L’Allemagne critique Dassault pour avoir voulu s’approprier le projet d’avions de combat SCAF

L’industrie française souhaite réduire le rôle de l’Allemagne dans un projet européen visant à développer un avion de combat de sixième génération (FCAS) — une tentative critiquée par Berlin dans une lettre au Bundestag.

/ EURACTIV.com
Signing ceremony of the Future Combat Air System (FCAS/NWGS) program in Madrid
(De gauche à droite) Le ministre français de la Défense Sébastien Lecornu, la ministre espagnole de la Défense Margarita Robles et le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius lors de la cérémonie de signature du programme Future Combat Air System (FCAS). [EPA/JAVIER LIZON]

Dans une lettre consultée par Euractiv, le ministère allemand de la Défense a informé le parlement que l’industrie française de la défense souhaitait prendre le contrôle du projet de système de combat aérien du futur (SCAF) , qui prévoit le développement d’un avion de combat de sixième génération.

Le ministère allemand de la Défense a informé le parlement, dans une lettre consultée par Euractiv, que la France veut prendre la tête du projet SCAF. La lettre ne cite pas explicitement Dassault Aviation, le principal acteur français du programme, mais il est clairement visé par les critiques.

Le SCAF est développé conjointement par le constructeur aéronautique français Dassault, l’Allemand Airbus et l’Espagnol Indra. Mais Dassault a précédemment suggéré qu’il pourrait construire l’avion de combat seul et a publiquement critiqué la direction d’Airbus au sujet de cet avion, alors que le projet passe de la phase de conception à celle de développement d’un prototype.

« Des concessions à la France à cet égard auraient de graves conséquences sur les capacités attendues du système, la participation de l’industrie allemande et également sur la R&T de la Bundeswehr [l’armée allemande, NDLR], car l’industrie française gagnerait en souveraineté sur l’attribution des technologies et leur développement », peut-on lire dans la lettre.

Le ministère estime également que cela aurait de graves conséquences sur le remplacement prévu des avions existants d’ici 2040.

« Les négociations sur les contrats pour la phase suivante sont en cours, mais elles sont bloquées par l’industrie française qui exige d’avoir la direction exclusive de l’avion », poursuit la lettre, confirmant les informations précédentes des médias selon lesquelles Dassault demandait 80 % des tâches.

Dassault n’a pas répondu à la demande de commentaires de Reuters, qui a été le premier à rendre compte de cette lettre.

Dans quelques jours, le président Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz se rencontrent à Toulon. Au départ, les deux hommes devaient résoudre les tensions industrielles autour du projet et faire avancer les négociations sur la répartition des tâches entre les entreprises participantes, mais Friedrich Merz a indiqué mercredi 27 août que ce ne serait pas le cas.

Une source de l’Élysée a confié en début de semaine que les experts travaillent actuellement à une solution. Les deux pays ont convenu de trouver une solution avant la fin de 2025.

Pour l’heure, la répartition finale du travail reste donc incertaine, mais quoi qu’il en soit, plusieurs observateurs estiment que Paris et Berlin sont condamnés à rester prisonniers de leur mariage malheureux, même si d’autres options existent.

(asg)