dette viable. D'autres méthodes comme un renoncement du paiement des intérêts, des prêts à des taux inférieurs à celui du marché et des échéances plus longues pourraient être utiles.
L'association des banques allemandes (BDB) a indiqué qu'une nouvelle décote ou une réduction forcée de la valeur de la dette souveraine grecque doit seulement avoir lieu en dernier recours.
Les ministres ont convenu de baisser de 100 points de base le taux d'intérêt sur les prêts bilatéraux, qui passent ainsi à 50 points de base.
Aucun chiffre n'a été annoncé pour le rachat de la dette en vue d'éviter une hausse des prix de marché avant ce rachat. Avant les réunions, des fonctionnaires avaient toutefois parlé d'un rachat de 10 milliards d'euros qui permettrait d'atteindre une réduction nette d'environ 20 milliards d'euros de la dette.
Le gouverneur de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, a laissé entendre que la Grèce pourrait engranger une réduction de la dette dont elle est redevable aux gouvernements de la zone euro d'ici quelques années si toutes les réformes sont appliquées de manière assidue. La Commission européenne soutient cette position.
D'après un sondage d'opinion publié lundi, le parti Syriza, opposé à un sauvetage de la Grèce, arrive en tête de 4 % par rapport aux conservateurs qui ont remporté les élections en juin, ce qui sème le doute sur l'avenir des réformes.